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Dans une fébrile angoisse, on attendait la suite, et peutêtre la fin, du siège et des souffrances de la guerre, au prochain numéro de chaque journal, au prochain lever de soleil.
Les journaux, imprimés à la diable, sur des papiers de tous les formats, jaunis, pisseux, pâteux, constituaient la seule littérature possible. Le public se montrait impatient de nouvelles, de suppositions aussi. Il accueillait tous les récits, plus ou moins vraisemblables, sans se préoccuper de les vérifier. Zola songea donc aussitôt à la ressource du journalisme. C'était un des rares métiers .ne chômant pas, que celui de correspondant de journaux. Beaucoup de journalistes étaient aux camps ou fonctionnaires. On pouvait espérer les remplacer.
Il écrivit, le 19 septembre 1870 (les portes de Paris avaient été fermées le 17, au soir), à son ami Marius Roux à Aix :
Veux-tu que nous fassions un petit journal, à Marseille, pendant notre villég-iature forcée? Cela occupera utilement notre temps. Sans toi, je n*ose tenter l'aventure. Avec toi, je crois le succès possible. Donne-moi une réponse immédiate. Tu ferais même bien, si ma proposition te souriait, de venir demain à Marseille, avec Arnaud , L'afiFaire doit être enlevée.
Le projet se réalisa, et le journal parut, grâce à l'appui de M. Arnaud, directeur du Messager de Provence, Ce fut une feuille à un sou, ayant ce titre sonore : la Marseillaise^ que Rochefort avait popularisé. Le « canard », car cette feuille, avait pour toute rédaction Zola et Roux, était insuffisante à tous les points de vue, dénuée d'argent, de publicité, d'abord, et aussi d'informations sérieuses et fraîches du théâtre de la guerre. La Marseillaise ne pouvait avoir la prétention de lutter avec les journaux importants du Midi. Elle dura seulement quel-
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ques semaiDes. Il ne fallait donc plus compter sur le journalisme pour végéter à Marseille, et il devenait urgent, pour la famille Zola, que son chef dénichât un emploi sérieux, une situation lucrative, des appointements réguliers.
Avec une souplesse d'esprit et une décision remarquables, chez un homme vivant à l'écart des événements politiques et ne fréquentant guère les milieux militants, ^ola résolut d'aller solliciter une fonction auprès du gouvernement de la Défense. Les principaux membres ■de ce gouvernement provisoire venaient d'arriver à Bordeaux. Il connaissait l'un des gouvernants, l'excellent et tant soit peu ridicule Glais-Bizoin, l'homme au crâne pointu. Il l'avait rencontrée la Tribune, jouTnal ennuyeux, mais d'un républicanisme précurseur, que, sous l'empire, avait dirigé Eugène Pelletan.
Glais-Bizoin, devenu tout-puissant, — il était membre du gouvernement, comme député de Paris au Corps Législatif défunt, — accueillit favorablement son ancien collaborateur. Il lui reprocha même de ne s'être pas pressé davantage pour venir offrir ses services, à Tours. Il l'utilisa, pendant quelque temps, comme secrétaire, et le recommanda à Clément Laurier pour une situation quelconque. Zola, rassuré, fit venir à Bordeaux sa femme et sa mère, et attendit, sans trop d'impatience, la fonction promise.
Il avait emporté avec lui le manuscrit inachevé de la Curée y et il le regardait avec attendrissement, en soupirant : « Quand pourrai-je me remettre à ce roman ? land paraîtra-t-il ? » El il en arrivait, dans l'étourdisnent du tumulte ambiant, dans l'effarement du cau- ^mar réel de l'invasion, à se demander si l'on imprirail encore des romans, et s'il y aurait toujours une
place pour rhomme de lettres, dans la société bouleversée.
Gomme j'avais avec moi ma femme et ma mère, sans aucune certitude d'argent, disait-il plus tard, en se remémorant ces journées d'angoisse et de misère, j'en étais arrivé à croire tout naturel et très sage de me jeter, les yeux fermés, dans cette politique que je méprisais si fort, quelques mois auparavant, et dont le mépris m'est, d'ailleurs, revenu tout de suite.
Zola, qui devait plus tard, indirectement, revenir à la politique, indirectement peut-être d'une façon un peu inconsciente, fut donc sur le point de devenir fonctionnaire.
En mars 1871, seulement, c'est-à-dire après la paix, et quand la lutte communaliste débutait. Clément Laurier, tenant la promesse faite à Glais-Bizoin, nommait Zola sous-préfet de Gastel-Sarrazin, dans le Tarn-et- Garonne.
Cette nomination fut presque aussitôt rapportée, et Zola n'endossa point l'uniforme à broderie d'argent. Il n'eut pas à se déranger pour aller môme voir sa souspréfecture. Cette petite ville et cette petite fonction ne lui convenaient guère. Il s'attendait à mieux. Et puis, il venait d'obtenir une correspondance au Sémaphore de Marseille, et le journal la Cloche^ de Paris, lui prenait des « Lettres parlementaires » . Il avait ainsi le pain assuré, et même des émoluments supérieurs au traitement d'un sous-préfet de 3® classe. De plus, il conservait l'indépendance qui convenait à son caractère. L'espoir lui revenait de pouvoir reprendre, la guerre étant terminée, sa carrière purement littéraire. 11 avait sa Curée à achever. Il lui partit qu'il lui serait bien difficile de terminer son roman, et surtout de le faire paraître, s'il s'enterrait dans la petite ville gasconne qui lui était assignée. Qui songe-
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rait à Texhumer de là ? li disparaîtrait, enfoui sous les cartons verts et les papiers administratifs. Il refusa ' donc la situation officielle qui lui était offerte, et, quand rAssemblée nationalerentra à Paris, il la suivit. Il conservait sa place de rédacteur parlementaire à la Cloche^ et cela lui paraissait suffisant et agréable.
Au milieu de ces cataclysmes nationaux et de ces péripéties domestiques, Zola, qui avait déjà fourni au Siècle un roman, pour être publié en feuilleton, la Fortune des Bougon, se disposa à en donner un second dans la Cloche de Louis Ulbach, où il était chargé du compte rendu des séances de TAssemblée nationale. La Curée avait été commencée avant la guerre. Elle ne fut terminée qu'en 1872, après une interruption dans la publication du feuilleton, motivée par des tracasseries policières. Les magistrats de rempire,qui poursuivaient, en i858, Gustave Flaubert et Madame Bovary pour immoralité^ avaient été changés ou s'étaient changés euxmêmes. Ils étaient presque tous devenus, de forcenés bonapartistes qu'ils étaient, des fervents républicains, dès le soir même du 4 septembre 1870, mais l'esprit de Ja magistrature était demeuré le même : hostile à la littérature. Parquets et tribunaux qualifiaient de délit contre la morale toute tentative d'artiste pour montrer la société à nu, et ôtant le masque humain, laisser voir le / fauve qui est dessous.
La publication de la Curée en librairie fut ajournée,
suivant le retard de la Fortune des Bouffon,qm n'avait
DU paraître à temps, à raison de la guerre et de cir-
Qstances spéciales à l'auteur et à l'éditeur.
Cet éditeur était Lacroix, l'ancien associé de Verboec-
oven pour la Librairie Internationale. Zola était entré
rapports avec lui,pour les Contes à iVmon. Ils avaient
passé un traité peu ordinaire. C'était un forfait. L'éditeur devait donner à « son » auteur des appointements fixes, comme à un employé. Six mille francs Tan, payables par fractions mensuelles de cinq cents francs. Zola avait accepté d'enthousiasme. C'était le salut I C'était le : pain quotidien suffisamment accompagcné de rôti et de J légumes, c'était aussi la fixité dans les recettes, la régularité dans son petit budget. Il retrouvait, avec moins de sécurité, mais avec plus d'avantages métalliques, sa situation de commis de la maison Hachette, voyant, au bout de chaque mois, tomber la somme fixée, sans redouter l'incertitude et l'irrégularité des gains littéraires.
En échange de cette mensualité, l'écrivain au fixe devait fournir deux romans par an.
Il était stipulé que, si ces romans paraissaient dans des journaux, l'éditeur devrait prélever son remboursement des six mille francs par lui dûs, et alors Tauteur recevrait, outre le surplus de la somme payée par les journaux, 4o centimes par volume en librairie.
Ce traité paraissait assez avantageux pour l'auteur, étant donnée sa réputation encore à faire. Si ses romans n'étaient pas placés dans des journaux, il était assuré de les vendre S.ooo francs pièce, et il touchait le prix, partiellement, d'avance. La vie matérielle se trouvait assurée. En même temps, il était astreint à une production constante et régulière. Ce traité ne fut pas exécuté à la lettre.
La guerre, d'abord, interrompant, retardant la publication ilans le Siècle du feuilleton la Fortune des Rotit/oHj mit un arrêt au fonctionnement des clauses stipulai; H : l'éditeur devait être remboursé des six mille francs annuels, par lui dus ou versés, mais il était nécessaire, pour cela, que l'auteur les eût encaissés d'un
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journal, ce qui D'était pas le cas. Ensuite l'éditeur Lacroix, un excellent homme, mais légèrement aventureux et fortement imprévoyant, s'était engagé dans des entreprises honorables, malheureusement, pour la plupart, aléatoires et onéreuses. Il avait payé très cher le droit d'éditer les Misérables . Victor Hugo avait touché 5oo.ooo francs, rien que pour la première édition, format in-8<*. Grand admirateur de Proudhon, Lacroix avait I entrepris la publication des Œuvres complètes du puissant philosophe, qui, sauf quelques ouvrages, se vendirent peu. L'intéressante publication de la collection des Grands Historiens étrangers, Gervinus,Motley,Mommsen, Draper, Prescott, etc., avait donné peu de résultats immédiats. Lacroix se trouvait donc obéré, à la fin de la guerre. L'interruption des affaires avait aggravé sa situation commerciale déjà embarrassée. Il eut avec Zola un compte de billets, qui, renouvelés, impayés, accrus d'agios et de frais, formèrent un total important, au moment de la faillite Lacroix.
Grâce à la loyauté des deux parties, tout s'arrangea au mieux et à l'amiable. Le compte de Zola avec son premier éditeur fut définitivement soldé eiï 1876.
Un libraire jeune, intelligent et très camarade avec ses auteurs, Georges Charpentier, racheta de Lacroix, moyennant huit cents francs, la Fortune des Rougon et la Curée, Un nouveau traité fut rédigé. L'éditeur payait comptant chaque roman trois mille francs. Devenu propriétaire du manuscrit, il pouvait le publier ou le faire reproduire dans les journaux, et cela peudant dix a , ce traité, bien que rédigé de très bonne foi, était a Ltoire pour les deux parties. Les manuscrits étaient t ) payés, si une seule édition s'écoulait. Ils ne l'étaient \ assez, si ces romans se vendaient bien en librairie.
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s'ils étaient reproduits par les journaax et traduits à Fétrang-er. C'était donc une mauvaise aflfaire pour l'auteur, si la vogue venait.
Elle vint. Zola, dont les besoins, sans être excessifs, dépassaient le revenu de sa plume, car il n'arrivait pas à fournir même un volume par an, se trouvait en avance chez son éditeur. Il se montrait préoccupé de cette dette, et se demandait soucieusement quand il parviendrait à réteindre, soit en livrant volumes sur volumes, soit en cessant de solliciter des avances. Georg-es Charpentier, heureusement, était un éditeur généreux. Il ne pratiquait nullement les procédés stricts des libraires fameux, ses opulents confrères, qui, ayant acquis de Victor Hugo, moyennant sept cent cinquante francs, Notre-Dame-de-Paris, ce chef-d'œuvre devenu presque classique qui leur avait rapporté plus d'un million, poussèrent Tauteur à ne pas publier de nouveaux romans, tant que leur traité durerait, Victor Hug'O, en effet, devait leur céder exclusivement, et pour le même prix, tout roman nouveau qu'il viendrait à produire. Le résultat fut que, pendant trente ans,Hug*o ne livra point de roman, et les M isérab les yhien que composés de long-ue date, attendirent ainsi l'expiration du fâcheux traité. Rien de semblable dans les rapports entre Zola et Georges Charpentier. Celui-ci, sur la demande de l'auteur, lui communiqua son compte,et voici la scène qui se produisit. Elle n'est pas ordinaire. C'est Zola lui-même qui la racontée. (Interview par Fernand Xau. 1880.)
