‹ Émile ZolaChapitre 15 sur 26 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

J'ai tenté vainement au\ voûtes éternelles

De maintenir le vol de mes fragiles ailes,

Et je suis retombé, de rayons ébloui,

N'ayant plus que l'amour d'un enfant de la luiit.

Tel est notre destin. Mais ces pâles ivresses,

Ces reflets atïaiblis des divines tendresses.

Malgré leurs deux écueils, le songe et le réel,

Sont encor les reflets les plus puissants du ciel,

El réclair, étranger à l'humanité sombre,

Qui nous révèle un Dieu quand il luit dans notre omiu'e,

Oh ! laisse donc ma lèvre à ta lèvre s'unir î

Laisse-moi sur ton sein épuiser le désir î

Privés des ailes d'or des célestes phalanges,

Aimons*nous en humains et non comme des anges \

Et ne i)ouvant errer aux mers de l'inlini,

Sur un tremblant rameau viens bâtir notre nid.

Viens rire et sangloter, ainler sous la charmille^

Ainsi que fit ta mère et que fera ta fille !

Viens obéir au Maître et verser à ton tour

Ta parcelle de vie au souflle de l'amour.

Se penchant tristement vers nous, ce divin Maître

De la soif de nos cœurs aura pitié peut-être. Relevant l'anathème à la femme jeté, Qui \eut l'amour du corps pour le fruit enfanté, Et sans doute apaisant nos idéales fièvres, Il fera rencontrer nos âmes sur nos lèvres. Ah! ce baiser des cœurs, ce long baiser de feu Que cherchent vainement les âmes loin de Dieu !

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