II. — Examinons donc la première question
c'est-à-dire les rapports de la névropathie avec la supériorité intellectuelle. Il m'a semblé que le terme de névropathie devait être substitué à celui de folie, car c'eût été limiter le problème, qui est autrement plus large. D'ailleurs, qu'est-ce que la folie? C'est là un mot bieu spécial, si on le prenait dans son sens restreint et administralif. Pour moi je pense qu'il faut rechercher si les hommes supérieurs sont plus souvent que d'autres des névropathes, c'est-à-dire des individus chez lesquels les réactions émolives sont exagér<5es et certains troubles d'évolution et actuels, qui seront énumérés plus loin, sont manifestes.
Mais des signes de névropathie étant trouvés . chez un homme exceptionnellement doué, il reste à établir les relations qu'ils peuvent avoir avec sa supériorité intellectuelle. Quatre hypothèses explicatives viennent à l'esprit :
1° Les troubles névropathiqiies seraient la cause de la supériorité intellectuelle. C'est un peu l'idée de Lombroso qui fait de l'épilepsie, c'est-à-dire d'une maladie névropalhique, la cause immédiate des facultés merveilleuses du génie. Or on ne voit pas comment une névrose aussi banale que le mal comitial pourrait ôtre la cause principale de la supériorité intellectuelle. S'il en était ainsi, la majorité des épileptiques seraient des hommes supérieurs. Kt tout le monde sait que le morbus sacer a pour conséquence ordinaire de produire une déchéance intellectuelle qui peut aller jusqu'à l'idiotie. La grande majorité des épileptiques sont des débiles, voilà la vérité clinique qui a frappé tous
fiuiLE ZOLA. S
les observateurs. Je sais bien que Lombroso pourrait répondre à cela qu'il faut d'aulres conditions, imprécisées jusqu'à ce jour, et qui, associées avec le mal comitial, détermineraient les hautes facultés intellectuelles. Très bien ; mais alors pourquoi dire que Tépilepsie est la condition principale — et toute Tœuvre de l'anthropologiste italien est pour étayer cette conclusion — puisque ce n'est pas la principale?
En résumé, il n'apparaît pas comment une ma ladie névropathique, l'épilepsie ou tout autre trouble, pourrait être la cause même, ou, si Ton veut, la condition première de la supériorité intellectuelle.
2"* Le génie^ entendu dans son sens le plus large^ sellait la cause et non V effet des troubles névropa^ thiques. J'ai indiqué plus haut, au sujet de l'historique, que Réveillé-Parise * avait développé cette idée. Pour lui le travail exagéré de Tesprit et la manière de vivre des personnes qui s'y adonnent sont les deux genres de causes qui provoquent les troubles nerveux des hommes célèbres. Mais il est bon de noter que pour cet auteur ces causes n'ont une action puissante que parce qu'elles s'exercent sur des sujets particulièrement disposés aux névropathies. De sorte que son opinion est mixte et paraît ainsi plus juste. J'aurai d'ailleurs à revenir plus loin sur cette idée de Réveillé-Parise.
3° Les troubles nerveux et la supériorité intellectuelle seraient indépendants et ne seraiejit unis par aucun rapport de causalité. Il est des cas auxquels