— Un jour que je demandais de l'argent à M. Gharpentie il me dit : j*ai fait nos comptes. Voici votre situation.
Je constatai avec stupeur que je devais Un peu plus de d : mille francs à M. Charpentier. Celui-ci, se tournant vers m( me regarda en riant, puis, déchirant le traité ;
— Je gagoe de Tardent avec vos ouvrages, me dit-il, et il est juste que vous ayez votre part dans les bénéfices. Ce n*est plus six mille francs que je vous offre annuellement^ mais une remise de cinquante centimes par volume vendu. A ce comptelà^ le seul que j'accepte^ c'est vous qui êtes mon créancier : il vous est redû la somme assez ronde de douze mille francs, que vous pouvez toucher. La caisse est ouverte!...
On conçoit de quel pied jojeax Zola descendit à la caisse pour palper ce boni inattendu. De débiteur il passait créancier I Quel allégement! En môme temps qu'il se libérait, il encaissait, et, ce qui était plus précieux encore, il acquérait un bon et véritable ami. L'inaltérable affection mutuelle de Georges Charpentier et de Zola, de Fauteur et du libraire, est à envier et à montrer en exemple.
Bien que vivant modestement, Zola, en attendant la publication et la réussite de ses romans, ne pouvait demander qu'au journalisme le supplément de ressources qui lui était nécessaire, durant ces trois années difficiles, 1 869-1 870-1 871. Ecrire au jour le jour des articles n'était pas une besogne qui lui fdt difficile ou pénible. Nous savons que sa première méthode de travail était la régularité. Bien qu'il n'ait été qu'un journaliste intermittent, et qu'il ait considéré seulement la presse comme un gagnepain quotidien, et ensuite, l'aisance venue avec la notoriété^ comme un instrument puissant de propagande, comme une arme incomparable de polémique, il doit être compté parmi les professionnels, et en bon rang, du journal, au xix® siècle. Il aimait le journalisme. Il a fait à moi-même, en plusieurs circonstances, l'éloge cette profession ingrate, au labeur continu, aux succès lémères. Il voulut bien me complimenter, à diverses rises,sur ce qu'il nommait ma« virtuosité ».Il se ren-
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dait un compte exact de la difficulté de ces variations quotidiennes qu'il faut improviser, la plume devenant rivale de l'archet de Pa^anini, sur la- banalité de thèmes courants ou vulgaires, et cela tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, sans paraître j amais las, sans reprendre haleine. Il avait des idées très précises sur la pressée! sur la tâche du journaliste. Je vais lui laisser la parole pour lès exprimer :
Je considère, répondit-il à une pressante et peut-être indiscrète interrojçation sur ce sujet, puisque vous me demandez mon opinion sur le journalisme contemporain, que, s'il ne sert pas d^nstrument politique ou de tribune littéraire, il De peut constituer qu'une situation transitoire, ou plutôt préparatoire...
Je vous en parle savamment, moi qui ai fait de tout, dans le journalisme, depuis le vulgaire fait-divers jusqu'à l'article politique. L'immense avantage du journalisme, c'est de donner une grande puissance à l'écrivain. Dans un fait-divers, le premier venu peut poser la question sociale. De plus doit-on compter pour rien l'éducation littéraire, l'habitude d'écrire, qu'on acquiert ainsi? Sans doute, il faut avoir les reins solides. Cette besogne à la vapeur tuera les moins robustes, mais les forts y gagneront. Et, je le dis sans fard, je ne m'occupe que de ceux-ci, je ne m'apitoie nullement sur le sort des vain-, eus, quand c'est leur faiblesse qui est coupable. Il faut, dans la vie, avoir du tempérament. Sans énergie on n'arrive à rien. Enfin, le journalisme donne aujourd'hui au littérateur le pain quotidien, et lui assure ainsi l'indépendance.
Je voudrais pouvoir exprimer toute ma pensée là-dessus. Je le ferai certainement plus tard, car il y a là une question vitale : les écrivains du siècle dernier étaient des valets, parce qu'ils ne gagnaient pas d'argent, et c'est cette bataille de l'écrivain contemporain, que nous avons tous soutenue contre les exigences de la vie, qui nous a valu Balzac... Hélas ! je soulève là tout un monde et il me faudrait des journées entières pour m'expliquer...
J'ai donc, continua Zola, beaucoup travaillé dans le journalisme, quoique j'aie peu fréquenté les bureaux de rédaction.
Quaad j'étais pauvre, alors que mes romans ne se vendaient pas, j'ai fait du journalisme pour gagner de l'argent ; j'en fais aujourd'hui pour défendre mes idées^ pour proclamer mes principes.
— Où avez-vous écrit ?
— Successivement j'ai travaillée laSitaaiion, au Petit Journal, au Salât Public^ de Lyon, à V Avenir National, à la Cloche^ où j'ai fait le courrier de la Chambre (alors siégeant à Versailles), et au Corsaire (d'Edouard Portalis), qu'un méchant article de moi, intitulé <ic le Lendemain de la crise », fit supprimer. J'ai écrit aussi à la Tribune.., Une particularité me frappa, à la Tribune, Tout le monde était pour le moins candidat à la députation. Il n'y avait que moi et le garçon de bureau, qui ne fussions pas candidats...
Zola termina ses déclarations sur le journalisme par ces dernières confidences, intéressantes à retenir :
— Je fus correspondant, à Paris, du Sémaphore de Marseille, jusqu'en 1877. U Assommoir se vendait depuis sept mois que, par mesure de précaution, j'envoyai chaque jour ma correspondance. Gela, pour quelque cent francs par mois. Et à ce propos, permettez-moi de vous faire remarquer qu'il y a tout au plus quatre ans que je gagne de l'argent. C'est grâce aux sollicitations de mon digne et vieil ami Tourgueoeff que j'ai obtenu la correspondance du Messager de VEurope, de Pétersbourg, qui, au début, ne me valut pas moins de sept à huit cents francs par mois .
Enfin, vous m'avez connu au Bien Public — (j'étais chargé de la partie littéraire, à ce journal, et, pour le compte rendu des premières, je remplaçais souvent Zola) — et j'avoue qu'au moment où je suis entré à ce journal, pour y rédiger le feuilleton dramatique (1876), ma situation n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui ; c'est pourquoi j'avais surtout pour objectif les six mille francs que me rapportait ce feuilleton. Plus tard, r"«nd l'aisance arriva, lorsque je me sentis devenir une force, 1 [uestion d'argent ne fut plus que secondaire. Je me âervis ( non feuilleton comme d'une tribune. Ainsi, vous le voyez, 1 Durnalisme est à la fois un moyen et un but. De plus, c'est \ arme terrible. Combien de littérateurs, et des plus estima-
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bles^seraienl heureux de pouvoir s'en servir, et de trouver, en outre, quelques subsides.
— Quelle est votre opinion sur la critique ?
— En France, répondit avec force Zola, on ne fait pas de critique. Je pourrais même dire qu'on n'en a jamais fait! Tous nos critiques ont des amitiés à ménager, sinon des intérêts à préserver. D'ailleurs, le métier de critique est un casse-cou. Soyez franc : au bout de quelques jours, vous n'avez plus que des ennemis. Aussi je trouve que les vieux sont trop compromis parleurs relations. J'estime que ce sont les jeunes qui devraient faire de la critique. Ils se tremperaient, ils se fortifieraient ainsi. Ce serait, en quelque sorte, pour eux, le bapr téme du feu...
— Ne vous est-il jamais venu à l'idée d'avoir la direction d'un journal dans lequel vous défendriez et propageriez vos idées?
— On m'a fait des propositions dans ce sens. Même, il y a huit jours, l'entreprise a été sur le point d'aboutir. Aujourd'hui mes travaux littéraires ne me permettraient pas d'accepter une telle responsabilité. Cependant, je ne dis pas que^ plus tard, cette idée ne sera pas mise à exécution.
— Vous publieriez alors un journal politique ?
— C'est-à-dire que je ferai l'ancien /V^^aro, en 'déposant un cautionnement au Trésor pour avoir, à l'occasion, le droit de traiter les questions politiques. Je prendrai les événements et les hommes de très haut. Je ferai table rase des calculs et des convoitises. Je ne m'inféodorai à aucune coterie, et je tiendrai sur tout mon franc-parler. Je crois qu'un tel journal réussirait » En tout cas, ce serait un curieux document pour l'avenir. . .
Zola journaliste mérite donc rattention, et, sans le préjugé delà spécialisation et du cantonnement des genres, dont sont férus la plupart des bavards de salons et des plaisantins de bureaux de rédaction, qui font l'opinion, on ne considérerait pas, comme une partie négligeabl de son œuvre, ses articles. Il en a réuni un grand nom bre en volumes, et ces productions passionnées, toute vibrantes de conviction, méritent d'être retenues et coe
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sidérées comme de véritables livres, comme les meilleures études de critique approfoudie sur le roman, sur le théâtre et sur les priacipaux écrivains modernes.
Zola embrassa tous les genres de littérature. Rien de ce qui appartenait au monde de récriture ne lui fut étrang-er. Il pratiquait le vers fameux de Térence dans Tuoivers littéraire. Poésie, contes, romans, critique, histoire, philosophie, journalisme, théâtre, il n*a trouvé aucun des modes de manifestation de la pensée indigne de son attention, au-dessous de son talent. Ceci ne veut pas dire qu'il ait réussi dans tous les genres. Le feuilleton populaire, par exemple, n'avait eu en lui qu'un producteur très ordinaire, un concurrent inférieur aux fournisseurs en renom des éditeurs de livraisons et des deux quotidiens spécialistes du roman d'aventures. Dans le journalisme politique, où il figura quelque temps, notamment comme courriériste parlementaire, à la Cloche de Louis Ulbach et au Corsaire de Portalis,il passa inaperçu. A cette époque, cependant, où le télégraphe et le téléphone n'avaient pas remplacé la plume, où les journaux ne se contentaient pas de couper et de réduire l'analytique, où chaque physionomie de séance avait son originalité et sa tonalité, selon la nuance du journal, où les comptes rendus de l'Assemblée de Versailles, alors très suivis parle public, étaient, selon les rédacteurs, pittoresques, humouristiques, passionnés, violents, ces articles de critique parlementaire constituaient un genre où des journalistes comme Edmond About, Henry Fouquier, Camille Pelletan, Charles Quentin et bien d'autres s'il- 1 .raient. Pareillement, dans le théâtre, il ne rencont guère de succès que grâce à la collaboration de ^ iliam Busnach, un habile arrangeur de ses romans c Ves, V Assommoir, Nana.
