Journal des Goncourt, K^ série, l^f vol., p
avait simplement collé sur les mins des affiches aux violentes enluviinures, les plus nues, les plus crues. »
Des peccadilles, dira-t-on, des riens. Oui, mais nous n'avons pas voulu les taire, tenant à prouver que dans le détail, aussi bien que dans le gros, M. Zola est franchement mauvais. Inaccessible à ce qui est beau en soi, il ne saurait atteindre à la pureté des formes. Les taches, profondes ou légères, de ce style mal venu, correspondent directement à cette squalidité d'intelligence.
Au demeurant nous n'insistons pas sur ces vétilles, nous allons nous occuper de quelque chose de plus sérieux.
Nous avons dit que M. Zola manquait d'imagination. 11 n'y a pas que ce « trou » en M. Zola. Le romancier des Hoiicjon-Macfjuart n'a pas plus le mot qu'il n'a d'imagination. On trouve bien chez lui l'afflux des paroles, l'abondance, la redondance ; c'est là précisément rindice d'une grande pauvreté. Peu de mots suffisent à un écrivain de talent pour rendre ce qu'il pense. Le méchant écrivain, au contraire, n'a jamais assez de mots. Il a besoin du fracas des mots pour s'étourdir, pour moins sentir sa condition de nécessiteux. Et il roule des mots, et encore des mots, et toujours des mots ; il se grise de mots ; il se persuade qu'avec tous ces mots il éblouit. Conception erratique ! Trop de mots font tituber la pensée, de môme que trop de vin fait chanceler et divaguer l'homme.
M. Zola écrit de Pierre :
(( D'abord, pour retrouver la croyance perdue, il avait tenté une première expérience, il était allé à Lourdes chercher la foi naïve de Tenflmt qui s'agenouille et qui
prie, la primitive foi des peuples jeunes, courbés sous la terreur de leur ignorance. »
Que viennent faire ici les mots première et primitive .^ L'expérience qu'on tente (Vaborcl peut-elle n'être pas la première, et la foi des peuples jeunes peut-elle n'être pas pri7nitive ?
« Mais Pierre ne pouvait prier, tant la révolte grondait en lui. 11 ne plia pas même les genoux, debout et frémissant. »
Debout est inutile. 11 saute aux yeux qu'on est debout
lorsqu'on ne plie pas les genoux.
« N'était-ce pas plutôt le dénouement fatal (la mort de Laveuve) d'une existence finie, usée par le travail et les privations ? «
Finie est inutile; l'idée de terminaison est déjà dans dénouement.
(c Et ce cri déshonorant des journaux, ce cri qui souillait et souffletait, semblait être le glas dernier de la journée, sonnant les funérailles de la nation au début de la nuit de plaisir qui commençait. »
Qui commençait est inutile. La nuit débute à l'heure où elle commence, cela est depuis que le monde est monde. Cette vérité se passe de démonstration...
« Et Pierre, alors, le sentit un instant supérieur à toute inquiétude basse ... etc. »
Basse est de trop; M. Zola n'a pas compris qu'une autre épithète s'imposait à la suite du mot snijérieur.
« Madame Toussaint était une i^rosse femme que l'embonpoint envahissait, malgré tout, malgré le tracas et le jeune. »
Ch'osse est de trop. L'embonpoint dit très bien ce que prétend exprimer aussi cette « grosseur ».
« Des fois aussi, ils s'interrompaient, s'étonnaient d'entendre un pas continu, au dessus de leurs têtes. C'était Nicolas Barthès qui s'oubliait là, dans la chambre d'en haut... »
D'en liant est de trop. 11 est clair que Barthès n'est pas en bas, puisque Pierre et Guillaume l'entendent au dessus de leurs têtes.
« Là, devant-moi, je le regardais... »
A-t-on jamais regardé quelqu'un derrière soi?
« L'exécrable scène, coupée par les bruits environnants, abandonnée, reprise, s'éternisait, tout un drame assourdi, d'une violence de meurtre, mais sans éclat, les voix étranglées. »
A quoi bon cette violence sans éclat ! Ne savons-nous pas que c'est un drame assourdi ?
On relèverait dans Paris non pas vingt, non pas quarante, mais cent exemples analogues. La sobriété ne compte pas parmi les « fortes vertus » que pratique M. Zola et qu'apprécie M. Bourget...
