‹ Émile ZolaChapitre 5 sur 26 · FIN DES ÉTUDES, A TARIS · texte numérisé non relu

FIN DES ÉTUDES, A TARIS

il est redevable à Tautre moitié de sa nature. Ainsi, dans ce cas particulier du baccalauréat, le matin où il arrivait à la Sorbonne pour les épreuves écrites, je m'imagine le voir : au fond très calme, indifférent, acceptant le résultat quelconque, mais à la surface un peu ému, un peu tremblant, nyant sur la conscience de n'avoir rien fait depuis dix-huil mois, se sentant très mal préparé, redoutant enfln un insuccès probable, presque certain, qui affligera sa mère.

Alors, qu'arrive-l-il? ce qui ai'rive neuf fois sur dix en matière d'examen et de concours public : de l'imprévu, de l'illogique et du grotesque. Reconstituez la petite tragi-comédie suivante.

Le soir du jour des épreuves écrites, le candidat bachelier se couche avec la conviction d'avoir fait une version très médiocre et de ne pas avoir trouvé la solution juste de ses problèmes. Le lendemain matin, à son réveil, une lâcheté le prend. Pourquoi ne pas rester bien chaudement dans son lit, au lieu de risquer une course inutile? Il se décide pourtant à se lever, va à tout hasard à la Sorbonne, consulte la liste des candidats « reçus à l'écrit : » quel n'est pas son étonnement de se voir le second sur cette liste ! Il n'a donc plus qu'à soutenir l'épreuve orale, une bagatelle. Son tour arrive. D'abord, la partie scientifique : superbe! Physique et chimie, histoire naturelle : très bien ! Mathématiques pures, algèbre et trigonométrie : bien! Boules blanches sur boules blan-

ches! Déjà le succès de l'examen est hors de doute. Ce ne peut plus être qu'une question de « mention. » Zola adresse un clignement d'œil à un camarade, qui se lève, quitte la salle d'examen, et court annoncer le triomphe à la mère. Enfin, il arrive devant le dernier professeur, chargé, celui-ci, d'interroger sur les langues vivantes et sur la littérature.

— Voyons! d'abord, un peu d'histoire, dit l'examinateur... Veuillez me dire, monsieur, la date de la mort de Gharlemagne.

Zola, visiblement troublé, hésite, et finit par balbutier une date. Il ne se trompait que de cinq cents ans. Il faisait mourir Gharlemagne, sous le règne de François P^

— Passons à la littérature, dit sèchement le professeur.

Et il lui demande l'explication d'une fable de La Fontaine. Ce professeur et Zola ne pensaient sans doute pas de même en littérature , car le premier ouvrait des yeux de plus en plus irrités, à mesure que l'autre expliquait La Fontaine comme il le sentait, sans doute avec des vues très romantiques.

— Passons à l'allemand, dit-il de plus en plus sèchement.

Ici, le candidat, d'une réelle ignorance en langues vivantes, ne peut même pas lire le texte allemand. Alors, le professeur hausse les épaules.

— Gela suffit, monsieur!

L'examen oral est terminé, et, penchés à l'oreille

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