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Les Héritiers Babourdin et le Bouton dt/ Bose, ses deux seuls ouvrages originaux, qui, par conséquent, doivent être considérés comme son principal bagage dramatique, ne sont pas restés au répertoire, et ne sauraient figurer que comme mémoire dans le bilan de ses œuvres. Cet insuccès théâtral persistant Tirrita. Il y eut, sans doute, de la prévention contre Zola auteur dramatique. Le parti-pris de la presse, et d'un certain public, d'imposer l'absurde limitation des genres, fut évident. Comme si l'art devait avoir des compartiments et des -sirajons, ainsi qu'un magasin I Comme si les écrivains, assimilés aux gens de métier du temps des jurandes, ne devaient jamais se livrer à aucun travail en dehors de l'atelier corporatif où ils étaient parqués! Enfin, ce préjugé existe, et il est parfois périlleux de n'en pas tenir assez compte. On assomme les talents doubles, et les artistes multiples, avec l'anecdote, qui ne prouve rien du tout, d'Ingres se mettant à jouer du violon, quand on visitait son atelier. Balzac non plus ne connut pas la victoire scénique. On fit expier à l'auteur dramatique la maîtrise incontestable du romancier. II y a de la jalousie et du dépit, dans le public, quand il assiste à la multiplicité des efforts du génie. Il se trouve comme humilié par cette exubérance déployée. Il ne veut pas admirer deux fois et tsous deux formes. Le lecteur et le spectateur ne sont qu'un, mais ils exigent deux auteurs : l'un pour le théâtre, et l'autre pour le home. Ces gens de génie, aussi, sont inconvenants ; ils veulent par trop
^ accaparer la gloire. A bas les cumulards ! Nul ne peut servir deux maîtres. Pourquoi ce Balzac, ayant produit la Cousine Bette, chef-d'œuvre devant lequel il faut bien s'incliner, a-t-il la prétention de forcer les gens à
, aluer derechef Quinola ou Mercadet ? Ces deux pièces
' Bfw:
sont, sans cloute, paissantes : signées de Beaumarchais [ ou de Dumas fils, elles eussent probablement « été aux 1^ nues ». Mais on ne pouvait tolérer que Balzac s'imposât
deux fois au public, et Ton ne saurait admettre qu'à I deux reprises, en invoquant tour à tour le livre et la
scène, un même auteur se permît de solliciter le public^ '■ en demandant : la gloire, s'il vous plaît? Grand homme,
on vous a déjà donné I t Gomme Balzac, Zola et les Concourt, le g'rand
Gustave Flaubert fut écarté incivilement de la scène, et ' on le contraignît à retirer dignement son Candidat,
après quelques représentations. En même temps, on le
renvoyait à sa Bovary.
L'insuccès de Bouton de Rose fut éclatant. J'en ai i suivi de près les incidents. J'avais alors, comme il a été
dit plus haut, la direction des services littéraires du I Bien Public. C'était un grand journal républicain I quotidien, à lo centimes, paraissant à 4 heures, comme
le Temps, Son propriétaire était M. Menier, le fameux I chocolatier, député de Seine-et-Marne, économiste dis- I ting'ué, auteur d'ouvrages remarquables et remarqués
sur les systèmes d'impôts, principalement cité, loué,
combattu et raillé, à propos d'un certain projet d'impôt,
non pas sur le revenu, mais sur le capital, dont il était
le promoteur.
Le Bien Public^ d'allure et de ton modérés, s'adres-
sant à une clientèle plutôt bourgeoise et « opportuniste »,
le terme n'était pas inventé, mais la chose existait, r présentait ce caractère singulier d'avoir une rédaction
h ucoup plus avancée, beaucoup plus radicale que ne
S" blait le comporter son public, sa direction, son allure
e son classement dans les grands organes parisiens.
^ s Guyot en était le rédacteur en chef. Les rédacteurs
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politiques : Sigismond Lacroix, Aug^uste Desmoulîns, étaient plutôt rangés parmi les socialistes. Un journal, tout à fait rouge, celui-là, et qui forcément teintait fréquemment le rose Bien Public, était l'annexe avancée de l'organe de M. Menier : il se nommait les Droits de l'Homme, Il se faisait dans la même maison, chez le même imprimeur, Timprimerie Dubuisson, 5, rue Coq- Héron, avec plusieurs rédacteurs communs. Il va de soi que l'excellent M. Menier était empêché par sa position commerciale de manifester sa participation à un organe presque révolutionnaire. On était au moment du coup parlementaire du i6 mai, de la terreur de Tordremoral, et le sabré de Mac-Mahon semblait menaçant. Le nom de M. Menier ne figurait pas dans les manchettes du journal, mais le commanditaire bénévole ne se dérobait nullement, quand le caissier, toujours à sec, des Droits de V Homme ^ le malin père Guignard, lui faisait . part de la présence à ses guichets de la meute des rédacteurs altérés. J'appartenais aux deux journaux. Aux Droits de l'Homme^ se trouvaient, en dehors des collaborateurs du Bien Public, Jules Guesde, alors débutant, Paul Strauss, P. Girard, Léon Millot, Léon Angevin, E. -A. S poil, Albert Pinard, Emile Massard, Géard, Louis OUivier, et d'autres encore dont les noms et les physionomies se sont effacés, pour moi, dans les brumes du temps.
L'un des premiers, j'avais signalé aux lecteurs du Bien Public et à ceux des Droits de l'Homme la force, Tori gin alité du talent d'Emile Zola, et j'avais proclamé quel(]ues-unes des théories et des déclarations de gu( re du (( naturalisme », tout en conservant mon indép idance et mon éclectisme, car rien ne pouvait, rien *a pu affaiblir mon admiration pour Victor Hugo. J'^ is
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doDC ainsi dans les meilleurs termes avec mon co-rédacteur Zola, chargé du feuilleton dramatique du Bien
r Public, Mais le « lundiste » en pied, souvent, n'éprouvait aucune tentation d'aller écouter une pièce qui ne Tintéressait guère. Il désirait se soustraire à Tobligation d'en rendre compte et préférait ne pas revenir de la campagne. Il fut tout un été àl'Estaque, près de Marseille ; par conséquent loin des premières. Restant à Paris, assez fréquemment il lui arrivait de développer des théories sur l'art dramatique et sur le roman expérimental, plutôt que de gaspiller l'espace dont il disposait^ au rez-de-
'^ chaussée du journal|, les dimanches soir, au profit d'une revue insipide ou d'un- drame baroque. Zola me priait alors de « corser » mon courrier théâtral quotidien, et d'y insérer un aperçu de la pièce nouvelle, suffisant pour renseigner le public et tenir lieu de compte rendu. Lors de la représentation au Palais-Royal de Bouton de Rose^ ce fut à moi que revînt la tâche, assez délicate, étant donnée la situation de l'auteur au Bien Public, et notre camaraderie, de narrer cette soirée, plutôt pénible. Le Bouton de Rose^ vaudeville en trois actes, n'était ni meilleur ni pire que bien des pièces de ce genre qui, au Palais-Royal et aux Variétés, ont réussi. Gomme le titre peut le faire soupçonner, il s'agissait d'une allusion, d'un symbolisme galant. Une jeune femme, dont le mari -■ s'absente, ne doit passe laisser ravir son bouton de rose, ; et elle doit, au retour de Tépoux, montrer intact l'emblème de la vertu conjugale. Là, rien de sublime, ni de choquant non plus, étant donnés le genre du théâtre et la lentalitéde son public habituel. Sur une scène renomm pour son répertoire asiéez vif, ce sujet pouvait pass« était bien dans la note. La Sensitive^ le Roi Cand '^, le Parfum, d'autres vaudevilles encore, écoutés
avec plaisir^ etapplaadis sans protestation, prouvent qu'il y eut parti pris, pour ne pas dire cabale, contre Tauteur, déjà trop célèbre,de V Assommoir et de la Page dA moar. Au second acte, où la jeune épouse, entraînée au mess des officiers^ se laisse g^riser et entonne le refrain de route :
As-tu bu Au tonneau de la mèr' Pichu 1 {bis)
il s'éleva des murmures véritablement exaf^érés ; il y eut même des sifflets tout à fait excessifs. Ces indignations dépassaient la mesure, en admettant que la cbanson troupiére, fort crânement etg'entiment lancée par M^'« Lemercier, ait déplu aux délicats spectateurs, accoutumés à se pâmer lorsqu'on jouait la Mariée da Mardi" Gras ou le Chapeau de Paille d'Italie,
Zola fut blessé et attristé de cet échec inattendu et^ en quelque sorte, inexplicable de Boulon de Rose, Il n'avait voulu écrire qu'une farce, afin de montrer sans doute qu'il étaitcapable de besog-nes vulgaires^ et on le jugpeait avec la sévérité à peine de mise pour une grande comédie de mœurs à prétentions philosophiques. On ne doit pas regarder le Médecin malgré lui avec les yeux graves et la pensée en éveil qui conviennent aux représeutations du Misanthrope. On a prêté à Zola, après coup, une attitude, autre que celle qu'il eût réellement, la vraie, la bonne. Quand, le rideau relevé, l'excellent artiste GeoflFroy, si aimé du public, pourtant, eut toutes les peines du monde à i)ommer l'auteur, au milieu de sifflets et de clameurs, également stupides, on a montré Zola affectant, dans les coulisses, au milieu des cabotins effarés et devenus méprisants, une attitude hautaine. Aux directeurs consternés il aurait dit :
<( Vous voyez bien, Messieurs, que vous avez eu tort de f jouer ma pièce, malgré moi! » On ne joue aucun auteur
1 malgré lui, et Zola, si intransigreant sur ses droits d'écri-
I vain, moins que personne était homme à se laisser prendre,
! d'autorité^ une œuvre. Sans son consentement, sans son
désir, aucun directeur de théâtre ou éditeur n*eût osé mettre^ sous les jeux du public, un roman ou une comé* die qu'il eût estimés indignes de paraître. La vérité est qu'il supposait, sans croire avoir enfanté un chef d'œu- Tre, que Bouton de Rose était bien dans le cadre du Palais-Royal, et que le public accepterait cette pièce comme tant d'autres de môme tonalité, sans y chercher midi à quatorze heures, riantet s'amusant, comme il sied à une farce un peu grosse. Il se doutait si peu de Téchec, qu'il m'avait bien recommandé, dans le compte rendu ^ que je devais faire de la première, à sa place, pour le
Bien Public^ d'insister sur les plus énormes plaisanteries de la pièce, de les montrer conformes à l'esprit national, d'après les fabliaux et les contes qualifiés de gaulois, qu'Armand Silvestre commençait à remettre à la t mode. Un petit détail prouvera combien il escomptait la victoire ; un souper de trente couverts avait été par lui commandé chez Véfour, restaurateur voisin, sous le ,3 péristyle, en face du théâtre, le soir delà première, pour célébrer la succès nouveau, original et désiré de Zola, auteur comique! Ce fut un souper de funérailles. Mais, avec sa robuste placidité, Zola parut indifférent et calme, v^ Il supporta la douche sans broncher. C'était un four? Eh! bien I soit ! après ? Il restait toujours i'homme qu'il était. Les presses de Charpentier attendaient, et un nouveau chef-d'œuvre était tout prêt pour boucher ces mâchoires . hurlantes. Il ne maudit ni le parterre, ni la critique : il ne voulut, cependant, pas reconnaître qu'il s'était four-
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voyé. 11 ne consentit môme pas à confesser son infériorité dans le genre plaisant.
Comme à tous les esprits puissants, aux vastes pensées, la blague, qui est la classique vis comica dégénérée, lui échappait. Il n'était pas le maître du rire. Le sens du drôle lui faisait défaut. Il n'est pas le seul qui ait cette lacune du risible. Victor Hugo, même au 4® acte de Ruy Blas^ même dans ses plus grands efforts pour être plaisant, n a jamais pu arriver à ce résultat que le pre- S mier turlupin venu obtient si facilement, au théâtre : faire rire I II est faux que que le plus puisse être le moins. Défense au Mont-Blanc de se rapetisser et de
• devenir monticule. S'il est impossible à la grenouille de s'enfler jusqu'à devenir bœuf, le bœuf ne peut même pas tenter de se réduire au point de devenir grenouille. Etre comique est un don. Les plus grands génies n'ont pu l'acquérir, même au prix des plus vigoureux efforts.
