‹ Émile ZolaChapitre 3 sur 32 · BEETHOVEN" A L AGE DE DIX-SEPT AXS · texte numérisé non relu

BEETHOVEN" A L AGE DE DIX-SEPT AXS

est visible sur les premières productions de Beethoven, malgré les protestations que celui-ci a élevées souvent contre cette influence. Schenk l'instruisit dans l'harmonie, et Salieri lui apprit les moyens du théâtre lyrique et l'écriture vocale.

Le séjour de Menne profita beaucoup à Beethoven. Il y fut l'objet d'attentions flatteuses. Le prince de Lichnowsk}' l'avait installé dans sa maison ; sa protection l'introduisit dans les centres aristocratiques de Vienne, où Beethoven interprétait lui-même ses premières compositions.

Sa carrière de virtuose, que la surdité arrêta vers 1802, fut brève et éclatante. Tous les témoignages de ceux qui entendirent Beethoven s'accordent à vanter chez lui un pianiste de jeu simple, sans romantisme ni « cabotinage ». Il produisait de profondes impressions. Sans doute, l'originalité massive de son être, sa face léonine, y étaient bien pour quelque chose; et il apparaît que les femmes y furent sensibles.

La destinée de Beethoven ne s'éclaira jamais d'ailleurs, — on le verra, — de la faveur qu'il suscitait dès l'abord.

Par ses improvisations surtout, Beethoven suscita de grands enthousiasmes. Czerny nous donne, à ce sujet, un témoignage curieux. Je cite : « Jelinek, qui était un des pianistes viennois les plus célèbres, dit un jour à mon père qu'il était invité pour le soir à une réunion musicale où il devait se mesurer avec un pianiste étranger. Le lendemain, mon père lui demanda quel avait été le résultat du tournoi. «Oh! dit Jelinek avec consternation, je ne veux pas penser à la « soirée d'hier. Satan habite en ce Beethoven. Je n'ai jamais entendu (( jouer ainsi. Il a improvisé sur un thème donné par moi, comme je « n'ai jamais entendu Mozart lui-même improviser. Ensuite il a joué « ses propres compositions, qui sont admirables et grandioses ; et il « tire du clavier des effets auxquels nous n'avons jamais pensé même « en rêve. »

L'apothéose commençait donc pour Beethoven: l'acclamation populaire, la recherche des mécènes. Sa première œuvre, publiée le i6 mai 1795, lui rapporta la somme, respectable pour le temps — et même pour tous les temps — de 1.945 francs.

Ce n'est pourtant pas le ciel pur. A cet homme, qui est tout amour, aucune tendresse ne répond. Sans doute, le prestige de son art, sa farouche beauté lui gagnent spontanément les femmes. Mais il a vite fait de les éloigner de lui par l'incohérence de son caractère et une certaine grossièreté de manières. Et il a placé l'amour si haut qu'à l'instant d'y accéder il hésite et frissonne. Le sublime de ses rêves lassera bientôt celles qu'il adule: Giuletta Guiccardi, Eléonore von Breuning, Bobette de Keglewitz, Thérèse Malfatti, Amélie de Sabald, Bettina Brentano, d'autres encore. Et l'on a pu dire justement qu'il suffisait que Beethoven s'éprît d'une femme pour qu'elle se mariât bientôt... avec un autre. Il se forme déjà à cette beauté solitaire que la légende assigne aux dieux. Et voici que va s'accomplir une des plus tragiques passions humaines.

1801. Beethoven a 31 ans. Sa première symphonie, exécutée à Vienne le 2 avril 1800, a été chaleureusement accueillie. Beethoven est recherché, célébré. A l'ambassade de France, oi^i Kreutzer l'a mené, Beethoven est fort bien reçu par Bernadotte. C'est sans doute dans le commerce de ce général, qui devait être un traître, puis un roi de Suède, que Beethoven apprit à chérir cette Révolution française dont son œuvre demeurera la plus lucide et la plus harmonieuse conscience. Il s'éprend de Bonaparte, où il ne voit encore, — et tout

le monde avec lui, — que le puissant héros, l'invincible semeur des libertés humaines.