La redondance chez M. Zola n'a pas toujours cet air de naïveté. Elle s'accuse souvent dans une forme plus hideuse, la forme malfaisante, indécente, presque obscène du phéonasme. Je m'adresse ici à des lecteurs intelligents. Je leur épargnerai les longues explications ; M. Zola va parler, et il parlera tout seul. Je me bornerai à souligner les mots où gît la faute :
(( Ce qu'elle n'avait pas accordé au tnaji légitime, elle venait de le faire, afin de s'assurer à jamais l'amour d'un amant. »
(( Il ne savait plus au juste comment il avait pu toucher une dizaine de mille francs dans l'aventure, à titre de vague prêt, ou sous le prétexte d'une publicité fictive. »
(( Si vous lui avez laissé de l'argent, il sera descendu le boire derrière votre dos. »
« Certes, au dessus des basses intrigues, de la ruée des ambitions personnelles, il y avait bien la haute lutte supérieure des principes. »
«... Les colères et les angoisses de la séance refluaient là, en un tumulte trouble. »
« Aucune ville au monde n'avait ce décor de faste chimérique et de grandiose magnificence *. »
« Celui-ci avait compris qu'il devait avouer la vérité, simplement, en omettant les circonstances. »
« Quand Pierre entra, tous trois étaient plongés en plein travail... »
c( Son bras droit seul, déjà touché par la paralysie, s'attardait en des gestes ralentis. »
« Us croient se débarbouiller du professorat, en affectant un doute aimable, une ignorance voulue. »
« 11 ne faisait que saluer courtoisement Saint-Simon, Finitiaieur, qui avait posé le premier la loi de la nécessité du travail... »
« Et les journaux entiers étaient pleins du terrible vacarme soulevé par les délations nouvelles de Sanier...»
« Et, au miheu du lourd silence qui se fit, sourdement h petite maisonnette sonna, ébranlée d'un pas régulier et continu. »
« Et il avait résolu, après des mois d'anxieuses réflexions, de donner son invention à la France, afm de lui assurer la victoire certaine dans sa prochaine guerre avec l'Allemagne. »
1. Le grand de grandiose est aussi dans magnificence. Magnus, facere ; il suffit de traduire.
« Ils achevèrent de se mettre cordialement d' accord . »
« Ce n'est que par la matérialité de ses moyens, dit un peu brutalement Antoine, que l'art peut rendre ce que vous appelez l'essence des choses et des êtres, et ce qui nVst en somme que leur si^mification totale. »
^<. ... les mêmes laits s'étaient produits, d'abord le projet d'une liste, qui semblait devoir devenir définitive en quelques heures, puis des hésitations, des tiraillements, une paralysie lente, aboutissanl à un échec final. »
• « Est-ce que cette audience solennelle de justice humaine n'était pas une parodie dérisoire '... »
« 11 fit comprendre qu'il désirait compléter son interrogatoire en lisant une déclaration qu'il 'àMÙi préparée à r avance... »
(( L'ouragan de colère et de justice, balayant ce petit monde de jouisseurs, lui était apparu sans haute signification, comme entaché (V nue hd.^sc jalousie de convoitise. »
« Vainement le prêtre tâchait de lui faire entendre (pi'à celte heure on ne pouvait encore ^ rien savoir. » Etc., etc.
En étudiant de plus près M. Zola, on surprendrait des fautes plus grossières. M. Zola écrit le français comme les habitants de Soles parlaient le grec.
1. Vieux français ancore, du lutin Iianc lioram, à cette heure.
(( C'était alors, rendu au doute immense, à la négation totale, qu'il était revenu à Paris, rappelé par l'abbé Rose au nom de leurs pauvres, pour s'oublier, pour s'immoler, pour croire en eux, puisque eux seuls restaient, avecleurs effroyables souffrances; et c'était alors qu'il s'était heurté, depuis trois ans, à cet effVondement... »
Il fallait : pendant trois ans.
« Les trois francs qu'il tenait dans sa main... »
11 fallait dans la main. Pierre ne lient évidemment pas les trois francs dans la main d'un autre.
« Les chats retombent toujours sur leurs pattes. »
Il fallait : sur les pattes.
