LA CRITIQUE ET LE PUBLIC
qui ont versé dans la politique, les ratés qui ont fait (le la République leur carrière. Ceux-ci, profondément indiftérents aux choses de l'esprit, songeant toujours à chauffer leurs candidatures, ne mettent le pied dans les lettres que lorsqu'ils espèrent y récolter quelques voix d'électeurs. Zola leur a toujours paru encombrant et dangereux. Lors de ses débuts pourtant, certains le louaient, sans le comprendre. Plus tard, ils se sont mis à l'éreinter et, à propos de YAssommoir, l'ont accusé « de calomnier le peuple. » Malice électorale cousue de fil blanc!
Au môme niveau, parfois avec plus de talent d'écriture, mais avec aussi peu d'analyse et d'impartialité, la critique catholico-romantique, a constamment traîné Zola dans la boue. Elle l'a combattu, naturellement, avec ses procédés en retard qui sont la négation de toute critique, remplaçant le raisonnement par des phrases à panaches, croyant pourfendre l'ennemi moderne avec de vieilles hallebardes sorties du magasin des accessoires, espérant l'envoûter par des maléfices de sorcellerie.
Entin, toujours plus bas, sans autorité, sans éru^ dition, sans littérature, certains amuseurs du boulevard, les plaisantins de la chronique légère, s'en sont donné à cœur joie sur le compte de Zola, faisant de l'esprit à contretemps sur des choses sérieuses, répondant à un beau livre par un pied de nez se dérobant à une polémique puissante par une pirouette, ressassant éternellement les mêmes plai-
santeries lourdes : calembredaines de Theure de l'absinthe qui passent pour de l'esprit français. Ils ont travesti ses intentions les plus droites, se sont efforcés de le ravaler à leur niveau, lui ont prêté leurs propres calculs, l'ont accusé de ne chercher aussi que l'argent et de spéculer sur la dépravation des mœurs, comme eux spéculent sur celle du sens commun et de l'esprit.
Mais ne tenons pas compte de la haute voltige de ces célébrités, qui n'existent que de l'angle de la rue Drouot à la place de l'Opéra. Si l'on fait le relevé des jugements portés sur l'œuvre d'Emile Zola par les divers groupes de notre critique contemporaine, on constate, en résumé, beaucoup de malveillance, mais peu d'études consciencieuses. C'est moins contre la sévérité des conclusions que je m'élève, que contre la légèreté de l'analyse. Volontairement ou non, par mauvaise foi, par cécité naturelle ou par paresse, on dirait que ceux qui ont écrit sur lui, l'ont à peine feuilleté et même ne l'ont jamais lu. Certes, il faut du travail! Ce n'est pas une petite affaire que de prendre connaissance dans son entier d'un écrivain qui a entassé volumes sur volumes ; que de suivre pas à pas les développements de sa pensée ; que de noter au passage s'il a toujours été conséquent avec lui-même ; que de savoi'' d'014 il vient et où il va, quels sont ses ancêtres intellectuels; enfin que de ne pas le prendre isolé, mais baigné en quelque sorte dans l'air am-