Si l'amour d'une femme ne parfume pas sa gloire, Beethoven reçoit, en revanche, le réconfort des plus claires amitiés. Il est presque riche, le prince de Lichnowsky lui assurant une pension de 600 florins, et la vente de ses œuvres lui étant largement rémunératrice. La louange de son nom se répand. Mais, cependant que pour tous elle augmente, pour lui, pour lui seul, elle décroît. Bientôt, il ne l'entendra plus. La surdité s'acharne sur lui, comme le vautour au flanc de Prométhée. Une honte éperdue de ses infirmités l'aft'ole ou l'abat (i). Il redoute que quelqu'un n'en pénètre le secret. Seuls, le partagent deux de ses amis : le docteur Wegeler et le pasteur Amenda. Il a recours à toute la science, et même à tous les empirismes : vainement ! Il fuit les hommes, la consolation d'êtres pitoyables. Il veut mourir... Réfugié à Heiligenstadt, petit village charmant situé près de Vienne, il y écrite en 1802, son testament. En voici intégralement le texte, duquel se dégage, çà et là, une émotion d'évangile :

« Pour mes frères Cari et Jean van Beethoven :

« O hommes qui me croyez ou me déclarez vindicatif, morose ou misanthrope, comme vous me faites tort, vous ne connaissez pas le motif secret de ce qui vous semble tel. Alon cœur et mon caractère étaient dès mon enfance enclins au doux sentiment de la bienveillance. Je fus même toujours disposé à accomplir de grandes actions. Mais rappelez-vous seulement que depuis six ans, je me trouve dans un état douloureux, aggravé par des médecins incapables, déçu d'année en année de l'espoir de guérir, accablé enfin par la perspective d'une maladie chronique (dont la guérison demandera peut-être des années, si même elle n'est impossible). Né avec un tempérament ardent et vif et même susceptible de jouir des agréments de la société, je dus m'isoler de bonne heure et mener une vie solitaire. Je voulais bien par moments surmonter tout cela; ô combien je me sentis durement repoussé par l'expérience doublement triste de ma misérable infir-

(i) Les premiers symptômes de la surdité de Beethoven se seraient manifestés en 1796. On a dit, à tort, que la petite vérole, dont son visage garda toujours la trace, fut une des causes de sa surdité. Celle-ci semble devoir être imputée à un refroidissement. Beethoven, au retour d'une promenade, aurait trempé sa tête toute mouillée de sueur dans de l'eau glacée ; ce qui aurait déterminé la surdité.

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mité ; et cependant il ne m'était pas possible de dire aux gens : « Parlez plus fort, criez, car je suis sourd! » Hélas! comment pou vais- je avouer la faiblesse d'un sens que je devais posséder à un degré plus éminent que d'autres personnes, un sens que jadis j'avais dans la plus grande perfection, et comme certainement peu de gens de ma profession ne l'ont encore eu! — O! je ne le puis! — Aussi, pardonnezmoi lorsque vous me verrez m'écarter de vous, au milieu de qui je me mêlais volontiers. Doublement m'affecte mon malheur, parce qu'il faut que je me sente méconnu. Pour moi, point de récréation dans la société humaine, point d'entretiens agréables, point d'épanchements réciproques. Presque tout seul, et autant que l'exige l'impérieuse nécessité, j'ose m'introduire dans la société. Il me faut vivre comme un proscrit. Me trouvé-je en société, une brûlante anxiété me retient, car j'ai peur de me trouver dans le cas de faire remarquer mon état. — Il en a été ainsi cette demi-année que je viens de passer à la campagne. Obligé par mon raisonnable médecin à ménager mon ouïe autant que possible, il alla presque au-devant de ma disposition actuelle, bien que, mainte fois emporté par mon désir de la société, je me sois laissé aller à transgresser ses ordres. Mais quelle humiliation lorsque quelqu'un se tenant à côté de moi, entendait le son lointain d'une flûte, et que je n'entendais rien, ou bien entendait chanter le berger, et que je n'entendais rien non plus! De telles circonstances me conduisirent au désespoir et peu s'en fallut que je ne misse fin moi-même à mon existence. Lui seul, VArt, m'en empêcha! Ah! il me semblait impossible de quitter le monde avant d'avoir accompli tout ce que je me sentais imposé. Et ainsi je prolongeai cette misérable vie, si vraiment misérable que toute transition un peu brusque peut me faire passer de l'état le meilleur au pire. Patience, — ainsi s'appelle celle que je dois prendre désormais pour mon guide! J'en ai. — Durable sera, je l'espère, ma résolution d'y persévérer, jusqu'à ce qu'il plaise aux Parques inflexibles d'en couper le fil. Peut-être cela vaut-il mieux, peut-être non. — Je suis prêt. — Dès ma vingt-huitième année, obligé à devenir philosophe. Ce n'est pas facile, et beaucoup plus dur pour les artistes que pour le premier venu. — Divinité, qui vois au fond de mon cœur, tu connais, tu sais que l'amour des hommes et l'inclination au bien y siègent! O hommes, si vous lisez un jour ceci, pensez que vous m'avez fait tort, et que l'infortuné, il se console de trouver son pareil qui, malgré toutes les disgrâces de la nature, ait fait tout ce qui était en son pouvoir pour s'élever au rang des artistes et des hommes de mérite. — Vous, mes frères Cari et Jean, dès que