(( Elle n'avait rien de son père, ni de sa mère ; un de ces accidents imprévus, dans l'hérédité d'une famille, qui fait qu'on se demande d'où ils peuvent venir. »
Il fallait : qui font. Qui se rapporte à accidents.
« Camille, de son regard aigu, meurtrier comme un couteau, avait dit à sa mère qu'elle savait ; puis elle s'était plainte à Gérard d'un autre regard douloureux. »
Il fallait : d'un autre regard, douloureux celui-là. Le texte de M. Zola donnerait à penser que les deux regards sont douloureux, ce qui n'est pas.
« ... la taille un peu courbée par le poids de sa tête, (|u'il avait longue et chevaline. »
11 fallait : par le poids de la tête...
« Aux questions trop directes de ses amis, Vignon évitait de répondre, affirmait seulement... etc. »
Affirmait est un barbarisme ; on n'affirme pas à de s questions.
« Puis, dans le groupe d'à côté, autour de Yignon, très calme, souriant, c'était l'autre clientèle, celle qui attendait de monter à l'assaut du pouvoir pour tenir enfin l'influence, les places. Les yeux y luisaient de convoitise, on // lisait une joie encore à l'état d'espérance... »
C'est dans le groupe que les yeux lisent, mais où liton la joie à l'état d'espérance ? Dans le groupe ou dans les yeux ? C'est de ramphibologie.
(( Il savait qu'il faisait plaisir à sa sœur en allant dans cette maison, dont il lui ra(jportait des nouvelles, qu'il décrassait un peu par le grand honneur de sa présence. »
Il fallait : d'oit il lui rapportait. Dont marque la relation ; d'oit marque le lieu et l'idée d'extraction, de sortie.
« Elle, debout, en toilette blanche, comme Eve était
elle même au déjeuner, parlait avec passion, achevait de le (Gérard) convaincre, gagné à tant de jeunesse et de beauté, la comparant inconsciemment à l'autre, déjà las du rendc%-vous qu'il attendait... etc.
Les propositions participes que nous avons soulignées et qui s'appliquent à Gérard, auraient été correctes si elles avaient suivi immédiatement le régime de convaincre. Il aurait fallu, pour cela, que M. Zola écrivît : achevait de convaincre Gérard, gagné... etc. M. Zola ne l'a pas fait, et il nage en plein galimatias. N'étaient le masculin de gagné et le sens des mots qui viennent après, les propositions participes ci-dessus auraient l'air de se rapporter au sujet de la principale, elle !
a ...les chevaux se cabraient, au miheu du bruit de marée humaine, aussi haute, aussi incessante que la voix de tempête d'un Océan. »
Il fallait : aussi liaut, aussi incessant... C'est le bruit de la marée humaine, en effet, qui doit être comparé à la voix puissante de la tempête. L'idée de comparer une marée à une voix ne pouvait germer que dans le cerveau de M. Zola.
(( Contrairement à l'habitude, la voiture qui, à cette heure, ramenait la mère ou le père, n'était occupée, ce soir là, que par les deux enfants, Camille et Hyacinthe. »
Ici M. Zola s'est surpassé. 11 est parvenu à dire, dans le même temps, qu'une chose était et n'était pas.
Relisez la phrase. Je vous défie, construite comme elle l'est, d'en faire l'analyse logique. Elle n'a de sens que si on la rétablit de cette manière : « La voiture qui, d'habitude, à cette heure, ramenait la mère ou le père, n'était occupée... etc. » Je l'ai affirmé déjà, il convient de le répéter : M. Zola ne sait pas écrire.
« Elle avait musé tout le long du boulevard, avec des yeux d'un bleu de pervenche, son nez rose, sa bouche qui riait toujours, dans le plus adorable des petits visages qu'on pût voir. »
Incorrect, ce : des petits visages! 11 fallait pour justifier le subjonctif : dans le plus adorable petit visage. Le superlatif relatif a des règles que personne n'a le droit de violer, pas même M. Zola.
« Un petit brouillard s'était re)uis à tomber. »
Incorrect ! Il fallait : le petit brouillard. Et si M. Zola tenait absolument à un petit brouillard, il devait remplacer s'était remis par s'était 7nis.
(( 11 n'y a encore que les ménages qu'on peut toujours faire. »
Incorrect! Il fallait : i\vi' on puisse faire. Noël et Chapsal vous l'apprendront, ô roi de la Camelote littéraire!
