CHAPITRE PRIÏMIER ANTÉCÉDENTS HÉRÉDITAIRES
1. Branche paternelle, — La branche paternelle de la famille de M. Emile Zola est d'origine italienne et grecque.
Le p^renaquil à Venise en 1796. Un portrait ' fait en 1846 le représente vigoureux, la face et le crâne larges, la moustache épaisse, les mains solides. Au dire de son fils, il était trapu et plutôt petit, le nez fort ; sa barbe et ses cheveux étaient bruns. De caractère vif, gai, sobre, il avait une bonne sanlé et était rarement malade. Il se maria à l'âge de 43 ans et mourut à 51 ans, en 18i7, d'une affection aiguë des voies respiratoires, d'une pleurésie, dit-on.
Il est utile de donner sur son compte quelques détails biographiques. François Zola, le père du romancier, embrassa d'abord la carrière militaire, qu'il abandonna après la chiite de Na-
i. Il a élè reproduit dans l'intéressant article de M. Henry Lapauze, m. Emile Zola et son œuvre, Reeue Encyclopédique, l"8ept. 189*.
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poléon 1", lorsque la Vénétie passa sous la dominalioa autrichienne. Il se fit alors ingénieur civil et aurait publié à ce momeal des livres estimés sur Tobjet de sa nouvelle protessiou. Puis, à la suite d'affaires politiques, il s'expatria et fut forcé de mener une vie assez tourmentée. On le voit exercer sa profession d'ingénieur en Allemagne, en Hollande, en Angleterre. En 1830, il viehl en France et s'engage dans la légion étrangère, où il servit en qualité de capitaine. Puis, au licenciement de celte arme, il va à Marseille et redevient ingénieur civil. Il fit des projets de vastes travaux. C'était d'abord un port aux Catalans, pour suppléer le vieux port qui devenait insuffisant. Mais celui de la Jolietle fut décidé. François Zola tourne alors les yeux vers Aix, qui manquait d'eau et où il eut l'idée de construire un canal avec barrage destiné à amener à la ville les eaux de pluie captées dans une gorge voisine. Pour, pouvoir exécuter son projet, l'ingénieur eut à lutter contre de nombreux obstacles. Entre Icmps il eut l'idée de construire une machine pour servir au transport des terres et la proposa h Paris où elle fut essayée et acceptée. Quant au canal, il obtint enfin l'ordonnance d'utilité publique lorsque — et peu après avoir commencé les travaux — il mourut. Le canal fut achevé avec des modifications et porte le nom de François Zola, lequel a été aussi donné à un des boulevards de la ville d'Aix.
Cette existence est celle d'un homme intelligent et quelque peu aventureux. Les facultés
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cérébrales élaient orientées vers les grandes entreprises, et les résultats ont prouvé que ses projets étaient, réalisables. On peut donc dire que c'était là un esprit distingué, bien doué, ayant du ressort et des ressources nombreuses. Ceux qui voient partout l'hérédité des hautes facultés intellectuelles ne manqueraient pas de citer ce cas comme un argument en faveur de leurs doctrines, d'autant que, le fils étant devenu orphelin de bonne heure et ayant poursuivi une carrière différente de celle du père, Tinfluence de l'éducation ne peut pas être invoquée comme dans tant d'autres cas. J'ai dit plus haut pourquoi cependant il faut être réservé dans de pareilles interprétations basées sur des faits isolés. Je ne vois là en somme qu'un père intelligent ayant un fils qui présente à son tour une supériorité intcUecluelle marquée, et rien de plus.
L'existence tant soit peu décousue et aventureuse de François Zola évoque Tidée d'un certain déséquilibre mental. Mais ces changements nombreux de professions, celte inslabililé, cette humeur voyageuse peuvent aussi s'expliquer par les nécessités de la vie quin'étaient pas les mêmes pour un Vénitien de 181S que pour un bourgeois de nos jours. Il aurait fallu étudier de près le sujet, se rendre compte des mobiles qui le poussaient dans ses pérégrinations et ses changements d'occupations, pour se faire une idée exacte de son caractère.
J'ai peu de renseignements, et seulement d'ordre social, sur les autres membres de la famille appartenant à la ligne paternelle.
