Bourdon, Revue philosophique, lS9t, t. XXXVIII, p, US
EXAMEN PSYCHOLOGIQDR 223
M. Zola, meilleure que celle des lettres, ainsi que cela a élé constaté par M. Bourdon sur ses élèves. M. Zola répète mentalement les chilTres qu'il entend pour les fixer dans sa mémoire.
En résumé la mémoire présente chez M. Zola les caractères suivants. La mémoire involontaire est beaucoup plus faible que la mémoire volontaire ; et celle-ci n'est pas 1res développée quantitativement et éiémentairement. Elle est plus en surface qu'en profondeur, et elle est surtout pré cise. Dans la fîxalion, la conservation et le rappel des souvenirs, c'est leur plus ou moins grande utilité actiielie qui les fait retenir. Celte dernière condition permet à M. Zola de tirer de sa mémoire le meilleur rendement avec le minimum de déchet. Chez lui, la mémoire est surtout synthétique, groupant les résidus de toutes les sensation»; et, sauf pour les odeurs qui semblent tenir dans ses souvenirs une place plus grande que chez les autres personnes, it j a harmonie, équilibre parmi les différents éléments des souvenir.
Pour le langage, bien qu'il n'appartienne pas à un type analytique pur et que ses procédés mentaux varient un peu avec les mots et l'exercice inlellectuel. il se sert des images auditives et probablement des images d'articulation plutôt que des images visuelles. Le fait est assez curieux à constater, étant donné que, pour retenir les mots par exemple, il faut qu'il les voie et que, d'autre pari, iln'a pas du toutl'oreille musicale. C'est au contraire par l'audition qu'il juge ses phrases et qu'il retient les mots. Et cependant ses habitudes
et l'oreille en esl le fixateur ou le révélateur. M. Zolaest un visuel pour les objets et un auditiF pour les mois.
5, Attentioh-Observatio>. — L'altenlion peut êlre étudiée quantitativement (durée) ou qualilalivemenl (modes). Son étude se confond avec celle de la mémoire volontaire, pour le choix des choses retenues, et elle n'est aulre chose que ce qu'on a appelé la faculté d'observation.
Le temps pendant lequel M, Zola peut concentrer son attention sur un sujet n'est pas très long. Il ne travaille guère avec profit durant plus de 3 heures. Au bout de ce temps, l'exercice intellectuel devient frès pénible. Une excitation se manifeste peu à peu sur toute la sphère nerveuse, et l'énervemenl pourrait se transformer en un de ces spasmes étranges comme en ont certains adolescents névropathes dans la bousculade d'une fin de composition. Ces 3 heures ne représentent pas évidemment la durée véritable de l'allenlion, qui ne peut avoir une telle continuité sans êlre coupée un certain nombre de fois par des distractions. Mais ces dernières sont rares et courtes. M. Zola n'est pas de ceux qui se dérangent au milieu de leur travail. Il peut écrire ou réfléchir à son œuvre sans presque s'interrompre durant toute sa séance. Son attention esl donc relativement courte, mais intense, et ressemble à son effort musculaire (V. p. 152).
Pendant qu'il travaille il est isolé de tout ce qui l'entoure ; il perçoit mal les sensations extérieures et n'en conserve pas de souvenirs précis. Ainsi il lui arrive souvent que, descendant déjeuner, il apprenne que son chien aaboyé longtemps, que la cloche a résonné plusieurs fois ou que le temps a changé brusquement. Il ne s'est aperçu de rien, ou du moins il n'a gardé aucun souvenir de tout cela. Il s'isole donc bien du milieu extérieur. Cependant il est des jours où cet isolement est difficile à obtenir. Dans les moments oîi il n'est pas en train^toutes les, sensations extérieures retentissent fortement sur lui, et il en est tout agacé. Aussi est-ce surtout dans la prévision de ces mauvaises dispositions que, durant son travail, il condamne sa porte à tout le monde.
L'attention qu'on pourrait appeler involontaire, celle qui s'exerce sans effort dans la rue,» à table, dans une conversation banale, est peu développée chez M. Zola. Il en est d'elle comme de sa mémoire; quand il ne lient pas à voir les choses, il ne voit rien. En ce sens, on peut dire qu'il est distrait. Au dehors, par exemple, il lui arrive souvent de ne pas saluer des gens qu'il croise et qu'il regarde sans les reconnaître. Ce n'est point, ainsi qu'il me l'expliquait très nettement un jour, qu'il ait l'esprit occupé par quelque réflexion absorbante. Non, il est distrait au sens absolu du mot, il ne pense à rien. Du moment qu'il n'est pas dans sa volonté de regarder et de retenir, ses processus psychiques sont tellement faibles que rien de durable ne s'enregistre dans sa mémoire. C'est
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là un des caractères psychologiques essentiels de M. Zola. 11 travaille à des heures déterminées el d'une manière très intense. La tâche journalière achevée, c'est fini — comme à l'école; et tout labeur utile est arrêté. M. Zola n'a pas, dans le cours de la journée, de remarques à noter hàUvement en impressionniste ; il prend au contraire un repos complet. Ce mode 1res volontaire de l'effort cérébral est typique chez M. Zola.
Pour mesurer l'atteulion j'ai expérimenté deux tests.
Tests sur l'attention.
1° Barrer dam un temps donné tous les a d'xin cerlain nombre de mots (Bourdon) ',
Ex[)érience I (190 mois en 3') : a oubliés : 3.
Expérience II (200 mots en 3'30") : a oublié : 1.
Ce test est bien artiliciel. Il ne donne qu'une idée éloignée des processus complexes de l'attention. Je le reproduis tout de même comme terme comparable.
2° Sur un lableau de lignes longues de m. ZO, parallèles et distantes fune de Patitre de 1 mm. 1/2, suivre des j/eux une ligne dans toute sa directiott. Sur 6 expériences, 4 sont positives ;pour les 2 autres les lignes indiquées à la lin étaient imoiédialement supérieures à celles désignées au commencement.
Il est d'ailleurs difficile de montrer par des expériences signilicatives l'intensilé et le champ de l'attention d'une personne. J'ai, avec le D' M. de Fleury, présenté k M. Zola des gravures et des