‹ Émile ZolaChapitre 14 sur 68 · EXAMEN DU SUJET. CAUSES ET SIGNES DE LA NEVROPATHIE · texte numérisé non relu

EXAMEN DU SUJET. CAUSES ET SIGNES DE LA NEVROPATHIE

J'étais donc en possession d'une métliode, et j'avais des sujels. Il ne me reslail plus qu'à déterminer les points principaux de l'observation à prendre. J'indiquerai ici les idées principales qui m'ont guidé dans cette lâche et qui peuvent être utiles h ceux qui suivront mon exemple.

I. — Tout d'abord, il faut s'appliquer à faire œuvre médicale et vraiment scienlifique. Ni l'admiration, ni la déférence ne doivent empêcher de faire un examen aussi complet que possible. La douceur, la persuasion, une certaine fermeté et un grand tact peuvent permettre h l'observateur d'arriver à ce but. Cependant c'est là un idéal qu'il n'est pas toujours facile d'atteindre; et on est parfois obligé de ne pas pousser bien loin ses investigations. On a alors une observation plus ou moins inachevée, qu'il n'est pas possible d'utiliser avec fruit dans une élude générale, où les résultats

fournis par un examen détaillé sont nécessaires.

Mais ces faits incomplets serviront quelquefois à une étude portant sur un point spécial. Si je reviens là-dessus, c'est parce que la méthode de Tobservation directe apparaît là vraiment supérieure. N'aurait-on pu constater qu'un symptôme, pris qu'une mesure, cela vaut plus qu'un amas d'observations bâties sur des anecdotes. Il serait plus important d'avoir par exemple la description précise d'un trouble nerveux ou les dimensions crâniennes de Newton que les mille histoires qui peuvent courir sur son compte. Aussi les documents les plus incomplets, les plus criblés de lacunes, qu'il me sera donné d'apporter ici, seront, je crois, fort au-dessus de tout ce que j'aurais pu rassembler sur les mêmes hommes en utilisant dans mon cabinet des piles de biographies plus ou moins fantaisistes.

Etre complet, voilà donc la suprême qualité ; mais on peut faire œuvre vraiment utile, en n'observant qu'un détail. Ceci est maintenant acquis. Une seconde qualité à rechercher, c'est l'exactitude. J'ai déjà dit un mot sur l'obligation de s'entourer de compétences auxiliaires et aussi sur la nécessité de contrôler les renseignements fournis parle sujet. Un scepticisme, qui n'a rien d'offensant pour la personne examinée, doit guider tout le temps l'observateur. Aussi doit-il essayer de vérifier par tous les moyens à sa disposition les affirmations faites par le sujet et surtout celles où un intérêt d'amour-propre ou autre peut être en cause.

Enfin il serait du plus haut intérêt de pouvoir

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contrôler par l'examea nécropsique lea conslatalions faites durant la vie, La Société d'autopsie' pourrait remplir ce but ; « Il y a deux siècles, dit l'Exposé des Statuts, peu de personnages marquants mouraient sans qu'on se crût obligé de faire leur autopsie. En cela, ou obÉissail uq peu à la curiosité scientifique, beaucoup au besoin de s'occuper, même après leur mort, de personnages ayant fait plus ou moins de bruit de leur vivant. L'autopsie était comme la consécration do la notoriété ou de la célébrité. » Cette opération, que l'on ne fait acluellementguèreque sur les malades de l'hôpilal, doni les aptitudes intellecluelles sonlmal connues, n'est ainsi que de peu de ressources au point de vue de la physiologie cérébrale. 11 en serait tout autrement si l'on pouvait étudier, après la mort, le cerveau des personnalités célèbres par leurs acies et par leurs œuvres et surtout de celles dont l'observation aurait été prise médicalement. La Société d'autopsie compte un certain nombre d'adhérents^, dont quelques-uns sont des esprits distingués. Elle a déjà dans son musée les cerveaux de Broca, Bertillon père, Gambelta, Eugène Véron, Abel Hovelacque... L'adhésion à cette société des personnalités dont on a recueilli l'histoire médicale doit être recherchée par l'observateur, qui assure

1. Elle a éié fondée h Paris en 1876 et elle est actuellement présidée par le D' Laborde, membre de l'Académie de médecine.

2. Ilauffit d'envoyer son adhésion au Président de la Sodété pour être admis ; on paye une minime cotisation de 5 francs par an. Beaucoup de dames ont demandé à. en faire partie, dans la crainte d'être enterrées vivantes, contre laquelle la c«rtitude tre autopsiées les rassuiail.

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à son travail le complément précieux des renseignements nécropsiques.

Ces préliminaires étant posés, il faut en arriver au fond de l'observation. Deux questions doivent guider le médecin dans ses investigations :

1^ Elucider les rapports de la névropathie avec la supériorité intellectuelle ;

2° Rechercher les signes anatomiques et physiologiques de cette supériorité.

C'est dire que Texamen médical ne doit rien négliger et doit au contraire porter surtout. L'enquête que j'ai entreprise est donc — de par l'association des phénomènes — plus large que le titre ne semble Tindiquer; aussi pourra-t-elle servir à autre chose qu'à éclairer le point sur lequel mon attention a été plus particulièrement attirée. C'est pour cela que je n'ai pas limité mon examen, et que, bien que guidé par une idée de recherches précises, j'ai recueilli des faits qui semblaient ne pas devoir lui être immédiatement rattachables. Ces matériaux — telles par exemple les empreintes des doigts, la forme de la main, etc.. — ont toujours l'utilité de préciser l'organisation anatomique du sujet. Mais ils pourront être d'un meilleur usage à d'autres observateurs qui seront heureux de les rencontrer dans mon travail. Tous les faits tendent en dernière analyse à caractériser la supériorité intellectuelle et le génie : le problème que je pose ici est par conséquent plus haut qu'il n'apparaît à première vue et n*est pas seulement une petite question de pathologie mentale.

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