\Le pitre et le clown sont des spécialistes. Talma, Frédérick-Lemaître et Mounet-Sully ne pourraient faire ce qu'ils exécutent, le sourire sur les lèvres, ni entraîner les mêmes applaudissements. Tous les jours, des écrivains rudimentaires, des abécédaires de la littérature, des romanciers primaires et des vaudevillistes illettrés,
N obtiennent le franc succès du rire. Ils désopilent, et ils arrachent à la foule de contagieux accès d'hilarité, sans qu'on puisse expliquer pourquoi leur papotage force à pouffer les moins disposés, comme l'opium contraint au sommeil les plus tenaces éveillés. Ce sont des choses qui rentrent dans l'inconnaissable. Tout au plus peut-on dire que le pouvoir d'égayer les foules échappe aux grands cerveaux, parce que la moquerie, la raillerie, la gaîté, ont leur siège dans les parties honteuses de l'intellect. C'est une évacuation, le rire. C'est
ZOLA AUTEUR DRAMATIQUE l8p
le propre de Thomme, dit-on. Oui, comme Tadultère,
la pédérastie, le fanatisme, le crime, la méchanceté. L'ani-
^ mal ne rit pas, parce que Tanimal, môme le tigre, est
bon : pas plus féroce quand il dévore un homme, par
|/faim, que nous quand nous avalons une huître vivante,
par g-ourmandise. Ce n'est que Tesprit de malveillance
Kqui anime le rieur. Une personne qui trébuche, un
r mari qui souffre, un bossu qu'on maltraite, voilà d'éter-
^ Dels sujets de rire. Toute la joie du théâtre français est
L là. Sans Sganarelle cocu et Géronte bâtonné, il resterait
peu de chose du grand comique français.
Ce n'est pas seulement le rire, mais Tironie, qui fait défaut à l'homme de génie, et aussi à Thomme seulement pourvu de talent. L'ironie, traduisez en parisien la blaf gue, est une modalité de l'esprit, incontestablement inférieure. La bassesse humaine a la parodie pour manifestation. Homère a déjà signalé cette honte et cette misère de l'espèce, dans son abominable Thersite. Ils sont malheureux, plus qu'on ne le pense, ceux qui tournent tout en dérision, et qui rigolent devant ce qui est digne d'admiration. Le diseur de bon mots, selon Pascal, est toujours un mauvais caractère. Les écrivains qui furent des moqueurs ont laissé, parfois, des œuvres impérissables, car ce sont de grands et cruels génies que Rabelais, l Molière, Voltaire, Beaumarchais ; ils ont légué surtout un déplorable héritage. Il ne faut, d'ailleurs, pas confondre les grands railleurs avec les blagueurs subalternes.
i II y a de l'amertume, au fond de la joyeuseté de nos ; VI .comiques. Est-il rien de plus tragique que Moli< , amoureux quadragénaire, rebuté et déçu, mette en joie la parterrre,et les marquis aussi, aux dépens d( *n Arnolphe, c'est-à-dire aux siens ? L'autobiogra-
igo
phie jouée de l'Ecole des Femmes n&peut faire rire que du bout des lèvres ceux qui connaissent Molière, qui Taiment, et qui savent sa douleur d'amour. Dans plus d'une pièce, il y a des rires, en certains passages, qui éclatent comme des blasphèmes.
Zola est un grand poète lyrique,un psychologue pénétrant, un historien synthétique des mœurs, un anatomiste audacieux des nerfs, des muscles, du sang et des réflexes de la carcasse humaine ; il est aussi un philosophe humanitaire, un socialiste pacifique, un rêveur de paradis terrestres, un constructeur de Tours de Babel collectivistes, où tous les ouvriers confondus finiraient par s'entendre, sans parler la même langue ; il est, enfio, un grand écrivain coloré, majestueux, épique; sa place, dans le Panthéon de la littérature moderne, est entre Hugo et Balzac, mais il ne saurait être comparé, comme inspirant le rire, à Gourteline, à Alphonse Allais, à Tristan Bernard, et même au plus plat et au plus vulgaire des vaudevillistes du Théâtre-Déjazet. Lui, qui ne pouvait que sculpter dans le granit et tailler dans le marbre, il a eu le tort de vouloir se montrer fabricant de breloques en toc. Son Bouton de Rose est une erreur , une bévue.
Cette tentative, qu'il n'a d'ailleurs jamais renouvelée, a dû lui démontrer, à lui si plirtisan de l'expérimentation scientifique, que l'art, comme la force humaine, a des limites. Pareil aux grands fleuves, le génie peut croître et se perdre dans l'immensité des océans ; il lui est interdit, en eût-il agrément et désir, de rebrousser son cours et de redevenir ruisseau. Quand on a reçu en don la puissance merveilleuse de faire résonner la lyre aux sept cordes sonores, il est malaisé, parfois même il est impossible, d'y ajouter la crécelle et le mirliton.
ZOLA AUTBUR DRAMATIQUE igi
Zola semble démontrer, par rinutîlité de ses efforts à la scène et par la persistance de ses insuccès réitérés, la vérité de la prétention des « hommes de théâtre » de former comme une caste littéraire à part, un sacerdoce spécial initié à certains rites, prêtres d'une Isis aux mystères abscons. Ainsi, un vaudevilliste, un faiseur d'opérettes, un confectionneur de revues serait un savant possédant une alg^èbre inconnue des profanes? Le moindre bâtisseur de scénario deviendrait un architecte aux épures mystérieuses, le membre d'une confrérie aux arcanes interdits. Les « hommes de théâtre » seuls sauraient construire des ouvrages compliqués et difficiles, destinés pourtant à être compris instantanément, à être jugés de même, et du premier coup, par le grossier passant, par l'ignorant stupide, par le convive sortant de table congestionné, par la marchande des Halles au vocabulaire sonore, et par la femme élégante et sotte, capable, ordinairement, de s'intéresser seulement aux chiffons ou aux banalités de la conversation mondaine. Tout ce grand art, toute cette technologie et toute cette esthétique supérieure aboutissant à se faire comprendre des ignorants et des imbéciles ? C'est le mystère de la foi théâtrale I
La scène serait un collège d'augures, d'où l'on ne saurait regarder la foule sotte et crédule sans rire entre initiés, mais où l'on ne serait admis à officier que dans des conditions particulières de savoir-faire, de roublardise -et de tour demain ? Zola, comme Balzac, comme Flaubert, comme les Goncourt, ne possédait pas, paraît-il, les capacités particulières exigées pour être admis dans la confrérie. L'école dite naturaliste n'a pas, il est vrai, en général, réussi au théâtre. Le roman fut plutôt son champ de bataille et de victoire. La plupart des pièces
de celte école sont extraites de romans. Pourtant, l'on peut classer comme auteur dramatique se rattachant au naturalisme, Henri Becque, doût les pièces n'étaient pas des scènes de romans découpées, dialoguées et adaptées, plus ou moins harmonieusement, au théâtre. Un maître auteur dramatique, celui-là !
Il faut reconnaître aussi que tous les hommes n'ont pas des aptitudes égales, ni surtout universelles. La scène exige, avant tout, Faction, la synthèse parlante, remuante, Tellipsede la phrase, et souvent de l'idée. Un geste y remplace une explication, qui, dans un livre, exigerait plusieurs mots, parfois plusieurs lignes. Le théâtre a donc des procédés d'exécution et des moyens de réalisation du sujet conçu, ce sujet fût-il le même, tout autres que ceux que réclament le livre, le roman. Il en est de môme dans les autres formes de * Fart. Un violon et un pinceau, un ébauchoir et un burin, sont des instruments d'art diflférents et produisent des effets distincts par l'exécution. Mais l'artiste, apprenant à se servir de ces outils variés, ne peut-il traduire, avec une même maîtrise, avec des procédés distincts, son rêve, son idée, la nature par lui surprise et interprétée ? Léonard de Vinci, Michel-Ange, et la plupart des grands artistes de la Renaissance n'ont-ils pas prouvé la dualité, la multiplicité du génie ? Il est probable, étant donnée une certaine dynamique cérébrale, et en supposant rassemblés le don créateur^ la connaissance des moyens techniques, et l'énergie suffisante pour les appliquer, qu'un même artiste pourrait être poète, dramaturge, philosophe, romancier, peintre, sculpteur, musicien, orateur et architecte. Le domaine de l'art, comme le champ de la science, ne s'est pas agrandi. Il est difficile, aujourd'hui, d'être, comme au xvi» siècle, un
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[Rabelais ou un Pic de la Mirandole, un savant possédant toutes les connaissances de son temps. La science, [de plus en plus étendue, variée, infinie, exigera, de plus en plus, des spécialistes, des gens cantonnés dans une étude, des insectes de génie et de patience fixés sur une branche unique, et passant leur existence à la fouiller, à la dénuder. Il n'en est pas de même en matière artistique, en littérature surtout, où le progrès n'existe à peu près pas, la matière et le travail restant presque , toujours semblables. Il y a un abîme entre le rapide de Marseille et le char qu'Automédon dirigeait ; la distance n'est pas grande qui sépare une églogue de Virgile de la rencontre de Miette et de Silvère, au puits de i la Fortune des Rougon,
Pourquoi tel artiste, tel privilégié susceptible de devenir un ouvrier d'art, au lieu de demeurer un manœuvre, s'adoune-t-il à une spécialité et prend-il pour instrument la plume et non le pinceau, et inversement ?
Le hasard, l'imitation, les encouragements des camarades, dans Part comme dans les carrières nullement artistiques, où s'observe un choix analogue, sans raison apparente ordinairement, décident de la localisation des ^aptitudes. Zola aurait pu faire un auteur dramatique, égal au romancier qu'il est devenu, mais il lui fallait, pour cela, concentrer son énergie sur des sujets scéniques, préparer, étudier des actions et des caractères susceptibles de se développer dans le cadre conventionnel et limité de quelques heures de spectacle ; il lui eût fallu aussi bander, vers un autre but, cette arme de la volonté qu possédait plus que tout autre, et viser, au lieu du ro] in, le théâtre. Il n'est pas douteux qu'il aurait mis pli d'une fois dans le mille, l'adroit archer.
it détourné de ce but-là, d'abord par les difficultés,
iq4 Emile zola
qu'on pourrait nommer subjectives, de Tari théàtrali c*est-à-dire la trouvaille des sujets, Tétude et le renda des caractères, le choc des situations, le mouvement des personnages et le choix de leurs faits et gestes, devant, dans leur synthèse mimée et parlée, fournir Taaaljse de leurs sentiments, de leurs pensées^ de leurs individualités. Ensuite, il rencontra, lui barrant la route, les obstacles extérieurs et matériels, contre lesquels plus d'une intention scénique s'est brisée net : la confection définitive de la pièce, sa mise au point pour l'optique des planches, et enfin les démarches, les attentes, les sollicitations et les tiraillements, avant d'être joué^ afin de l'être.