je serai mort, et [si] le professeur Scliiiiidt vit encore, priez-le en mon nom de décrire ma maladie et de joindre la feuille présente à l'histoire de ma maladie, afin qu'au moins le monde, autant que possible, se réconcilie avec moi après ma mort. En même temps, je vous déclare ici tous deux les héritiers de mon modeste avoir (si l'on peut employer ce mot). Partagez-le raisonnablement, entendez-vous et aidez-vous les uns et les autres. Les offenses que vous m'avez faites, vous le savez, ont été pardonnées depuis longtemps. Toi, frère Cari, je te remercie en particulier pour le dévouement que tu m'as témoigné en ces derniers temps. ]\Ion vœu est que vous ayez une vie meilleure et plus exempte de soucis que la mienne. Recommandez à vos enfants la Vertu; elle seule peut rendre heureux, non l'argent. Je parle d'expérience. C'est elle qui m'a exalté dans le malheur; je l'en remercie, ainsi que mon art, de n'avoir pas terminé ma vie par le suicide. — Adieu et aimez-vous ! Je remercie tous mes amis, spécialement le prince Lichnozvsky et le professeur Schniidt. — Les instruments du prince L..., je désire qu'ils puissent être conservés chez l'un de vous deux ; mais que cela ne produise pas de contestation entre vous ; toutefois, si vous pouvez en faire meilleur usage, vendez-les. Combien serai-je heureux si, même dans la tombe, je puis encore vous être utile. Qu'il en soit ainsi. — Avec joie je vais au-devant de la mort. Qu'elle vienne avant que j'aie eu l'occasion de développer toutes mes facultés artistiques, cela sera encore trop tôt pour moi, malgré ma malheureuse destinée, et je la désirerais plus tardive: mais je serai content qu'elle me délivre d'un supplice incessant. — \'iens quand tu voudras, je vais courageusement à ta rencontre. Adieu, et ne, m'oubliez pas tout à fait dans la mort; j'ai mérité que vous vous souveniez de moi, car, pendant ma vie, j'ai souvent pensé à vous et ai voulu vous rendre heureux. Ainsi soit-il.

« Ludwig VAX Beethovex. »

6 octobre 1802.

« Heiligenstadt, lo octobre 1802. — Ainsi je te quitte. — bien douloureusement. — Oui, ce doux espoir qui m'avait accompagné ici, — de me voir rétablir, du moins jusqu'à un certain point. — je dois l'abandonner tout à fait. Comme les feuilles de l'automne se dessèchent, ainsi j'ai vu cet espoir se dessécher pour moi. A peu près comme j'étais en arrivant, je m'en vais; le courage même, qui m'animait souvent pendant les belles journées de l'été, s'est évanoui. O

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Providence, laisse un jour pur de joie m'éclairer encore! depuis si longtemps l'écho intime de la vraie joie m'est étranger. Quand, oh quand, ô Divinité, pourrai-je de nouveau l'éprouver dans le temple de la Nature et de l'Humanité? — Jamais? — Non, cela serait trop cruel ! »

... Mais la vie, et cette Joie — véritable exaspération de la douleur aspirant à la sérénité — •dont l'obsession en sera constante, a vite reconquis Beethoven. Il aime, il serait aimé peut-être. Giuletta Guiccardi (i) est venue, jolie, riante, frivole. Il l'épouserait. Mais la famille de la jeune fille s'y oppose, se refusant à la donner à un homme sans fortune ni situation. La même réponse l'accablera quand, en 1807, il voudra épouser la comtesse Thérèse Brunswick, celle qu'il appelait son « immortelle bien-aimée »...

