PRÉFACE
Ce livre et ceux qui suivront sont des œuvres uniquement scientifiques.
J'ai pensé que l'on pouvait s'occuper des hautes personnalités intellectuelles comme de simples matières à observalion, comme de faits rares qu'on devait étudier minutieusement, sans prévention d'aucune sorte. Ce n'est pas un besoin d'admiration, incompatible avec l'esprit d'analyse, qui m'a guidé dans mon enquêle. J'ai voulu savoir ce qu'étaient ceux auxquels la foule attribuait des facultés exceptionnelles ; et je leur ai demandé* à les examiner, comme j'examine à l'asile des sujets moins illustres mais non moins intéressants, puis-
1. Je citerai ici, pour les remercier, ceux auxquels je me suis successivement adressé et qui m'ont fourni des documents d'un haut intérêt, dont le mode d'utilisation (V. p. 34 et suiv.) n'est pas — pour certains — encore fixé ; MM. Alphonse Daudet, Puvis de Ghavannes, Rodîn, Dalou,Saint-Saëns, Berthelot, Jules Lemaître. Je nommerai aussi Edmond de Concourt, qui avait accepté de se prêter à mes recherches, pour exprimer le regret que sa mort inattendue m'a causé. Mon enquête se poursuit encore, bien qu'elle ne puisse, de par son objet, s'étendre qu'à un petit nombre de personnalités.
que les lois pathologiques qu'ils aident à découvrir sont applicables et par conséquent utiles à un 1res grand nombre d'individus.
En agissant ainsi, j'ai, il me semble, ouvert aux sciences médicales et notamment à la physiologie cérébrale une voie féconde. Je crois avoir montré, de cette manière, que Ton pouvait étudier certaines queslions autre part que dans des mémoires de personnages illustres ou dansdesbiographics d'authenticité douteuse, ainsi qu'on l'a fait jusqu'à ce jour pour les hommes de génie. Cette méthode d'observation n'est d'ailleurs pas nouvelle : elle a même un nom, c'est \dL policlinique ou clinique de la ville. Je n'ai fait qu'étendre le procédé et le hausser à des sujets plus élevés que ceux étudiés jusqu'à ce jour. Sans vouloir diminuer la valeur de certaines enquêtes poursuivies avant la mienne dans le milieu urbain et par exemple auprès de quelques personnalités littéraires * , je crois qu'elles pèchent toutes j par un défaut commun qui est d'être trop passives, » de ne pas ressembler assez à une exploration cli- ■ nique. Pour faire œuvre vraiment utile, il faut ! employer autant que possible les mêmes méthodes d'examen qu'à l'hôpital, celles du médecin qui ne se contente pas de poser un questionnaire, mais
1. A. BiNET ET Jacques Passy, Etudes de psychologie sur les auteurs dramatiques, Année psychologique (1894), 1895, p. 61 et 8uiv. M. TiOmbroso, dans sa 2» édition de VHommede génie^ a publié les résultats d'enquêtes limitées à une partie de Texamen des hommes de génie, au champ visuel, aux temps de réaction, à la sensibilité tactile. Mais ces essais, des plus louables d'ailleurs, tiennent peu de place dans son œuvre ; et celle-ci se recommande surtout de la méthode historique que je critique plus loin.