La volonté n'est pas l'audace. Zola était un grand timide. Les fameux « hommes de théâtre » sont généralement des gaillards résolus, sceptiques, marchant carrément dans la vie, le chapeau sur l'oreille, ayant beaucoup de l'aplomb du commis-voyagear, exhibant la crânerie du candidat politique : voyez les deux Dumas,| l'un exubérant, l'autre froid théoricien ; Scribe intrigant! et souple ; Victorien Sardou alerte et séduisant ; Maurice Donnây cambriolant l'Institut avec la pince-monseigneur de feu Salis; Alfred Capus proclamant sa veine et faisant, avec ses allures félines, et son sourire bénin, le fracas du joueur chançard, tous ces triomphateurs de l'arène théâtrale sont des lutteurs rudement musclés, et dont pas un n'a jamais eu froid aux yeux, ni crampe aux mollets. Zola n'était pas taillé pour se mesurer avec ces Alcides du plateau, et il n'était pas surtout disposé à leur disputer la place. Il ne pouvait supporter de paraître combattre dans un rang secondaire.il s'était reconnu, la' vingt-cinquième année sonnée, peu apte à devenir un poète lyrique de premier ordre : il cessa d'écrire en vers ;
ZOLA AUTEUR DRAMATIQUE IqS
il ploDgea dans un tiroir, comme dans un bocal où Ton conserve un embryon, ses poèmes avortés de rAmour^ease Comédie, qui lui avaient donné tant de joie^ lors de la conception. Tournant le dos, en apparence, au romantisme des Contes d'Espagne et des Orientales y il marcha, droit et triomphal, sur la voie qu*il venait de doter de cette désignation neuve et sonore : le naturalisme. Là, il se sentait robuste et maître. Rien ne pouvait l'arrêter, «t les obstacles qu'il démolissait, qaand il ne voulait pas se donner la peine de les écarter, lui donnaient la force et la confiance pour franchir ou supprimer ceux qu'il viendrait à rencontrer par la suite.
Il avait constaté son peu d'aptitude au roman-feuilleton. Un genre, pourtant productif et susceptible d'agir sur les grandes masses de lecteurs. Les Mystères de Marseille furent son unique tentative en ce genre. Il ne se sentait.pas davantage la force de donner, chaque jour, un article d'actualité, soit politique, soit littéraire. Il cessa donc pareillement de faire du journalisme courant, car, bien qu'il ait beaucoup écrit dans divers journaux, et qu'il ait collaboré à l'un des plus répandus, /e/^/^aro, il y fit plutôt ce qu'on nomme, et c'était un des titres qu'il avait lui-même choisis, des « campagnes » que des articles dans le godt de ceux des maîtres articliers. Ses correspondances littéraires, au journal russe le Messager de r Europe^ où Tourgueneff l'avait accrédité, les abondantes et massives colonnes de prose, qui contenaient ses théories et ses argumentations sur le roman expérimental, sur les documents humains dont il préconisait l'usage exclusif dans toute œuvre, en bannissant l'imagination, bannissement qu'il n'appliqua pas toujours à ses propres conceptions, c'étaient des pages de livres interrompues, débitées en tranches et non du véritable jour-
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naJisme. Le public ne s y trompa ^uère. Zola lui-même ne se Bt aucune illusion sur son peu de succès dans la chronique ou dans la critique. Si les articles, sig'nés de son nom retentissant, étaient recherchés par les directeurs de journaux et regardés avec curiosité, c'est que sa renommée forçait l'attention. Des pages, au bas desquelles flamboyait, comme une vedette, le nom de Tauleur de l'Assommoir^ ne pouvaient passer inaperçues. Le nom de l'étoile attirait, mais bientôt la lourdeur de son jeu fatiguait et l'on trouvait peu amusante la pédanterie du magister naturaliste. Zola professsait beaucoup. Il transformait le journal où il écrivait en chaire de collège, et il faisait la classe aux lecteurs, aux élèves de lettres. Sa manière se rapprochait de celle de Sarcey, mais avec moins de bonhomie et plus de suffisance. Le public goûtait peu Zola journaliste et pion, et le renvoyait à ses romans. Il y retournait volontiers. Là où il n'obtenait pas, du premier coup, l'excellence, il abandonnait la partie. Cet homme, si admirablement doué d'énergie, et qui se montra si résistant à tous les coups de la fortune, n'éprouvait pas le découragement, mais l'ennui, l'indifférence pour Tentreprise où il sentait qu'il n'obtiendrait que lentement, et peut-être jamais, la réussite. Remarquez qu'il ne s'agit pas du succès même, de la foule applaudissant, acclamant, et de la gloire venant poser sa couronne sur le front radieux de l'écrivain promu grand homme. Zola ne renonça pas au roman parce que Thérèse Raquin, la Fortune des Rougon^ la Curée^ Son Excellence Eugène Rougon, la Conquête de Plassans, n'avaient eu qu'une chance relative, comme vente, comme argent, comme classement parmi les livres célèbres. Il persévéra jusqu'à l'éclatement de l'Assommoir^ parce qu'il avait le sentiment de sa vigueur, de sa supé-
[ riorité. Très bon critique de lui-même, il se jugeait sans i indalg'ence ni parti pris. Bien avant que Coupeau el l Gervaise eussent lancé son nom aux quatre coins de Tuf nivers lisant, il s'était reconnu capable d'être un maître ^ romancier, et il avait persévéré dans sa tâche. Indifférent I à rindiflference, il avait laborieusement entassé les chapitres sur les chapitres, les livres sur les livres, attendant ; l'aube du succès, avec la confiance du laboureur traçant I le sillon, répandant ses semailles, et ne doutant pas de voir la semence lever et le jour de la moisson venir. Il ' trouvait en lui-môme cette certitude. Pas une heure, il ne put douter de ses romans. Il continua donc à en combiner l'ordonnancement, et à exécuter, scrupuleux architecte d'un devis arrêté, le plan généalog'ique de la famille Rougon-Macquart, tel qu'il l'avait conçu, tracé ' et décidé.
Au théâtre, au contraire, il ne s'avançait que timidement, doutant des autres et de lui-même. Il tâtonna dans cette voie, pour lui hasardeuse et malaisée. Il s'y était, pourtant, engagé dès la prime jeunesse. Au collège, à Aix, il avait écrit trois actes comiques; d'abord, un acte en prose : Enfoncé, le Pion! Il s'agissait d'un Ipauvre diable de maître d'études courtisant une jeune femme, que lui enlevaient deux élèves de rhétorique. Le triomphe de Don Juan collégien. Le Principal avait son rôle de Cassandre. On le bernait et on le rossait. Cette œuvre enfantine, rancune de potache, devait avoir un titre plaisant : Un pion qui veut aller à dame î Le novice auteur le changea comme trop long. En " \cé, le pion ! n'a d'ailleurs jamais vu l'aurore de la ran s et demeurera, sans doute, éternellement plongé dar es limbes des œuvres inédites. D'autres œuvres infj Ues, comme Perretie, d'après la fable de La Fon-
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taine, où le fabuliste avait un rôle dans la pièce, puis^ un acte en vers : // Jaul hurler avec les Loups, font cortège aux ceuvres juvéniles également injouées, dans cet obituaire dramatique : la Laide, un acte^en prose> Madeleine^ un drame en trois actes, présenté et refusé à rOdéon, au Gymnase, au Vaudeville, et qui jamais ne sut tenter un directeur. Peut-être exhumera-t-on, un jour, ces enfants morts-nés? Le squelette des manuscrits doit se retouver ; étant donnés le soin et Tordre de Zola, ils gisent certainement encore dans le tombeau des tiroirs. Zola écrivit aussi, à ï époque de Bo do Ip ho , quand il était romantique ardent et pratiquant, le scénario d'un drame moyenâgeux, l'Archer Rollon, qui ne fut jamais écrit. •
La première œuvre théâtrale de Zola jouée fut un drame, tiré de son roman : les Mystères de Marseille. Cinq actes, en collaboration avec son camarade Marins Roux. La première représentation eut lieu au théâtre du Gymnase, à Marseille, direction Bellevent, le 6 octobre 1867, Zola y assistait. Il écrivit à son collaborateur, resté à Paris, le lendemain de la première :
C'est un succès contesté, qui peut se tourner en chute complète, ce soir. Gomme je te l'ai dit dans ma dépèche, le cornmenceraent de la pièce a bien marché. Les tableaux : les^ Aygalades et le Crime n'ont pas donné ce que nous attendions, et, dès lors^ la pièce a langui. Elle s'est un peu relevée vers la fin...
Les sifflets furent plus nombreux que les applaudissements. La pièce ne fut jouée que quatre fois. Zola, peu encouragé par ce début, pendant plusieurs années, ne chercha pas à tenter la fortune scénique. *
Le II juillet 1878, il donna, au théâtre de la Renaissance, dirigé par Hostein, Thérèse Raquin, pièce tirée
da roman. Le livre avait eu un succès relatif, le drame fut an four complet. Neuf représentations, le directeur en faillite, et le théâtre, après avoir fermé ses portes, changeant de genre et faisant sa réouverture avec Topérette, tel fut le hilan désastreux de cette opération. ]^rae Marie Laurent jouait pourtant magistralement la paralytique, et la pièce était suffisamment bien montée. Je me souviens vaguement de l'impression de la première, à laquelle j'assistais : elle fut plutôt pénible, bien qu'il y eût deux ou trois scènes très fortes, d'un grand effet.
L'année suivante, Zola fit jouer au théâtre Glunj une comédie, peu gaie, car la maladie et la mort y tenaient trop de place, intitulée les Héritiers Raboardin^ trois actes . Rien que le choix de ce théâtre de quartier indique le peu de crédit de Zola sur la place dramatique. II avait présenté sa pièce au Gymnase et au Palais-Royal. Refusée, la comédie fut prise par M. Camille Weinschenk, qui la monta de son mieux. Les Héritiers Rabourdin n'atteignirent pas la vingtième représentation. Bouton de Rose et les Héritiers Raboardin sont les deux œuvres théâtrales de Zola, originales et sans collaborateur. Il n'écrivit plus rien pour le théâtre depuis. Mais plusieurs de ses romans furent mis à la scène, et et non sans succès. Ses collaborateurs-adaptateurs, MM. William Bu^nach et Benjamin Gastineau, s'acquittèrent habilement et fructueusement de leur tâche. Ces drames réussirent tous, bien qu'avec des fortunes diverses. U Assommoir ^ dont Zola avait écrit et revu le ;énario, plusieurs fois repris, à l'Ambigu et au Ghâteît, fut le plus durable succès : le rôle de Coupeau fut )ué successivement par Marais, Gil-Naza, Auvray- 'uitry, et toujours l'effet en fut considérable. A l'étran-
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ger, cette pièce réussit extraordinairement. En Angleterre, soutenue par les sociétés de tempérance et d'autres confréries de « leetotalers », elle est considérée comnne ayant une portée moralisatrice. Nana^ où Massin apparaissait hideuse, avec le visage boursouflé par la petite vérole ; Pot-Bouille, le Ventre de Paris, furent également joués avec un nombre de représentations auquel Zola, sans collaborateur, n'était pas habitué. Germinal, d'abord interdit, fut transporté sur une scène de quartier, aux Bouffes du Nord. Zola eut une collaboration musicale importante : le compositeur Alfred Bruneau donna à l'Opéra, Messidor, en 1897; à TOpéra-Gomique, le Rêve et V Attaque du Moulin, d'après la nouvelle des Soirées deMédan qui fut reprise, avec la grande artiste Delna, à la Gaîté, en 1907.
De son roman la Curée, il tira, pour Sarah-Bernhardt, une pièce portant le titre de l'héroïne, Renée, qui ne fut pas jouée.
Zola n'avait pas tout à fait abdiqué ses prétentions d'auteur dramatique, malgré ses insuccès du début. Il raisonnait, toutefois, ses aptitudes théâtrales et ses chances de réussite :
Il y a, au théâtre, un élément essentiel dont il faut toujours tenir compte, disait-il à un journaliste Tinterviewant à la veille de la représentation du Ventre de Paris, au Théâtre de Paris (ancien Théâtre des Nations, puis Théâtre Sarah-Bernhardt) : c'est le succès. On n'est pas un bon auteur drama* tique si Ton n'a pas de succès. Pour l'obtenir, il faut de la persévérance, il faut accommoder son tempérament et son talent à certains goûts du puhlic. J'admets très bien qu'on fasse une première pièce, et même une seconde, qui ne réus siront pas, mais on ne peut en écrire de mauvaises toute si vie. Je suis condamné à écrire des romans pendant cinq ou six années encore. Je dois terminer une série de vingt volumes sur les Rougon-Macquart. Mais le roman ne m'intéresse pluÉ
autant, aujourd'hui. II me semble que j'ai été jusqu'au bout du plaisir que ce travail pouvait me procurer. Aussi, ma série terminée, si j'ai encore assez de jeunesse et d'énergie, je me mettrai au théâtre, qui m'attire beaucoup. Je crois qu'il y a là une foule d'expériences curieuses à tenter, des milieux inexplorés à mettre à la scène, une conception plus large de la vie à développer que celle que l'on trouve chez nos auteurs contemjporains, d'autres passions à étudier que Téternel adultère.
