‹ Émile Zola 1923Chapitre 72 sur 77 · RENTREE · texte numérisé non relu

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Toutefois, après avoir esquissé cette velléité de révolution (ou plutôt d'évolution) rationnelle, Zola se rapproche à nouveau, dans la personne de son Pierre Froment, des rêveries fouriéristes auxquelles Guillaume Froment tentait de convertir son cadet tout à l'heure. — En effet, le prêtre a, sur ces entrefaites, jeté la soutane aux orties, pour épouser civilement la jeune Marie qui ne répondait pas à l'amour de Guillaume et qui aimait, depuis quelque temps, le vicaire en secret. Désireux de fixer, lui aussi, sa philosophie de la vie, Pierre décide alors d'associer Darwin à Fourier (quel étrange amalgame!) pour préparer l'avènement de cette religion future dont il est depuis si longtemps en quête. Après tout, songe-t-il, Saint-Simon (l'utopiste), Fourier, Proudhon, Comte, ces messies sociaux (1), si divergents qu'ils nous apparaissent dans leurs enseignements au premier abord, ont pourtant doté leur époque d’un certain nombre d’affirmations qui leur sont communes (parce qu’elles procèdent de leur commun inspirateur Jean-Jacques) et qui, à l'avis de Pierre, tirent de cette convergence une vérité irréfutable, ou même une aveuglante évidence ! Elles se résument d’abord dans la nécessité d’un nouveau et juste partage des biens de la terre selon le travail et le mérite; — mais l’ancien partage ne s’est point fait autrement, sauf exception et anomalies dé la force irrésistible ou de la ruse insaisissable qui persisteront toujours ; — puis encore dans la recherche d'une loi de travail, qui permet-

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trait de faire équitablement (ce qui est le contraire

d'également, jusqu'à nouvel ordre) ce nouveau partage entre les hommes ; — mais cette loi ne saurait être autre que celle de l'offre et de la demande qui

résume tous les contrats possibles entre impéria-

lismes raisonnables.

Pierre Froment estime lui-même que Île partage

ne semble pas près de se faire d’après une loi nou-

velle, mais il renonce à s’en étonner ou à s’en inquiéler désormais. Sous les rayons d'argent de sa lune de miel, il est prêt à patienter maintenant jusqu'à ce que tout cela soit trouvé. On oublie trop, fait-il remarquer pour couvrir cette abdication de ses appétits de justice, on oublie que le Christianisme à mis quatre siècles entiers à se constituer en théorie cohérente, et à se faire cote en pratique par l'Europe occidentale.

Qu'on accorde donc libéralement quelques siècles aussi de gestation ou de maturation à cette religion de la Science dont la sourde poussée se fait partout sentir et l’on verra bien qu’il y avaitun évangile nouveau dans les admirables idées de Fourier ! — Voilà une conclusion fort imprévue, une extraordinaire identification de la recherche expé-

rimentale avec la Folie patente. — De ces idées

« admirables », poursuit imperturbablement l’exabbé, la première est le désir redevenu le levier qui soulève le monde ! — Comme s’il avait jamais cessé de l'être, remarquerons-nous ici, et comme s’il y avait jamais eu autre chose de socialement utile au

contraire que l'effort pour contenir, réfréner et canaliser les impulsionsindividuelles du désir. — Puis

encore, c'est le travail accepté par tous, honoré, réglé comme le mécanisme même de la vie naturelle et sociale. — Ceci est aussi juste que peu nouveau, car lel est bien le sens du progrès intellectuel de l’humanité depuis de longs siècles, en dépit des incessants retours offensifs de l'impériahisme irrationnel. — La troisième des découveries fouriéristes, ce sont les énergies passionnelles de l'homme excilées, contentées, utilisées pour le bonheur humain. — Mais ces énergies-là sont infiniment plus faciles à « exciter » qu’à « contenter » et surtout à utiliser pour le bonheur d'autrui, en sorte que l'effort de la morale humaine a été de les calmer, pour les satisfaire dans une certaine mesure et fes empêcher de trop préjudicier au bonheur humain.

Les temps viendront, prophétise cependant l'heureux marié, où le paradis de Fourier sera réalisé sur la terre! Que l’autre paradis, le menteur paradis des chrétiens soit donc dès à présent mis au rebul, quand même les pauvres d'esprit en devraient un moment souffrir, par la mort d’une illusion qui leur fut chère. (Et nous voilà donc aux antipodes des conclusions de Lourdes.) De ce Paradis nouveau, l'ombilic sera Paris, cerveau du monde, phare éclatant de l’avemir ; Paris, moteur par excellence de la pensée humaine, comme les explosifs « domestiqués » de Guillaume Froment fourniront le moteur nécessaire à transformer le monde physique : Paris, chaudière où bout l'avenir et sous les flancs de laquelle ses enfants de génie entretiennent la flamme éternelle ; Paris, qui apportera demain aux nations, avec la

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religion de la Science, cette Foi nouvelle si impatiemment attendue par toutes les démocraties du globe ! — Hugo avait déjà dit tout cela; mais le

Paris de Zola, — dans son exécution technique encore magistrale et en dépit de ses suprêmes prétentions scientifiques — est sans doute l'un des

plus agissants pamphlets de socialisme mystique qui aient jamais été jetés, à profusion, sur le marché des livres.

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