RiBOT, ouv. cité, p
à un moindre degré. — D'après Gallon, dans la famille de Richard Porson, Tiin des plus remarquables hellénisles de l'Angleterre, la mémoire était si remarquable qu'elle était passée en proverbe : the Porson memory. Citons encore une femme d'une des plus grandes familles de l'Angleterre, lady Esther Stanhope, qui, sous le nom de sybille du Liban, a mené une vie si étrange et si aventureuse. Entre beaucoup de ressemblances qui existaient enlre elle et son grand-père, elle cite elle-même la mémoire : « J'ai les yeux gris et la mémoire locale de mon grand-père. Quand il avait vu une pierre sur une route, il s'en souvenait ; moi aussi. » Ces faits-là sont évidemment curieux ; mais qu'en conclure ? Les détails manquent. Il faudrait savoir si l'enfant d'un père hypermnésique ne cherche pas à développer sa mémoire particulière. L'influence de l'exercice dans les cas de ce genre est difficile à apprécier : elle est probablement beaucoup plus grande qu'on ne le suppose d'ordinaire. Enfin un fils d'hypermnésique a des chances — combien ? — de naître, comme toute autre personne, en possession de cette faculté exceptionnelle. Les coexistences de ce genre doivent exister. Dans quelle proportion? C'est ce qu'il est difficile de dire.
II. — Mais l'individu est né. Y a-t-il dans son évolution des signes permettant de faire préjuger l'esprit supérieur qu'il sera plus tard? Parmi les hommes célèbres, un certain nombre, tels que Pascal et Mozart, ont manifesté de très bonne heure leurs aptitudes extraordinaires. D'autres au
contraire, comme La Fontaine, ont été plutôt tardifs, ir est à remarquer que les enfants prodiges ne deviennent pas toujours des hommes célèbres. Beaucoup meurent jeunes, d'autres tombent dans la démence au moment de l'adolescence ; et d'autres encore passent, dans Tâge adulte, pour des sujets médiocres.
Pourquoi cet avortement d'esprits qui donnaient de si belles promesses? Il est probable que la suractivité cérébrale à laquelle s'adonnent les enfants bien doués, et cela à un âge où le système nerveux en formation est une matière délicate, soit la cause principale des désordres névropathiques, parfois incurables ou mortels, qui les assaillent. C'est ainsi qu'il disparaîtrait, tués dans l'œuf, un certain nombre d'esprits supérieurs et même de génies. C'est ainsi qu'on peut expliquer la stérilité de certains sujets, de forts en thème ^ qui, après avoir eu durant plusieurs années tous les premiers prix de leurs classes, finissent dans des fonctions obscures, où ils ne se révélaient par aucune faculté supérieure. D'autre part il est clair aussi que la précocité, qui est alliée à une résislanco nerveuse suffisante, est une condition heureuse, parce qu'elle permet à l'individu de brûler les étapes de l'évolution cérébrale. Mais c'est là un avantage discutable qui peut se retourner contre celui qui le possède par l'usage que ce dernier en fait. Quoi qu'il en soit, c'est une question à vérifier de près que celle de la précocité des hommes supérieurs.
Dans l'histoire de l'évolution des personnalités,
il est utile de noter comment s'est fait le développement successif de Tintelligence, des instincts et des affections, et aussi le développemeiit physique, avec les principaux accidents morbides qui Font troublé. Il en est parmi ces derniers qui ont été interprétés comme ayant déterminé Téclosion du génie. C'est là une idée encore bien vieille, puiqu'elle remonte à Aristote qui avait observé que Marc le Syracusain, poète médiocre, faisait des vers de quelque mérite lorsqu'il était dans un état maniaque. Beaucoup de faits, rapportés par Lombroso *, demanderaient à être contrôlés. Certains paraissent vraisemblables et ne sont pas en désaccord avec le peu que nous savons de la physiologie du cerveau. Il est admissible que certains processus morbides peuvent être des conditions meilleures pour l'activité cérébrale. Telle la fièvre gui provoque une circulation plus active de Tencéphale. La douleur peut agir par réflexe d'une manière analogue. Mais ce sont là des phénomènes passagers, dont l'action ne semble pas pouvoir être continue.
D'autres maladies sont capables d'avoir des effets plus durables; par exemple les lésions qui atteignent le tissu nerveux. Encore faut-il distinguer les cas où il ne s'agit que d'une simple coexistence. Vico enfant, dit-on *, était tombé d'un escalier très élevé et se fractura le pariétal droit. Est-il légitime de faire de cet accident la cause de l'intelligence que cet historien montra