Zola avait raison. Le théâtre moderne aurait tout à gagner à sortir un peu des alcôves, et à intéresser la foule à autre chose qu'à la banale aventure sexuelle. Or, l'auteur de Thérèse Raquin, dont le point de départ était, d'ailleurs, un adultère, mais fortement rehaussé par le crime, et surtout par le châtiment delà conscience, l'œil de Gaïn, n'eut ni le temps, ni roccasion, ni sans doute aussi la force, de tenter cette rénovation. Nous attendons encore le Messie dramatique qui viendra bouleverser magnifiquement la scène, et changer en câbles neufs les ficelles usées, rajeunissant les vieilles conventions et les situations caduques.
S'il n'a pu faire seul une l:ronne pièce, plaisant à la foule et intéressant les lettrés, ce qui est le double event à tenter, Zola a, du moins, formulé de curieuses et souvent justes théories sur le théâtre. Le Naturalisme au théâtre et Nos Auteurs dramatiques sont deux volumes, composés principalement d'articles de critique parus dans le Bien Public, et le Voltaire, arrangés^ corrigés, recousus bout à bout, qui contiennent, à côté ^" vantardises et de prophéties, par trop mirobolantes,
r le théâtre naturaliste et son avenir, des jugements
stes et des opinions fort sages.
En ce qui concerne son collaborateur Busnach, mort
en 1907, auquel il rendait un hommage mérité, Zola disait à un confrère le questionnant :
Je ne prends pas la responsabilité littéraire des pièces que M. Busnach a tirées de mes romans. Je reste dans la coulisse et je suis rexpérience avec curiosité. Dans ces pièces, en vertu de mon principe que le succès est un élément essentiel, au théâtre, de gprandes concessions sont faites aux habitudes et au goût du public . Nous brisons la logique des personnages du roman pour ne pas inquiéter les spectateurs. On introduit des éléments inférieurs de comique et des complications dramatiques. Enfin, on développe une mise en scène pompeuse pour fournir un beau spectacle à la curiosité de la foule. Cependant, ces drames contiennent Tapplication de quelquesunes des idées nouvelles que je défends. M. Sarcey, qui a recherché toutes les occasions d'attaquer V Assommoir, était obligé de reconnaître que la représentation des drames tirés de mes romans avait porté un coup funeste à l'ancien mélodrame, qui ne pouvait plus s'en relever.
Et Zola, à plusieurs reprises, revenant sur cette opipion du critique du Temps, redisait :
Malgré Tintroduction d'éléments inférieurs, il faut avouer, comme l'a reconnu Francisque Sarcey, que les drames tirés de mes romans contiennent plus de vérité humaine, d'une part, et aussi plus de pittoresque et de modernité dans les tableaux mis en scène.
Il y eut des polémiques intéressantes et amusantes entre Sarcey et Zola. Celui-ci reprochait notamment au critique du Temps de ne pas être « documenté j» et de commettre des bévues et des anachronismes dans ses appréciations. Sarcey opposait à Zola les bourdes qui lui avaient échappé, comme à tout le monde, et dont quelques-unes sont devenues légendaires. Il les énumérait malicieusement ;
Est-ce à M. Zola à me reprocher l'anachronisme d'avoir parlé
ZOLA AUTEUK DRAMATIQUE 203
de Florent i^eyenant de la Nouvelle-Calédonie^ en i858, alors que ce furent les condamnés de la Commune^ et non ceux de £>écembre 5 1, qui furent envoyés à Nouméa, — et il ajoute assez rudement : lui, qui nous a décrit un soldat rentrant, en i8i5^ coîfiPé du képi d'ordonnance, ne se souvenant plus que le képi est contemporain de l'expédition d'Afrique ; lui, qui nous montre une jeune fille se promettant, en iSio, c de ne jamais épouser quelque maigre bachelier, qui l'écraserait de sa supériorité de collégien et la traînerait, toute sa vie, à la recherche de vanités creuses ». Des bacheliers en i8io?Vous n'y songez pas, mon cher confrère ! A cette même date, 1810, vous faites tuer l'amant d'Adélaïde par un douanier, ajuste au moment où il entrait en France toute une cargaison de montres de Genève », et Genève, en ce temps-là, faisait partie du territoire français, c'était le chef-lieu du Léman. N'est-ce pas vous encore qui avez fait, en i853, apercevoir à Hélène, du haut du Trocadéro, la masse énorme de l'Opéra de Garnier, qui n'était pas encore sorti de terre ? N'est-ce pas vous qui avez entendu chanter le rossignol en septembre ?. . .
Le malicieux et pionnesque Sarcey reproche encore à Zola la phrase suivante :
Ils se mirent tous les (rois à pécher. Estelle y apportait une passion de femme. Ce fut elle qui prit les premières crevettes, trois petites crevettes roses.
Le citatear caustique fait suivre l'extrait fâcheux de cette mercuriale, évoquant la bévue classique de Jules Janin :
Vous n'êtes pourtant pas sans savoir que les crevettes ne sont roses que dans les mers où le homard revêt la pourpre du cardinal. Mais vous aviez mis a roses » sans y attacher d'autre importance, peut-être parce que le rose est une couleur g ' , parce qu'elle vous plaît davantage, comme vous avez, ' a e part, attribué aux prunes une « délicate odeur de musc », p îe que le musc vous rappelle des sensations agréables, et q ce sont là des détails qui n'ont point de conséquence. Ce q est essentiel à la peinture du caractère d'Estelle, c'est
qu'elle cherche des crerettes avec une passion de femme, et qu'elle mange des prunes avec concupiscence. Maintenant, que ces crevettes soient grises ou roses, que ces prunes sentent le musc ou tout bonnement la prune^ voilà qui est indifférent. Je m'embrouille sur les sexes (Sarcey avait^ dans son compte rendu du Ventre de Paris, qualifié de petite fille le jeune personnage qui réconcilie, au 6e tableau, sa mère avec sa grand'mère, et qui était un garçon dans la pièce, bien que joué par une fillette, la petite Desmets), vous vous trompez sur les couleurs et les odeurs, nous sommes à deux de jeu. Mais pourquoi ce qui est, chez vous, noble indépendance de rhomme de génie, vis-à-vis de la vérité, serait-il, chez moi, simple bafouillement? Et remarquez, mon cher confrère, que, si ces petites inadvertances étaient aussi condamnables que vous le dites, elles le seraient bien plus dans un roman naturaliste que dans une critique de théâtre, qui n'affiche point de prétention à une minutieuse exactitude dans le détail.
Sarcey avait raison. Des erreurs, des méprises, des confusions d'époques, peuvent se produire dans tous les ouvrages, et ne sauraient leur ôler tout mérite. On doit négliger leur insignifiance. Gomme le dit Sarcey,ce n*est pas parce que les crevettes seraient désignées sous leur couleur naturelle, grise ou plutôt opale, que la précocité gourmande d'Estelle se trouvera plus ou moins bien dépeinte et cessera d'être portée à la connaissance du lectcur,ce qui était le but cherché. On abusait beaucoup, autrefois, dans les revues littéraires, de la poursuite des anachronismes, des sottises, des coqs-à-l'âne échappés aux journalistes les plus en renom. Parfois, ces bévues, bruyamment signalées, étaient tout simplement des coquilles d'imprimerie, par exemple, en matière d'anachronisme dû à un chiffre retourné ou changé. Ces ' •ribles corrigeurs de textes mettaient un pauvre die le de correcteur d'imprimerie en posture de perdre n emploi. Mais ici, le reproche d'inexactitude, renvo3- à
Zola se targuant de sa documentation, était un procédé piquant de polémique.
Les rieurs furent du reste du côté de Sarcey. Si ! j'évoque ce duel de plume entre le romancier-dramaturge et le critique célèbre, c'est que le coup de massue asséné par Zola, dans le Figaro ^sxxt la « caboche » de Sarcey, demeure, le livre en gardant la trace, tandis que, pour retrouver la riposte du journaliste, il faut aller fouiller la collection du Temps et relire le feuilleton du 7 mars 1887. N*est-il pas juste qu'à côté du réquisitoire de Zola le livre, à son tour, garde la trace du plaidoyer de Sarcey ?
Vous prétendez, écrivait donc le critique du Temps, que j'ai accueilli avec rudesse et mauvaise humeur V Assommoir, à son origine^ et que, plus tard, averti parle succès du drame, après lés 3oo représentations qu'il avait obtenues, je Fai tenu pour un chef-d'œuvre. Ni l'une ni l'autre de ces deux assertions ne sont conformes à vérité. Il est facile de me mettr^ en contradiction avec moi-même, en prenant, tantôt dans la première partie de mon arlicle, qui est fort élogieuse, et tantôt dans la seconde, qui est de vive critique. Vous le faites, sans y prendre garde, car vous avez ce privilège singulier, quand vous croyez regarder les choses de la réalité, de ne voir que les images qui s'en impriment dans votre cerveau. Ce sont les visions qui se forment en vous-même que vous observez, et d'un œil qui les grossit démesurément.
Vous parlez toujours de la vérité vraie, et vous êtes un homme d'imagination, qui prend pour vérité les hallucinations écloses d'une cervelle toujours en mouvement.
C'est ainsi que, dans 7Va/2a,vous nous avez peint des mœurs de ihéâlre qui nous ont si fort étonnés, nous qui vivons dans ce milieu spécial. C'est ainsi que, l'autre soir, au Théâtre de Paris, vous avez vu, à la scène de l'enfant, toute une salle de "ut et battant des mains, quand nous autres, qui ne sommi *^oint naturalistes, nous l'avons vue battre des mains, to ranquillement assise, comme c'est Thabitude.
a quelques années, vous donniez, à Cluny, une comé-
die qui avait poar titre : les Héritiers Raboardin. La pièce Q*avait pas trop bien marché le premier soir, et mes confrères, non plus que moi, dous n'avions pu dissimuler l'insuccès. Vous m'écrivîtes pour me prier d*y retourner, m'affirmant que le grand public, le vrai, avait cassé notre arrêt, qu'il emplissait la salle tous les soirs, et qu'il riait de fout son cœur. Je me rendis à votre iovitation,et, pour vous faire la partie belle, je choisis un dimanche. La salie, hélas 1 était aux trois quarts vide, et du diable si j'ai entendu personne rire. Mais je ne doute pas que vous, de ces yeux qui sont toujours tournés en dedans sur votre désir, vous n'eussiez vu la salle comble, et que vous n'eussiez entendu, de vos oreilles ouvertes à l'écho de votre pensée, ses universels éclats de rire.
Vous avez un talent si merveilleux que vous réussissez parfois à imposer comme vraies ces chimériques visions de votre esprit ; vous nous faites illusion au point que, sur votre foi, nous croyons voir toutes roses les crevettes à qui la nature a oublié de donner cette jolie couleur. Ce n'est pas une raison pour railler les malheureux qui les voient grises.