« Et, si l'on réalisait jamais ce problème insoluble de tout détruire... etc. »
Incorrect ! On ne peut pas, dans une proposition
hypothétique, admettre et supprimer à la fois l'hypothèse.
« S'il avait fini par poser sa hombe chez le banquier Duvillard, c'était qu'il le connaissait bien, qu'il le savait le plus riche de ces bourgeois, dont les pères, à la Révolution, avaient dupé le peuple, en prenant pour eux tout le pouvoir et tout l'argent, (iiiils s'enlêlaienl, aujourd'hui, à garder sans même vouloir en rendre les miettes. »
Incorrect ! Us s'entêtaient, dans la pensée de M. Zola, s'applique à « ces bourgeois ». En fait, étant donné la structure de la phrase, cela s'applique à leurs défunts pères. Admirez ces morts qui continuent à thésauriser
c( Et puis, tiens ! un Salvat, sais-tu de ce dont est fait son crime ? »
Barbarisme ! Il fallait : ce dont est fait, ou : de quoi est fait son crime.
« Fonsègue s'amusait à taquiner la princesse Rosemonde sur sa robe de satin feu, où il prétendait qu'elle cuisait déjà de toutes les flammes de Tenfer, ce qui la ravissait au fond, dans son satanisme, sa passio:i du moment. »
Incorrect ! La passion de Rosemonde, sa passion du moment, ce n'est pas son satanisme, mais le satanisme. De même on ne pourrait dire d'un soldat (\wQson amour
de la guerre est sa passion ; ni erun magistrat que son amour de la justice est sa passion ; ni d'un citoyen que sa haine des parlementaires est sa passion. On dirait : /'amour de la guerre est sa passion; /'amour de la justice est sa passion; la haine des parlementaires est sa passion.
« (Ihex- nos camarades Ultéraires, il est très vrai que la réaction contre le positivisme se fait sentir et qii'ik sont hantés, eux aussi, par l'idée... etc. »
Incorrect ! « Chez nos camarades littéraires, il est très vrai... qu'ils sont hantés... » c'est peut-être de l'italien, ce n'est pas du français. Il fallait : « Il est très vrai que, chez nos camarades littéraires, la réaction contre le positivisme se fait sentir et qu'ils... etc. »
« Le café était servi dans le petit salon bleu et argent, où fleurissait une admirable corbeille de roses jaunes, celte passion que la baronne avait pour les fleurs, et qui changeait l'hôtel en un continuel printemps, d
Incorrect! Incorrect! Trois fois incorrect! Je suis disposé à saluer grand homme celui qui m'expliquera cet amphigouri.
« Gela me fera du bien de vous suivre encore cette fois dans une de nos anciennes battues, dont nous revenions le cœur si gros de douleur et de joie. »
Incorrect ! 11 fallait : d'o/^ nous revenions. Racine, dans Bajaxet, a bien ce vers : « Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir », et Voltaire a bien écrit : « Ma
vie est dans les camps dont vous m'avez tiré » ; l'usage et l'Académie ont, depuis plus de cent ans, adopté une manière nouvelle. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'il soit entré dans les intentions de M. Zola d'imiter Voltaire et Racine. Ce charretier de lettres n'a pas de ces coquetteries....
« Sur la nappe de neige, les fleurs embaumaient ;. l'argenterie et le cristal resplendissaient, tandis que circulaient une aljondance de plats imprévus..., des primeurs savoureuses, telles qu'en pleine saison. »
Incorrect ! 11 n'y a pas de primeurs en pleine saison. Il fallait : des primeurs savoureuses telles que des légumes et des fruits de pleine saison.
« Qu'y a-t-il donc ? demanda la princesse à Bergaz,. lorsque celui-ci fut revenu se rasseoir »
Incorrect ! On revient s'asseoir ou l'on vient se rasseoir^ On ne revient pas se rasseoir.
c( Il restait glacé, devant ce cri d'affreuse jalousie, où la mère n'était plus qu'une femme, qu'enrageait la jeunesse d'une rivale.... »
Barbarisme ! La jeunesse d'une rivale fait enrager, elle n'enrage pas. Enrager n'a jamais voulu dire : mettre en rage. Ce verbe a toujours signifié : être pris de la rage.