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Le grand-père paternel était fils d'un Dalmate qui était venu s'élablir à Venise. Il était militaire.
La grand'mère paternelle était grecque, ce qui fait un premier croisement de race à relever parmi les ascendants de M. Zola.
Un oncle paternel éitiil ingénieur civil.
Ufi cousin germain paternel^ que M. Zola a vu dans son récent voyage en Italie, est conseiller à la cour de Brescia.
2. Branche maternelle. — La mère, Emilie Aubert, naquit à Dourdan en d819; ses parents avaient, dans celte petite ville, une entreprise de peinture en bâtiment.
Sur un portrait qui la représente vers l'âge de trente ans environ, elle paraît vigoureuse, bien prise, les trails réguliers et beaux. Elle était brune et so]i fils lui ressemblait. Elle se maria à Page de 20 ans. Quand elle eut son fils Emile, son seul enfant, elle n'avait que 21 ans, alors que son mari en avait 44, c'est-à-dire qu'il y avait entre eux une différence de 23 années. C'est un fait à signaler, car on a voulu voir là une condition héréditaire défectueuse. Mais il faut remarquer que celle grande différence d'âge n'empêchait pas le père d'être encore dans la pleine maturité. Il en est tout autrement dans d'aulres cas, où, avec le même écart, mais les parents élant plus âgés, le père est arrivé au seuil de la vieillesse. On est alors plus autorisé à rapporter à cette condition la maturité précoce des enfants issus des unions de ce genre. 11 est à noter toutefois que M. Zola fut eu effet sérieux de très bonne heure et ne se monlra pas,
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enfant et jeune^homme, gai et bruyant comme ses camarades. Mais il y a à cela d'autres explications.
Un autre point sur lequel l'allenlion doit être attirée est celui de ce nouveau croisement de race. Parmi les ancêtres de M. Zola nous avions déjà vu l'union d'un Dalmale avec une Grecque; nous voyons maintenant l'union de leur rejeton avec une Française. Que peul-on conclure de ce mélange de sangs différents ? Rien de bien certain '. Ce qu'on sait là-dessus, c'est que le défaut de croisements dans des milieux biologiques tarés est une cause active de dégénérescence. Mais il est assez difficile de dire les conséquences des conditions opposées. Il est possible que ce soient là des conditions plutôt favorables.
La mère de M. Zola souffrit à plusieurs reprises de coliques hépatiques et mourut à 61 ans d'une maladie de cœur avec œdème généralisé et âsystolie. On peut la considérer comme arthritique. Mais elle avait aussi des crises nerveuses datant de sa jeunesse et ayant diminué d'intensité avec l'âge. Les caractères de ces crises étaient ceux-ci : aura -(sensation de boule à la gorge), convulsions toiii- . ques avec contractures, puis convulsions plus •étendues, pas d'amnésie complète à la suite et parfois accès sensoriels consécutifs. Elle était inlelligenle, affectueuse et trfes émotive. Dans les derniers jours de sa vie elle présenta, sous l'influence de l'asystolie, un délire confus, surtout nocturne et remuant des souvenirs lointains.
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Le grand-père maternel serait morl à 70 ans, les jambes paralysées (?) et enllées. Il élait de constitution vigoureuse.
La grau^mère malernelle est morte à 70 ans environ. Elle élait vigoureuse aussi et très active. Elle mourut avec de l'œdème des membres infé- -, rieurs, peul-êlre d'une affection cardiaque.
Les oncles maternels élaieut robustes et moururent âgés, ce qui, avec une certaine disposition' aux cardiopalhies, paraît avoir été la caractéristique générale de la famille malernelle de M. Zola.
En résumé, voici ce que l'histoire des antécédents héréditaires nous apprend. La transmission des hautes facultés intellectuelles ne doit être acceptée qu'avec les plus grandes réserves. Ce qui est plus certain, c'est l'hérédité de la vigueur physique, apportée à M. Zola par ses deux pai'cnls. Ce qui est certain aussi, c'est la transmissiou-par la mère d'un état neuro-arthritique, qui est suffisant pour expliquer la disposition nerveuse originelle de M.Zola.
trace iégère de ce défaut.