Et maintenant, mon cher Zola, parlons un peu plus sérieusement, si vous voulez. Cette polémique, attardée sur des vé^ tilles, n'est digne ni de votre grand talent ni, j'ose le dire, de la situation que le public a bien voulu me faire dans ce petit coin de la littérature, où j'exerce la critique. Nous valons mieux que cela l'un et l'autre, et permettez-moi de m'étonner que vous ne l'ayez pas senti. J'ai eu, depuis près de trente années que j'écris dans les journaux, affaire à tous les maîtres du théâtre contemporain. Mes feuilletons ne leur ont pas toujours plu, cela va sans dire. Quelques-uns m'ont fait l'honneur de s'en expliquer avec moi ; aucun n'a eu le mauvais goût d'afficher pour mes critiques, justes ou fausses, un impertinent mépris. Aucun ne m'a parlé du peu d'aplomb de ma a. caboche », aucun ne m'a dit que je torchais mes articles sur un coin de table. Ils m'ont pris au sérieux, parce qu'ils étaient convaincus que je parlais sérieusement de choses que je tenais pour sérieuses.
Gomment ! Vous qui savez le prix du travail, vous qui avez conquis lentement, par un labeur acharné, une des plus grandes renommées de ce temps, comment se fait-il que vous a£Fectiez de traiter ainsi par-dessous jambe, un homme qui lui
aossi^n'adû qu'à trente années d'études, sévèrement et patiemment poursuivies, une influence laborieusement obtenue et laborieusement gardée ? Vous êtes surpris de cette influence ; vous n'en pénétrez pas les causes; je m*en vais vous les dire, ne fût-ce que pour justifier les lecteurs du Temps qui me l'accordent.
£h bien 1 mon cher Zola^ c'est que, sur la question du théâtre, je suis, pour me servir de votre langage, très documenté. Oaî> sans doute, il m'arrive d'appeler du nom d'Ëmmeline un personnage que l'auteur a nommé Emma, et de faire, en l'appelant Berthe, Téloge d'une chanteuse de café-concert qui se nomme Gilberte. Prével en tressaille d'horreur, et relève gravement, sur ses tablettes, cette grosse méprise. C'est afiaire à Prével ; que lui resterait-il s'il n'avait celte exactitude dans le détail ? Mais, si je suis coutumier de ces inadvertances, encore qu'elles soient moins fréquentes qu'on ne l'a dit, il n'y a pas de pièce un peu importante que je n'aie vue trois ou quatre fois, même les vôtres, que je n'aie lue ensuite. J'examine, à chaque représentation, les manifestations du public, tantôt me confirmant dans mon idée première, tantôt revenant sur mon impression première. Il n'y a pas d'artiste que je n'aie étudié dans tous ses rôles ; je les suis partout et lorsque le moindre d'entre eux me demande d'aller le revoir, dans n'importe quel boui-boui, je m'y rends, toute affaire cessante. J'ai subordonné ma vie tout entière au théâtre, et Ton m'y voit tous les soirs devant que les chandelles soient allumées, ou, pour ne pas effaroucher vos scrupules de naturaliste, avant que le gaz de la rampe soit levé, et je ne m'en vais que lorsqu'il est éteint.
Le public le sait, et voilà pourquoi il a confiance. Il sait encore, ce public, que je suis toujours de bonne foi, et je n'y ai même aucun mérite. J'aime le théâtre d'un amour si absolu que je sacrifie tout, même mes amitiés particulières, même, ce qui est plus difficile, mes répugnances, au plaisir de pousser la foule à une pièce qui me paraît bonne, de l'écarter d le autre qui me semble mauvaise. Il m'est arrivé dix fois d dire en prenant la plume : il faudra que je m'observe ai ^urd'hui, que je passe légèrement sur tel ou tel détail, que ]€ érobe de mon mieux le secret de telle ou telle défaillance. IJ fois la plume à la main, il y a en moi comme un démon
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qui la précipite sur le papier, et je suis stupéfait en me reitsaDt^ le lendemain, dans le journal, de voir que la vérité m'a échappé, à mon insu, de toutes parts.
Cette vérité, je ne me contente ps^s de la dire, je tâche de la prouver. J'expose loyalement les raisons de mes adversaires ; je donne aussi les miennes, et je les donne avec uae abondance, avec une insistance qui paraissent souvent fatigantes aux beaux esprits. Ma passion serait de démontrer Tévidence ; je reprends dix fois, s'il le faut, un développement, et ne m'arrête que lorsque je sens qu'il me sera impossible d être plus clair et plus convaincant.
Je le fais dans une langue de conversation courante dont vous souriez. Souriez, mon cher confrère, cela m'est égal. Je n'ai point de prétention au style, ou, pour mieux dire, je n'cci ai qu'une. Boileau disait en parlant de lui :
ce Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose. »
Ëh bien ! moi, ma phrase, bien ou mal, dit toujours quelque chose.
Vous m'avez invité à faire mon examen de conscience ; vous voyez que je vous obéis. Oui, j'ai, dans le cours de ces trente années, commis quelques sottises et laissé échapper beaucoup d'erreurs. Je me suis souvent trompé ; ceux-là seuls ne se trompent jamais qui n*ont pas le courage d'avoir uo avis, et je suis toujours du mien, ce qui n'est peut-être pas un mérite si commun. Mais il ne m'en a jamais coûté de reconnaître une méprise, et j'ai toujours réparé de mon mieux les torts que j'avais pu avoir. Il y a tel artiste qui n'a dû l'ardeur avec laquelle je l'ai poussé qu'à un mot malheureux qui m'était échappé, dans un feuilleton, et dont j'avais trop tard mesuré l'injustice.
Et voilà pourquoi le peuple de Paris, ce peuple que vous revendiquez pour vous, que vous appelez, comme nos anciens rois, mon bon peuple de Paris, voilà pourquoi il témoigne d'une certaine confiance dans l'honnêteté et la justesse de mes appréciations, voilà pourquoi il veut bien m'accorder, dans la critique de théâtre, une certaine autorité.
Rassurez-vous, mon cher confrère. Cette autorité, je i q userai pas pour vous barrer le passage, pour obâtruer, con e vous dites. Aussi bien serait-ce peine inutile. Le public n \i pas si idiot que vous dites, et il sait bien aller, sans me ït
malgré moi, où il s'amuse. Si jamais vous écrivez, au théâtre, une œuvre qui le prenoe par les entrailles, j'aurais beau me mettre en travers, le public me passerait sur le corps pour aller Fentendre.
Mais, croyez-le bien, je me rangerais d'abord et sonnerais la fanfare sur son passage. Votre ami Alphonse Daudet vient de donner à TOdéon une pièce qui soulève, sans doute, beaucoup d'objections, mais où se trouvent quelques scènes extrêmement bien faites, et d'autres qui ont un ragoût de nouveauté piquante ; c'est lui qui Ta écrite tout seul, répudiant ces collaborations derrière lesquelles on peut se replier, en cas dlnsuccès, et battre en retraite. Est-ce que je ne lui ai pas le premier battu des mains ? Je ne suis pas occupé de savoir si son drame était en opposition avec mes théories. Mes théories ! mais je n'en ai qu'une, c'est qu'au théâtre il faut intéresser le public. Peu m'importe à l'aide de quels moyens on y arrive. Ces moyens, je les examine, je les analyse; c'est mon métier de critique. Maïs pourquoi, diantre I en repousserais-je un de parti pris?
Non, mon cher Zola, je ne suis pas si exclusif que vous feignez de le croire. Je suis convaincu, pour ma part, qu'un jour vous vous emparerez du théâtre; ce ne sera pas de prime saut, comme Dumas, par exemple, qui a fait la Dame aux CaméliaSy un chef-d'œuvre, sans y songer, en se jouant, conduit par ce mystérieux instinct qu'on appelle le don. Vous y aurez plus de peine, mais à des qualités d'artiste de premier ordre vous joignez une ténacité invincible ; vous savez vouloir.
Laissez donc, pour le moment, Busnach vous gagner, au petit bonheur, tantôt la forte somme, tantôt un simple lapin, avec vos livres adroitement découpés en pièces. Ne vous mêlez de cette besogne subalterne que pour apprendre les procédés du théâtre; prenez-en patience et des succès qui n'ajoutent rien à votre renommée, et des échecs qui û'entament point votre gloire. Arrivez-nous un jour avec un drame
it par vous, et soyez assuré que, s'il est vraiment ce que père, ce n'est pas moi qui ferai obstruction.
Le théâtre n'a été qu'un accident répété, une série -coups dans Texistence de Zola. Le romancier a tout
absorbé en lui. Un romancier-poète et nn romancierphilosophe aussi. Dans ses derpiers ouvrages, il était devenu utopiste humanitaire, fouriériste etphalanstérien, et, pour le peuple des travailleurs, qu'il aristocratJsait, pour Touvrière surtout, qu'il métamorphosait, du bout de sa baguette de magicien de Técritnre, comme dans le conte de fées de Cendrillon, en princesse aux splendides costumes roulant carrosse vers des bals perpétuels, il bâtissait de superbes châteaux endesEspagnes socialistes. Par le roman, on pourrait dire par un roman, il s'est emparé de Topinion, après une longue attente et un stage laborieux. Il n'a pu, cependant, conquérir, vivant, la grande, l'incontestable et unanime popularité. II n'a pas été de ces privilégiés de la renommée que la foule ne se contente pas d'admirer par ouï-dire et d'acclamer par imitation, mais qu'elle connaît, qu'elle lit, qu'elle applaudit, qu'elle célèbre en connaissance de cause. Je ne crois pas qu'il ait jamais l'innombrable quantité de lecteurs que charma et que conquiert encore Alexandre Dumas, tout démodé et vieillot qu'il semble devenu aux yeux myopes de l'aristocratie lisante. Les journaux démocratiques et les livraisons illustrées savent la réalité de la popularité persistante des Trois Mousquetaires et de Monte-Christo, Les événements qui ont accompagné l'affaire Dreyfus ont sans doute fait pénétrer le nom de Zola dans les milieux non lettrés, où il était peu ou mal connu. On l'a estimé, salué, pris pour patron de groupes d'études collectivistes et proclamé grand citoyen dans des groupes militants, où d'ordinaire les écrivains sont dédaignés, où les romanciers surtout sont traités en amuseurs frivoles, en non- valeurs pour un parti, des fantaisistes bons tout au plus, parmi les combattants de la Sociale, à incorporer dans la musique. Si la partici-
pation considérable de Zola au mouvement dreyfusiste, si ses attaques, ses procès, ses condamnations ont fait sonner son nom, là où il n'avait que tinté faiblement, si, dans les masses politiciennes, on l'a prononcé désormais avec respect, ce nom qu'on accompag-nait plutôt, auparayant, d'épithètes irrévérencieuses et injustes, s'il a cessé d'être méconnu par un public hostile qui ne l'avait pas lu, et par ouï-dire le considérait comme un réactionnaire et un pornographe, sa gloire ne s'en est pas sensiblement accrue. Les liseurs populaires ne sont pas venus en aussi grand nombre qu'on aurait pu le supposer. Les livres deZola sont trop forts Je ne dis pas trop beaux, mais trop lyriques, pour le peuple. Ils sont d'une facture qui dépasse la faculté lisante de la plupart des lecteurs de romans-feuilletons. Ils manquent de l'intérêt dramatique et du mouvement que recherche cette clientèle. La description l'assomme. Elle la saute le plus souvent. Le lecteur ordinaire veut de l'action, des faits, des scènes vives, des coups de théâtre, des personnages tout d'une pièce, expliqués en deux lignes, aux portraits enlevés eh quatre traits. La poésie des romans de Zola est au-dessus de rintellect du populo, et sa philosophie, sa^ihilanthco-'' pie et sa doctrine de l'amour régénérant Thumanité, lui donnant le bonheur sur terre, est à cêté de la mentalité des classes, plus habituées à agir qu'à réfléchir, et surtout qu'à rêver. Le lyrisme et le socialisme de Zola ne sauraient éveiller la passion chez les foules, et plus d'un de ces lecteurs provoqués par le tapage de l'affaire Dreyfus, *«'ssant tomber le livre, avec un bâillement, aura consi-
é son auteur, dans les deux sens, au figuré et au
^pre, ainsi qu'un endormeur.
