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Réveillé-Parise, omv. cité. t. II

EXAMEN DXJ StJËT 51

celle conclusionpeut s'appliquer; car enfin iln'est pas nécessaire d'être un homme supérieur pour être un névropathe, et la condition inverse n'est pas davantage nécessaire. On conçoit qu'un grand esprit peut avoir, occasionnellement et comme n'imporle qui, une maladie nerveuse. Mais toutefois, s'il est plus souvent atteint qu'un autre par les névropathies, c'est que quelque lien existe entre ces dernières et son intelligence, d'autant que des explications salisfaisantes ne manquent pas pour faire comprendre ce rapport.

4° La supériorité iiitellectitelle et les troubles névropathiqves seraient des expressions différentes des mêmes conditions commîmes à tous deux. C'est ce que pensait Moreau (de Tours)', lorsqu'il écrivait : « Les dispositions d'esprit qui font qu'un homme se distingue des autres hommes par l'originalité de ses pensées et de ses conceptions, par son excentricité ou l'énergie de ses facultés affectives, par la transcendance de ses facultés intellectuelles, prennent leurs sources dans les mêmes conditions organiques que les divers troubles moraux dont la folie et l'idiotie sont l'expression la plus complète. » 11 est possible en effet qu'une organisation nerveuse plus délicate soit également nécessaire pour la création d'œuvres exceptionnelles comme aussi pour la production de troubles psychopathiques.Les conditions originelles seraient donc les mêmes; et l'on comprendrait ainsi que leurs deux principales conséquences, le talent et la névropathie, pourraient être atteintes soit à la fois, 1. MoBEAU {de Tours), ont. Htf, p. v.

soit isolément, selon diverses combinaisons mystérieuses.

Mais cela n'empêche pas du tout que le tempérament névropalhique congénital ne soit à son tour exagéré par le travail intellectuel, ainsi que le croyait Réveillé-Parise. 11 est très probable même que Texercice exagéré du cerveau doit produire à la longue, par des excitations sans cesse répétées, une déséquilibration du tissu nerveux qui se manifeste par des douleurs et des malaises et aussi par une grande aptitude aux lésions organiques et fonctionnelles du névraxe.

Il est possible encore que, si cette sensibilité anormale est une des conditions des œuvres d*art, elle ne soit pas également nécessaire à tous les hommes de génie; il se pourrait par exemple que pour les sciences elle ne fût pas aussi indispensable. Cependant la science et Tart se rapprochent beaucoup dans la création. L'imagination est peut-être aussi utile ici que là. C'est elle qui construit la fable du romancier comme l'expérience du savant, et dans les deux cas les idées paraissent naître spontanément en dehors des procédés ordinaires du raisonnement. M. Berlhelot m'a dit partager cette opinion.

En résumé, la névropathie paraît être ordinairement liée avec la supériorité intellectuelle. Cela résulte de mes observations personnelles ; et d'ailleurs c'est un fait qui a souvent été mis en lumière par les observateurs qui se sont occupés de cette question. On ne peut ni dire que la névropathie est la cause de la supériorité intellectuelle, ni émettre la

prqpositinn contraire. Les faits sont autrement complexes. C'est un point sur lequel j'aurai à revenir à la fin de mon enquête, lorsque j'essayerai de systémaliser mes observations; car ceci, je le répète, est plutôt iin programme de travail, l'état de la question telle que je l'ai vue avant de commencer mes recherches.

Dès maintenant l'opinion qui me paraît la plus juste est celle-ci : le tempérament névropathique est une condition favorable à la sensibilité et à l'activité cérébrale qui sont nécessaires au travail de Tesprit, comme il prédispose aussi aux troubles du système nerveux qui surviennent facilement à la suite du surmenage fatal auquel sont soumis les sujets bien doués. " Qui se sert de l'épée périra par l'épée ; » du même il y a danger à trop user de son cerveau. De là à déclarer que la névropathie est nécessaire au génie, il y a loin.

Je crois plutôt que la santé, l'équilibre parfait sont aussi utiles au travail de la pensée qu'au travail musculaire. Si des esprits supérieurs ont pu produire de belles œuvres au milieu de troubles névropathiques, je serais porté à croire que c'est malgré et non à cause de ces infirmités. Toutefois c'est là un autre aspect de la question que les relations des troubles nerveux actuels avec l'exercice des facultés intellectuelles. Certains de ces phénomènes morbides se rapportent à ce groupe de maladies qui, comme on le verra au chapitre suivant, passent pour avoir parfois provoqué l'éclosion du talent. Certains autres trouveront mieux leur place dans l'étude des conditions pathologiques de

rinspiralion. En résumé, les maladies nerveuses m'apparaissent comme les aiïections parasitaires du génie ; de même le lierre pousse sur le chêne sans aider à son développement, et parce qu'il trouve en lui un terrain favorable à son existence.

III. — Avant de décrire ce tempérament névropathique, il est bon, en envisageant la question dans son ensemble, de rechercher quelles sont ses causes; car il ne suffit pas de le constater, il faut encore essayer de déterminer quelles ont été ses origines. La solution de certains problèmes exposés plus haut dépend de ce diagnostic écologique.

Or le tempérament névropalhique peut être transmis par l'hérédité ou être acquis par Tindividu. Les maladies ne sont en somme que des aptitudes physiologiques réalisées. Comme toutes ces dernières, elles ne se lèguent pas des ascendants aux descendants aiissi facilement qu'on le croiL Ce qui se transmet, c'est un tissu et par conséquent une certaine disposition à se nourrir et à réagir aux excitations d'une façon analogue. Mais pour que la maladie soit identique chez les parents et chez les enfants, il faut une similitude presque complète dans les actions extérieures qui aident au développement, c'est-à-dire à la transformation du nouvel être. D'ailleurs il est impossible que les tissus soient identiques chez le père et le fils — puisque ce dernier ne peut être à la fois semblable à chacun de ses deux parents — et partant que les aptitudes élémentaires et particulièrement les aptitudes qui se manifestent par les actes soient les mêmes.

L'accident palhologique, en résumé, s'hérile rarement dans sa forme.

Cependant, si l'hérédité similaire * est rare, Thérédilé dissemblable est commune et le tempérament névropathique peut être légué par un parent qui ne l'a pas ou du moins qui n'en a pas la même modalité.

On admet généralement, depuis les travaux de Morel* et de Moreau (de Tours) ', que les défectuosités du système nerveux, depuis la simple déséquilibralion mentale jusqu'à l'imbécillité confinant à l'idiotie, se transmettent facilement par voie héréditaire en se transformant. De quelle manière s'opère cette transmission et quelles en sontleslois, c'est ce qu'on ne sait pas encore. On croit que les parents peuvent léguer à leurs enfants une certaine débililé congénitale — qu'ils ont eux-mêmes — de leurs appareils organiques ou de leurs tissus.

Ainsi le phtisique mettra au monde des enfants dont le poumon sera faible et qui sera eu outre sans résistance devant le microbe de la tuberculose, lequel l'envahira plus facilement qu'un autre sujet. De même les arthritiques lèguent une nutrition défectueuse qui expose à tous les accidents de la goutte, de la gravelle, de l'obésité, etc. De même encore, un aliéné ou un individu atteint d'une maladie nerveuse, un névropathe à un titre quelconque aura chance de procréer des êtres dont

1. Voir pour toutes ces questions mon livre Les causes de la folie (1896), où elles sont traitées avec quelques développements.

2. MoREL, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, 1857.

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