Alais qu'importe! Beethoven, selon son expression même, prend la destinée à la gorge. Sa passion continue, et une indicible lumière en émane comme du soleil qui se consume. Qu'une tache s'élargisse à toute la face de ce soleil, et ce serait la fin de la terre fertile. Dans la nuit de sa surdité, Beethoven crée son monde harmonieux, extrayant de soi-même toute substance et toute force. Les splendeurs de son œuvre vont se multiplier, comme les cimes des Alpes.

Le 5 avril 1803, est exécutée la IP symphonie (en ré). En 1805, c'est la Symphonie héroïque (en mi bémol) à la mémoire d'un héros. Il l'avait d'abord intitulée : Bonaparte et dédiée au général français. Elle était, dans son esprit, un hymne à la Liberté, célébrée dans celui qu'il croyait son apôtre le plus enthousiaste et le plus invincible. Mais, quand, en 1804, Bonaparte se fut élu Napoléon P"", Beethoven déchira la première page de sa symphonie, où la dédicace au triomphateur renégat était écrite; Ries, qui fut témoin du fait, raconte que Beethoven, indigné, s'écria: «Ce Bonaparte n'est qu'une âme vulgaire! Il foule aux pieds les droits de l'humanité et n'écoute plus que la voie de son ambition. »

Après Waterloo, Beethoven devait dire: « N'avais-je pas prévu la fin, en composant la marche funèbre de V Héroïque! »

UHéro'ique est la véritable grande symphonie beethovénienne. L'influence de Haydn et de Mozart sont despotiques encore sur la L^ et

(i) C'est à elle qu'est dédiée la « Sonate au clair de lune ».

EEETHOVEX

la IP symphonies. Elle n'est plus sensible dans la III^ symphonie. Celle-ci exauce le vœu même de Beethoven, qui écrivait, en 1802 : « Je ne suis pas content jusqu'ici de mes ouvrages; à partir de maintenant, je veux prendre une nouvelle voie. » Il s'affirme d'abord dans cette « nouvelle voie » par les trois sonates pour piano (op. 31). Et dans la IIP symphonie, il n'est que Beethoven : Beethoven, réceptacle sonore des énormes énergies de son temps; des générosités, des espoirs, qui l'exaltent, ce temps, vers une bonté dont la moisson n'avait pas encore ensoleillé la terre. Son idéologie révolutionnaire, fraternelle, s'avoue magnifiquement dans cette symphonie. Le grand musicien démocratique — le prophète — est né. En ce « héros », dont il raconte la vie orageuse, apaisée dans une mort grave et pompeuse, puis l'immortelle renaissance dans la gratitude et l'éblouissement des hommes, l'humanité est toute présente. Dans l'ambition de ce « héros » frémit le rêve éternel des hommes aspirant à se conquérir sur leur propre destinée. La V® et la IX® symphonies exauceront le sublime dessein de VHcro'iquc.

En 1805 (le 20 novembre). Vienne étant envahie par les troupes françaises, eut lieu la première représentation de Fidelio, la seule œuvre dramatique de Beethoven. C'est un peu l'épopée de l'amour conjugal, et Beethoven y a répandu toutes les effusions tendres de son cœur ardent, tumultueux et solitaire. L'hymne à la Liberté, qui termine l'œuvre, est comme une ébauche de « l'Ode à la Liberté » : apothéose de la IX® symphonie.

Fidelio, fort mal interprété, et dont l'invasion des Français contrariait la fortune, ne fut joué que trois fois. Ce n'est qu'après une triomphale reprise, en 1813, que F/(i^/io conquit sa place au répertoire des chefs-d'œuvre de la musique dramatique.

