L'AÉRIENNE
(fragmknts)
Un soir, je l'aperçus dans une ombreuse allée Onduler comme un rêve à la forme voilée. Son regard incertain qui, vague, par moment, Sans paraître rien voir, caresse doucement, Son pas harmonieux, sa démarche légère Qui semble dans un vol se détacher de terre, Sa taille qui se plie au vent comme une fleur, Me la firent dans l'ombre, en poète rêveur, Prendre pour une fée, une vierge sereine. Et surnommer tout bas du nom d'Aérienne. Sa longue et blanche rol)e à la brise d'été Tremblait ; et do la lune un rayon argenté, Se jouant, me parut la trace que son aile En effleurant le sol épandait derrière elle. Puis, il me sembla voir, sous la molle lueur, Son front se couronner d'une sainte splendeur;
Et, ses petites mains jointes sur la poitrine, Dans un élan d'amour, la vision divine Flottait et s'élevait vers une étoile d'or, ' Lentement, comme on berce un entant qui s'endort.
Ah ! blonde vision, ma sœur, ma bien-aimée,
Rose de mon sentier, éelose et parfumée,
Toi que toujours je nomme, ainsi qu'au premier jour,
Ma blanche Aérienne et ma vierge d'amour !
Ce nom fait naître encore, en vibrant sur ma lyre,
A ma lèvre brûlante un paisible sourire.
Le temps est donc venu d'effeuiller nos bleuets
Et d'épancher à tous nos amoureux secrets.
Il me faut donc jeter à la foule railleuse
Ton àme, ô chaste sœur, aimante et généreuse.
Et ce beau rêve d'or que, la main dans la main.
Nous fîmes, certain soir, sur le boi'd du chemin.
0 Muse insatiable, amère et douce amie
Qui berce dans tes bras la douleur endormie,
Qui console le cœur en chantant ses vingt ans,
Et prostitue ainsi les fleurs de son printemps !
A la foule laissons tomber, pâle et brisée,
La fleur que, dans nos jeux, nos mains auront froissée.
Qu'importe qu'elle glisse à l'abîme commun,
Quand j'aurai d'un baiser pris son dernier parfum!
Les vents du soir jouaient, soupirs mélancoliques, Tièdes et languissants, dans les ormes antiques-,
Et leur souflle apportait du rivaj^'e voisin
Par moments une odeur de lavande et de tliyni.
Je suivais lentement la vision chérie,
Perdu dans une longue et douce rêverie.
Je sentais, sous les feux de cette nuit d'été,
Les champs autour de moi frémir de volupté.
Ces brises, ces parfums, cette lueur douteuse
Que la lune épanchait, pâlissante et rêveuse.
Cet univers entier vaguement soupirait
Des chants mystérieux que mon cœur comprenait:
Et, croyant voir encore onduler l'inconnue,
Je la pensais toujours une enfant de la nue,
Quand un rayon glissa sur son front, et soudain.
Près de quitter la terre en un baiser divin.
Je vis des pleurs trembler à sa longue paupière.
A ce tribut fatal de l'humaine misère.
Mes songes vers le ciel s'enfuirent en pleurant.
Et l'ange ne fut plus qu'une mortelle enfant.
Chaque soir, je venais, depuis cette soirée Où, vague, à mon regard elle s'était montrée,
Dans l'omhre je, venais, au détour du chemin, L'attendre, en écoutant l'heure au clocher voisin. Mais elle, toujours douce et toujours désolée, Légère, elle glissait sur l'herbe de l'allée, Et sans jamais me fuir, sans chercher à me voir, Me jetait un souris plus triste chaque soir.
Enfm, je la suivis et je gagnais, dans l'ombre. Sa chambre où palissait le jour déjà plus sombre.
Lentement, je poussai la porte et, quelque temps. J'hésitai. Cette couche aux petits rideaux blancs. Sur un siège noirci cet ouvrage d'aiguille, Ce paisible univers de chaste jeune fille M'apparut doucement si pur, si parfumé, Que de ma chair l'orage un instant fut calmé. La blonde et chère enfant, à la fenêtre assise. De ses cheveux livrait les boucles à la brise, Et, penchée en arrière, à mes yeux découvrait Son sein demi voilé qu'un soupir agitait.
Et, dans toute ma chair, ce fut une brûlure. Car je crus, en un vol, sentir l'haleine pure Qui gonflait ce beau sein, m'effleurer d'un baiser. Puis, comme un vent du soir dans l'air \int à passer, En s'entr'ouvrant encor, la frêle broderie Montra dans un rayon la fleur épanouie;
Et, IVcinissaiit (ruiiiour, je m'ai»[>roLliai soiulciiii Et, brûlante, posai ma bouche sur sa main.