A 2ans, le jeune Zola fut envahi par une fiëvre cérébrale (7) très violenle. Pendant quelques heures on le crut mort. Des sangsues qu'on lut posa ne prirent pas. Abandonné quelques minutes, il fut ensuite reirouvé couvert de sang & l'endroit
OÙ les sangsues avaient été appliquées. Peut-être eut-il à ce moment une syncope.
VcL's tes 3 ans, la famille Zola quitta Paris et alla habitef Aix. Entre 6 et 7 ans, de nouvelles maladies sur lesquelles les renseignemenis sont peu précis, nécessilèrent l'application de nombreux vésicaloires sur les deux bras. Guéri de ces accidents, il resta pâle, lluet et de formes un peu féminines. Plus tard il devint vigoureux, avec une certaine tendance à l'obésité, qui s'est accentuée avec l'âge.
U. Emile Zola à 6 ana.
(ReproduclloQ d'un daguerréotype. L'image est doue renversée.}
Un daguerréotype qui est reproduit ci-dessus le représente comme un enfant assez fortement
du daguerréotype) esl moins ouvert que l'aulre œil, par suite d'une contracture de l'orbiculaire encore persistaule aiijourd'liui.
i'~ La puberté se manifesta cnlre 13 et 14 ans el s'affirma sexuellement vers la 18* année. L'instinct génital fut toujours d'une certaine timidité, comme il arrive chez les névropathes, où les idées 1 sontbien souvent inhibilriccs.
A 18 ans, il vint achever ses études à Paria. Après les grandes vacances de 18S8, [lassées à Aix, il fut atteint, le lendemain de son retour à Paris, d'une fièvre grave avec vertiges. M. Zola ne se souvient pas si elle s'accoDipagna de diarrhée. La maladie dura six semaines, et, pendant les trois premières, la diète fut observée. Au cours de la période aiguë, il y aurait eu du délire; et M. Zola se rappelle encore la chaleur inlense de ses pieds et aussi ses nausées et ses cauchemars avec sensation de balancement dans le vide. A la convalescence la bouche était ulcérée et les dents se déchaussèrent ; le malade, ne pouvant parler & cause de cela, écrivait sur une ardoise. On lui a dit depuis qu'il avait eu une fièvre muqueuse. Le diagnostic de dothiénentérie parait être en eiïet probable.
Faut-il voir dans cette fièvre typhoïde la cause déterminante de la supériorité intellectuelle qui s'est manifestée plus tard, ainsi qu'on l'a soutenu dans des cas analogues? Rien cependant ne permet d'accepter cette interprétation. Le jeune
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Zola sortit de cette maladie tel qu'il y était entré et ne manifesta pas — après elle — une intelligence plus vive. Il semble même au contraire que le dégoût des éludes classiques, qui l'avait pris dès son entrée dans un lycée de Paris, ne fit que s'accentuer pour aboutir, l'année suivante, à un écliec au baccalauréat. Mais cela n'autorise pas non plus à supposer une diminution, même passagère, duns ses aptitudes intellectuelles; car on peut expliquer cet échec d'une antre façon, notammentparle goût littéraire qui s'éveillait depuis deux ou trois ans et poussait l'adolescent un peu en dehors des études scolaires. D'aillenrs M. Zola se rappelle qu'il ne ressentit pas de paresse cérébrale après sa fièvre typhoïde. Celle-ci ne peut donc être conaidérée dans ce cas que comme un phénomène sans conséquence intellectuelle d'aucune sorle. D'ailleurs quel individu, parmi ceux devenus plus tard célèbres comme parmi les autres, n'a pas eu dans sa jeunesse quelque maladie fébrile grave? Là où il n'y a très probablement qu'une coexistence banale, on est peu en droit de voir un rapport de causalité.
A 20 ans, se déclarèrent, parliculièrement dans les intestins, des douleurs nerveuses, sur lesquelles le manque de renseignements exacts empêche de se prononcer. Après avoir abandonné ses éludes, M. Zola menait une vie peu hygiénique, faite d'inquiélude et de privations matérielles. >< Voici quels étaient ses menus, dit M. Paul Alexis', qui n'exagère pas: du pain et du café, ou