‹ Émile ZolaChapitre 7 sur 68 · C - TT · texte numérisé non relu

C - TT

-f Tf.LT rz.f --f ^^*

dont j'ai, en effet, entendu dire qu'ils avaient présenté certains troubles intellectuels. Mais je serais bien embarrassé de déclarer, surtout pour le second, quelle est Torigine de ce bruit, s'il a été mis eu circulation par un journaliste à court de copie, par un biographe fantaisiste ou par un calomniateur. Ces faits ne sont provisoirement dans mon esprit qu'à Télat de points d'interrogation. Peutêtre oserais-je m'en servir, sous forme dubitative, dans une conversation entre amis, mais je n'aurais pas ridée de les employer comme arguments en faveur d'une thèse que je défendrais. Car avant de les utiliser, je rechercherais les écrivains qui les ont présentés les premiers, je me rendrais compte du degré de créance qu'ils méritent, des intérêts qu'ilspouvaientavoir à travestir dans un sens ou dans l'autre la vérité, et — surtout si je n'arrivais pas à me faire une conviction bien nette — je mettrais sous les yeux du lecteur les pièces de nature à expliquer et à justifier mon opinion. Celte méthode n est pas nouvelle ; tous les historiens un peu sérieux l'emploient, et c'est la seule dailleurs qui puisse donner quelque certitude. Il n'appartient donc pas à des hommes adonnés à des travaux scientifiques, qui affectent un certain dédain pour tous ceux qui n'ont pas travaillé dans des laboratoires ou dans des cliniques, d'être moins sévères dans la critique historique que des littérateurs.

connus. Et encore, ces fails-lâ sont-ils bien authentiques? pourquoi d'ailleurs ne pas donner de références, les principales ?

à ces légendes qui se font autour des grands hommes. Il est possible, je le répète, que les faits soient authentiques ; mais je voudrais connaître la source des renseignements pour en vérifier à l'occasion la valeur et me faire une opinion conforme à celle de Lombroso.

Quand on songe à la difficulté d'arriver à un diagnostic certain, alors qu'on est en présence du sujet, qu'on peut le déshabiller, le tâter, l'interroger, on reste stupéfait devant certains jugements rétrospectifs, édifiés sur des bavardages de familiers ou des commérages de domestiques, et quelquefois sur moins encore. Car Lombroso pose un diagnostic sur un portrait. Ainsi il dit (p. 92) en jetant les yeux sur celui de Baudelaire : le poète nous apparaît « comme le type véritable du fou possédé de la manie des grandeurs : allure provocante, regard de défi, contentement extravagant de soi-même ». Or le portrait de Baudelaire reproduit à la page suivante donne simplement l'idée d'un homme grognon et de mauvaise humeur. C'est principalement en matière de folie qu'il ne faut pas juger les gens sur l'apparence; et le diagnostic sur la physionomie, surtout par la photographie ou le dessin, est plus qu'incertain. Il m'a toujours paru un procédé clinique peu sérieux.

Un autre défaut de Lombroso est de trop s'appuyer sur les citations des auteurs qu'il présente comme aliénés. Le médecin italien ne fait pas assez la part de la pose de l'écrivain et prend pour pensée intime ce qui n'est que de Texercice littéraire. C'est ainsi qu'il cite, pour étayer ses démonstrations.

~^i * 5i r r^r-r^iai oit les auteurs qui onl té- ■;;■ i-i:: ic-i-r^ai. Mais je sais biea qu'en ■j:z^-f * ;F.-:':.éfé esîge une sévérilé et un

-r.i'T'ji C-] tD3n<]uent trop souvent à ceux '(a ■.:■•-•:. Vn m'objeclera vainement que -Lz--jr i-iiLiEes ayant fortement occupé l'ata. L-i i; L.r? c-jiitemporaina, les moindres de itz^ :fLl éi^ enregistrés et conservés. Mais i:r; à« f^uJs hommes étant aussi de déver i.:j- li-ur^ ft-uvres des passions plus ou

TrJ-::.tes chez leurs concitoyens, il est h .rt- Ç'ie leurs actes soient grossis, défigurés, r--;"j. (Tjfm «elon le caractère du biographe, t l'irsqu'il s'agit de folie, dont l'idée seule ' j'his ou moins toutes les \Hes. Donc, si ■.i.ùic Itislorique peut être emjilojée dans ;ue>lîon, — et je ne suis pas pour la cou- ■rahïolumenl, — ce n'eslqu'à la condition de filer une allégation qu'après lavoir vérilîée ■ources réellcmcut digues de foi.

Page 1