L'échec de Fidelio affecta profondément Beethoven et le rendit tout entier à la honte et à l'épouvante de sa surdité. Une fois encore, il soumet sa destinée. Il crée. A'oici VAppassioiiata et des quatuors. Et successivement, la I\'« symphonie (si bémol, 1807), enjouée, tendre, claire, avec, çà et là, comme des sursauts de fureur léonine, et dont Thérèse Brunswick aurait été l'inspiratrice (i); et la cinquième (ut

(i) Cette lettre écrite à Thérèse Brunswick, dépeint, avec une violence singulière, les troubles que l'amour suscitait dans le grand cœur passionné de Beethoven :

« Tu souffres toi mon être le plus cher — j'apprends à l'instant que les 'Cettres doivent être données à la première heure. Lundi — Jeudi — les seuls jours où la poste part d'ici pour K : — tu souffres — Ah, où je suis, tu es avec moi, avec toi

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mineur 1807). Celle-ci me semble être, avec le XVP quatuor (écrit, celui-ci, en 1826), la plus parfaite expression de Beethoven. Malgré la IX^ Symphonie, elle peut être dite : le plus haut héroïsme de l'art. Schindler conte que Beethoven, parlant du début de cette symphonie, lui dit: « C'est ainsi que le destin frappe à la porte »... Et, certes, les deuxième et quatrième mesures de ce début, transformées en points d'orgue, nous remplissent d'une épouvante sacrée : celle de notre destinée tout à coup révélée, et qui nous presse. Tout l'effort de l'humanité vers la claire possession de soi-même, vers la joie, vers la sérénité ; son triomphe final, malgré tant d'obstacles opposés par la nature ou par nous-mêmes érigés : tout cela est vivant dans cette symphonie. C'est le plus complet et le plus parfait poème de l'esprit humain ; et son histoire s'y résume : des grondantes ténèbres du début à l'éblouissante explosion du finale, d'où il semble que — telles les flammes d'un volcan — tous les peuples qui furent et tous ceux qui

et moi je ferai [en sorte], que je puisse vivre avec toi, quelle vie!!! ainsi!!! sans toi — poursuivi par la bonté des hommes ici et là, que je pense — mériter aussi peu que cherche à mériter — Thumilité de l'homme pour l'homme — elle m'afflige

— et quand je me considère dans l'ensemble de l'univers, que suis-je et qu'est celui — qu'on appelle le plus grand — et pourtant — là aussi est le divin de l'homme — je pleure quand je pense que tu ne recevras probablement pas avant samedi les premières nouvelles de moi — combien que tu m'aimes — je t'aime

, encore plus fort — mais ne te cache jamais de moi — bonne nviic — en [ma qualité de] baigneur il faut que j'aille dormir. Ah Dieu — si près! si loin! n'est-ce pas un véritable édifice céleste [que] notre amour — mais aussi solide que la voûte du firmament.

Bon jour ce 7'^ juillet.

encore au lit mes pensées se hâtent vers toi mon Immortelle Bien aimée, ici et là. joyeuses, et puis tristes, attendant du destin qu'il nous exauce — vivre je ne le puis que tout à fait avec toi ou pas du tout, oui j'ai résolu d'errer au loin, jusqu'à ce que je puisse voler dans tes bras, et te dire tout à fait chez moi auprès de toi, élever mon âme, entourée par toi jusqu'au royaume des esprits — oui hélas il le faut — tu t'y résigneras d'autant plus [facilement] que tu sais ma fidélité envers toi jamais une autre ne pourra posséder mon cœur, jamais — jamais

— ô Dieu pourquoi faut-il s'éloigner de ce qu'on aime ainsi, et pourtant ma vie à W. [Vienne est] pour l'instant une vie de tourments — Ton amour m'a fait [l'homme] 'le plus heureux et le plus malheureux à la fois — à mon âge j'ai besoin d'une certaine uniformité égalité d'existence — peut-elle exister par nos relations? — Ange, j'apprends à d'instant, que la poste part tous les jours — et il faut donc que je termine afin que tu reçoives cette [lettre] sans retard — sois calme ce n'est qUe dans la contemplation calme de notre vie que nous pourrons atteindre notre but de vivre ensemble — sois calme — aime-moi — aujourd'hui — hier — que l'aspiration avec larmes vers toi — toi — toi — ma vie — mon tout — adieu — ô continue à m'aimer — ne méconnais pas Qe cœur très fidèle

de ton aimé

éternellement à toi éternellement à moi éternellement à nous. »

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