}uant à la classe plus éduquée, dédaigneuse des
Jgarités du roman d'aventures et d'intrigues, le vrai
public zoliste, l'Affaire, toujours Elle I Ta dispersée, épouvantée. Il y a des milieux où Ton n'oserait plus ouvrir un roman de Zola, Cela passera, c'est certain, mais, au moins quant à présent, Ton peut dire que la popularité de l'auteur a subi un arrêt, et qu'il n'a pas encore bénéficié de la gloire sereine et quasi sur-terrestre de Victor Hugo.
Combatif à l'excès, Zola aura été, de son vivant, excessivement combattu. Ses livres ont eu, pendant vingt-cinq ans, une vogue considérable, et ont beaucoup fait parler d'eux, de leurs personnages, de leur auteur. Mais il faut noter que quelques-uns se sont très peu vendus; si Ton prend le débit commercial comnie critérium de la renommée d'un écrivain, Zola a eu cette renommée intermittente et variable. Le public, qui achète, a paru faire tri, et établi/ une hiérarchie parmi ses divers romans. Ainsi, la Conquête de Plassans, l'Œuvre, V Argent, la Joie de viure, le Bêoe, Son Excellence Eugène Rougon et la Fortune des Roagon^ sont toujours restés loin du magnifique total d'éditions obtenu par les autres ouvrages. C'est la Débâcle, qui tient la tôle avec 218 mille exemplaires (en 1907). Nana vient ensuite avec 2o4 mille. L'avance que ces deux livres ont sur tous les autres, et môme sur V Assommoir (157 mille), peut s'expliquer par le sujet, pour Nana, par l'actualité et les polémiques, pour la Débâcle. La vente n'a toutefois pas grand rapport avec l'art ; la supériorité d'une œuvre ne tient pas au débit du papier ; le total des recettes ne saurait servir à un classement esthétique. Ces chiffres, précisant le goût du public, se r difieront probablement avec le temps. Il se produit, . cours des ans, de si profonds changements dans 1 appréciations littéraires. Il est à peu près certain q
LE NATUiVALISMB
les /ecteurs de Ja' seconde moitié du xxe siècle ne se préoccuperont g^uère des théories du « Naturalisme » auxquelles Zola attachait si grande importance. On se demandera : le Naturalisme? qu'est-ce que cela voulait bien dire exactement? On peut même déjà se poser la question
Etymologiquement^ et log^iquement aussi, ce terme devait signifier : retour à la nature. Le mot « réalisme » convenait peut-être mieux aux écrivains, qui se proposaient, comme Zola, de montrer l'humanité telle qu'elle était, et non pas telle qu'eTledévraTt être. On peut noter que, dans ses derniers ouvrages, Zola a pris le contrepied du « naturalisme », puisque, dans Fécondité^ Travail^ Vérité, il dépeint une humanité idéale, des personnages hors nature, se mouvant dans des situations et dans des milieux, non plus réels, mais tels que l'auteur et ses coreligionnaires souhaiteraient d'en rencontrer, d'en créer.
Les vrais réalistes, ancêtres de nos naturalistes, ce sont, d'abord, le puissant et encyclopédique Diderot, le créateur de la tragédie bourgeoise; le plat et incolore La Chaussée; ensuite les romanciers, aux peintures triviales et aux aventures souvent libertines, de la fin du xvm® siècle et du commencement du xix® ; les chansonniers poissards, les vaudevillistes du Caveau; Restif de la Bretonne, Pigault-Lebrun, puis Auguste Lafontaine, Paul de Kock, beaucoup trop dédaigné présentement, et à qui ses vulgarités d'expressions et ses scènes d'une crudité trop réelle ont fait le pire tort ; Henry mnier, l'inventeur du bourgeois type du xix® siècle, «onnage considérable de la comédie et du vaudeville dernes, reproduit par tous les auteurs, et devenu le ncipal rôle du répertoire de Labiche, de Gondinet, de
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Gandillot, de Feydeau. Un portrait U'après nature, ce Joseph Pradhomme, dont un acteur de grand talent^ Geoffroy, donna cent copies. Enfin, Champfleurj, Duranty et Gustave Flaubert, voilà les réalistes, les véritables naturalistes.
Balzac est à part : comme Zola, c'est un romantique, un poète en prose, un faiseur d'épopées, THomère en robe de moine, vagabondant, puisse^clâtistrant à travers la France, d'une Iliade dont les Achille et les Hector sont des usuriers, des avoués, des journalistes, des commisvoyageurs, des apprentis ministres, des bandits, des commerçants, des grands seigneurs ; et les Hélène ou lesHécube, des filles d'opéra, des duchesses, des paysannes, des boutiquières, des bas-bleus et des parentes pauvres.
On ne saurait nier Tinfluence de Balzac sur tous ceux qui se sont appelés, ou qui se sont laissé appeler des Naturalistes, Il y a, toutefois, dans Toeuvre d'ensemble j de Balzac, toute une partie d'imagination, d'aventures ^ exceptionnelles et de personnages extraordinaires, qui ne rentrent nullement dans le genre d'étlides précises, d'observations exactes et de faits empruntés à la vie ordinaire, bourgeoise, ouvrière, qui caractérise le roman dit naturaliste. Ferragus et les Dévorants, dont il est le XXX VI» roi, les incarnations de Vautrin, ce grand-père du Rocambole de Ponson du Terrail, les mélodrandatiques scènes de la Femme de Trente ans, les aventures mouvementées de La Torpille, de Lucien de Rubempré, et des principaux personnages des Illusions perdues, la fantasmagorie swedenborgienne de Seraphitas Sera^ phi ta y et les péripéties des Chouans, narrées à la façon de Walter Scott, n'ont qu'une analogie très vague avec Germinie Lacerteux ou avec Pot-Bouille. Balzac,
LE NATURALISME 2l5
dans ces œuvres, où Timagi nation a laissé pea de place à l'observation, et où le bizarre se combine avec Tinvraisemblable, a plutôt servi de modèle à Montépin et à Gaboriau qu'à Zola et à Goncourt.
Mais il est impossible de contester la filiation qui unit les romans d'étude et d'observation de Zola, de Goncourt, de Daudet, aux grandes œuvres de Balzac : la Cousine Bette, le Père Goriot, Eugénie Grandet, les Paysans^ César Birotteau, le colonel Chabert, et tant d'autres miroirs vivants de l'humanité française au commencement du XIX® siècle.
I Pour Zola, dans l'intellect duquel un profond et sur-
! prenant changement se produisit, vers 1868, à l'époque I où il conçut et écrivit Thérèse Raquin, il y eut certaine- I ment une autre influence. Il avait lu Balzac, bien aupa- I ravant, et il en était resté, au moins comme goût, i comme genre littéraire, à Musset et à George Sand. i II eut la vision, presque soudaine, d'un autre concept ! littéraire que celui du romantisme, pour le sujet, le décor et la facture. La lecture de Stendhal, de Méri- [ mée, fut pour beaucoup dans cette évolution, que précisa la fréquentation de Taine. Les études du minutieux critique sur la littérature anglaise, la netteté avec laquelle Charles Dickens et ses procédés étaient notés et y mis en lumière durent agir fortement sur son cerveau. On a fréquemment cité Dickens, à l'occasion d'Alphonse Daudet. C'est surtout la sentimentalité de l'au- I teur de David Copperfield et ses tableaux attendris-^ sants, la similitude de certains sujets aidant, qui ont viifi^arisé cette comparaison. Mais les méthodes et les 1 /ens d'exécution des deux romanciers sont suscep- 1 es d'un rapprochement, moins apparent, plus réel ; fond, lorsqu'on examine la façon dont « travaillent »
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Tauleur de Hard Times (les Temps difficiles) et celai : de Germinal. Tous deux ont une loupe dans l'œil. Ils voient les détails avec une précision et un grossissement énormes. Ils les rendent tels. Rien ne saurait échapper à leur minutieux inventaire. A la lueur d'un éclair, dans une tempête, Tun et l'autre surprennent toutes les particularités d'un paysage vaste, et les décrivent sans ometire un arbre renversé, une charrue abandonnée dans un champ, un cheval qui se cabre, au loin, sur la route détrempée, ni la pointe d'un clocher se dressant au fond de la campagne, au-dessus de laquelle courent de gros et lourds nuages noirs, comptés et signalés au passage. En même temps, le romancier anglais et son confrère français ont l'irrésistible tentation d'associer les éléments, les choses inanimées, les objets matériels aux passions, aux sentiments et aux actes impulsifs, ou délibérés, des personnages de leurs histoires. Pour une jeune fille, dont le cœur s'ouvre à l'amour, et qui traverse les cours moroses de Lincoln Inn's Field, où la chicane tend ses toiles, Dickens ensoleille ces ruelles de saie et de boue ; il bat la mesure à tout un orchestre ailé de moineaux gazouilleurs ; sur son passage, il multiplie la joie, la clarté, la vie. Zola aussi ne manque jamais d'harmoniser le décor avec les situations et Tétat d'âme de ses personnages. Il réassortit les nuances du ciel avec les sentiments de ses élus de l'amour ou de ses damnés du travail. On en pourrait citer vingt exemples, pris au hasard, dans tous les romans de Zola. On trouvera des citations plus loin, dans T^xamen détaillé de ses principaux ouvrages.
On a prétendu que le mouvement naturaliste, absoi par Zola, identifié en lui seul, aux yeux du public, et dû à Champfleury, i dont il n'aurait fait que suivre '.
LE NATURALISME Siy
traces et continuer Tœuvre. On a nommé aussi Durantj ^ le fondateur du Réalisme.
Vainement chercherait-on la moindre preuve de la filiation dénoncée. Zola n'a rien, mais rien du tout, de Champfleury, et la ressemblance n'existe que dans les prunelles de ceux qui veulent absolument la voir.
Il a cité ce romancier, qui fut oublié de son vivant, et que j'ai connu préoccupé uniquement de céramique, bon fonctionnaire d'ailleurs, dirigeant habilement la manufacture de Sévroî, en 1 883, mais la mention est fort sommaire :
Il y aurait toute une élude, écrivait-il dans les Eomanciers Contemporains y^nv le mouvement réaliste que M. Champfleury détermina vers 1 8/|8 . G*était une première protestation contre le romantisme qui triomphait alors. Le malheur fut que, malgré son talent très réel, M. Champfleury n'avait pas les reins assez solides pour mener la campagne jusqu'au bout. En outre, il s'était cantonné dans un monde trop restreint. Par réaction contre les héros romantiques, il s'enfermait obstinément dans la classe bourgeoise, il n'admettait que les peintures de la vie quotidienne, l'étude patiente des humbles de ce monde. Cela était excellent, je le répète; seulement cela restreignait la formule, et l'on devait étouffer bientôt dans cet étranglement de Tborizon. ..
Certaines œuvres de M. Champfleury sont exquises de naïveté et de sentiment, lia droit à une place à part, au-dessous de Balzac. C'est un des romanciers les plus personnels de ces trente dernières années, malgré son horizon borné et les incorrections de son style. . .
Pour Duranty, c'est différent : Zola l'a bien connu, beaucoup lu, presque admiré, lui qui avait plutôt Fadr"'-ation rebelle.
9t Edmond Duranty, complètement oublié présenteit, n'eut jamais qu'une notoriété de cénacle, dans le t de celle d'Hippolyte Baboa, célèbre par une ode-