(( En face du jury, effacé dans l'ombre, il (Salvat) apparut debout à son tour, le visage éclairé par le dernier
rayon toml)ant des fenêtres. Les juges eux-mêmes disparaissaient »
Incorrect ! Salvat apparaît et les juges eux-mêmes disparaissent. Conciliez les deux choses, si vous pouvez.
« Et, quand il se remettait à relire. »
Incorrect ! On ne se remet pas à relire. On se met à relire ou l'on se remet à lire.
« Et l'inquiétude de Pierre recommença, lorsqu'il eut remarqué que jamais Mère-Grand, elle aussi, ne lui avait paru si muette »
Incorrect ! 11 fallait : elle non plus. Aussi et non plus s'emploient \)Ov\v pareillement ; aussi, quand on parle au positif; non plus, quand on parle au négatif.
Il y a — je n'exagère pas — un demi-millier de fautes de ce genre dans Paris. Je ne m'intligerai pas le supplice de les énumérer, ce châtiment ne m'est pas dû, et le lecteur en éprouverait sans doute un ennui aussi mortel que les mortelles pages de M. Zola. YA puis il faut bien laisser quelque chose à faire aux gens studieux et qui aiment à se rendre compte. On ne peut pas prendre toute la besogne pour soi. A ceux donc qui se sentent du goût pour les travaux d'analyse critique et qui voudraient savoir exactement ce que vaul M. Zola, à ceux là je recommande sa syntaxe lépreuse. Par exemple, ils auront besoin de beaucoup de courage et — je les en préviens — lorsqu'ils croiront en avoir terminé avec
les solécismes de M. Zola, ils en retrouveront encore
Avec M. Zola ce n'est jamais fini.
Notre tâche est presque achevée.
Nous (lisions, au commencement de ce volume, quelle réputation imméritée était celle de M. Zola. Il ne nous a pas suffi de le dire, nous avons donné la preuve. Nous aurions pu la fournir plus abondante
Au fond, ce n'est pas nous qui avons jugé M. Zola, il s'est jugé lui-môme. Nous l'avons laissé parler presque tout le temps, nous bornant, en quelque sorte, à enregistrer ses propos. Ce n'est pas notre faute s'il en sort un verdict de flétrissure !
M. Zola estimera que nous avons méconnu sa vie de travail, sa dignité d'homme, sa fierté d'écrivain. M. Zola ne se rend vraiment p:is justice ; il croit décidément trop au portrait qu'a tracé de lui M. Paul Bourget.
M. Zola s'est offert au monde comme un génie, le plus grand génie littéraire de cette époque ; il s'est flatté publiquement, et à diverses reprises, d'avoir porté aux extrémités de l'univers civilisé la littérature française, notre pensée et notre langue. Or, il n'a pas de génie ; il
n'a même pas de talent, non, pas même cela, et ce qu'il a exporté chez les peuples n'est tout au plus qu'une contrefaçon de littérature.
M. Zola n'a rien de ce qui lui a valu l'admiration des foules. On a vanté ses facultés d'imagination .- il n'a qu'une imagination d'ordre inférieur. Il ne perçoit que les formes et, dans les formes, n'embrasse que les reliefs ; son superficiel regard ne pénètre point l'intime cœur des choses ; M. Zola est un esprit pâteux et lourd ; il voit gros ; il écrit comme il voit. Un peintre d'extériorités. Charles Maurras, cette mâle et sereine intelligence, a très bien mis cette vérité en lumière : « Ce dégénéré, dit-il, dispose d'une imagination assez vive de certaines réalités concrètes ; mais outre que l'épaisseur et la lenteur d'une intelligence tout offusquée par le monde sensible le rendent incapable de rien imaginer d'abstrait, de général ou seulement d'un peu complexe, il manque autant qu'il est possible du discernement et de la mesure ; ses pensées, ses discours, semblent des bestiaux échappés * ». Des bestiaux écliappés, le mot restera, car jamais l'œuvre de M. Zola ne fut qualifiée d'un terme plus rigoureusement exact.
L'appréciation portée par M. Louis Delsart ^ sur M. Zola est également à retenir. « Nous déclarons, proclame-t-il avec sa belle intrépidité, que ce n'est pas assez d'avoir méprisé son caractère, et qu'il faut avoir de surcroît méprisé son style. »