‹ EmilieChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Emilie acquiert de l'instruction et des talents. — Elle raconte l'histoire de Joseph aux enfants du village. — Comment on lui fait apprécier la morale de l'Evangile. — Mort de l'ancienne domestique .Vnnette : dialogue sur l'âme à cette occasion.

. Les soins que l'on prenait pour faire développer dans la petite Emilie les plus heureuses qualités du cœur , n'empêchaient pas qu'on s'occupât également de la culture de son esprit. Outre la lecture, l'écriture et la grammaire, on lui apprenait aussi un peu de géographie, en s'attachant particulièrement à celle de la France. Pour orner et pour exercer sa mémoire, madame Dermance lui racontait de temps en temps quelques fables

courtes et jolies, dont elle avait l'attention de montrer, comme en relief, le but moral, en les faisant suivre de petites histoires tout-à-fait à la portée des enfants , et plus propres à leur faire saisir le véritable sens de l'apologue. Emilie manifestait un goût très-vif pour ce genre d'exercice intellectuel; souvent elle priait sa maman ou son oncle de lui apprendre des fables ou des histoires; mais madame Dermance et le père Ambroise la laissaient toujours dans une sorte de faim d'en connaître davantage , ou bien quelquefois , quand on commençait un récit, on remettait d'un jour à l'autre à en lire la suite, afin de tenir la petite curieuse en suspens, et de lui donner l'impatience d'en voir la fin. Le père Ambroise était doué d'un talent particulier pour ces sortes de narrations; il savait les animer de tours vifs et familiers, faisait parler tous les personnages, de manière qu'Emilie, croyant les voir et les entendre, s'y intéressait vivement.

Sa jeune imagination était tellement frappée de ces histoires , qu'elle n'avait pas de plus grand plaisir, après celui de les entendre, que de les raconter, soit à Julienne, soit aux autres personnes qu'elle affectionnait le plus.

Un soir, madame Dermance fut agréablement surprise à ce sujet. Ne voyant pas revenir auprès d'elle sa fille Emilie, à qui elle avait permis d'aller faire un tour de promenade avec sa bonne, elle descend à la cuisine du château, afin de savoir si Julienne était rentrée. Contre l'ordinaire, elle trouve la porte fermée, prête l'oreille avant de l'ouvrir, et distingue parfaitement la voix d'Emilie, qui paraissait parler toute seule au milieu du plus profond silence. Curieuse de savoir ce qu'elle pouvait dire ou lire ainsi , elle écoute avec plus d'attention. Quelle joie n'éprouve-t-elle pas en entendant sa fille raconter l'histoire touchante du patriarche Joseph!

Le ton naïf de la petite demoiselle pre~

tait un nouveau charme à cet intéressant épisode de l'Ancien-Testament. De temps en temps, elle cessait de parler en français, pour répéter en patois ce qu'elle venait de dire; elle faisait parler les frères de Joseph comme des brutaux rongés de jalousie; le vénérable Jacob comme un père tendre et affligé; Joseph, étant maître en Egypte, prenait plaisir à se cacher à ses méchants frères, et à leur parler durement, vengeance innocente de leur cruauté à son égard; puis, quand il se découvrait à eux, il avait le langage d'une affection vraiment fraternelle.

C'était une suite de scènes vives et animées dont Emilie faisait à elle seule tous les personnages , sans se tromper en rien sur le caractère de chacun d'eux, et sans oublier aucune des circonstances utiles à l'intérêt de sa narration. Madame Dermance était dans l'enchantement; elle aurait voulu, pour tout au monde, que son oncle eût pu prendre sa part du plaisir qu'elle venait de goûter!

Quand madame Dermance jugea que l'histoire était achevée, elle frappa à la porte : Julienne vint ouvrir aussitôt. Qui fut bien étonnée de nouveau? Ce fut madame Dermance, à la vue de l'auditoire de la petite conteuse d'histoires. Une douzaine d'enfants du village étaient rassemblés autour du foyer, ainsi que les domestiques de la maison. Emilie occupait le centre, comme étant l'orateur de la petite société. A la vue de madame Dermance, tous les assistants, petits et grands, se levèrent avec respect. Emilie courut dans les bras de sa maman, la priant de ne pas se fâcher contre elle; qu'elle venait de s'amuser à dire des petites histoires à ses petits camarades ; que, du reste, tout le monde avait été sage. Madame Dermance embrassa Emilie, en signe d'approbation, et, pour qu'on ne crût pas qu'elle avait écoulé à la porte, elle demanda quelques détails sur les histoires qui avaient été racontées. Satisfaite des réponses de sa fille, elle se pro-

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mit bien de réjouir le lendemain le père Ambroise du récit de l'heureuse découverte qu'elle venait de faire.

En effet, le bon oncle partagea le contentement de madame Dermance; mais il fut bien moins étonné qu'elle ne l'avait été; plusieurs fois il lui était arrivé de remarquer sa petite nièce au milieu de groupes d'enfants de son âge, et de l'entendre répéter les histoires qu'il venait de lui apprendre. Ainsi dirigée, la curiosité d'Emilie devait être d'un grand secours pour son éducation. C'est pourquoi, au lieu de lui promettre, pour récompense de sa sagesse et de son travail, des ajustements ou des friandises, encouragements qui ont quelquefois les plus graves inconvénients , on lui faisait la promesse de nouveaux livres ou de nouvelles histoires.

Plusieurs années se passèrent, pendant lesquelles Emilie, toujours docile aux leçons de sa maman et de son oncle, acquit les qualités solides que l'on voudrait

admirer dans toutes les femmes, et plusieurs des talents qui servent à l'embellissement de l'existence. Le dessin, la musique, la plupart des travaux d'aiguille, commençaient à lui devenir familiers. Il n'y avait dans le pays, ni maître de dessin, ni musicien capables de donner des leçons; madame Dermance, qui avait cultivé ces deux arts avec succès, s'était fait un plaisir d'enseigner de son mieux à sa fille un peu de dessin et de piano. Déjà la petite chambre d'Emilie offrait de nombreux échantillons de son savoir-faire dans l'art dont l'ingénieuse invention est attribuée à Dibutadès; on y voyait de tous côtés des vues fort bien saisies des sites les plus pittoresques des environs. Quand il y avait compagnie au château , elle se trouvait aussi à même de faire admirer son exécution facile et brillante, en jouant sur le piano les morceaux de musique les plus nouveaux et les plus recherchés. Aux grandes solennités de l'Eglise, Emilie, autant pour

concourir à l'éclat de la cérémonie religieuse, que pour complaire à son grandoncle, faisait transporter son piano dans la tribune de la petite église du village, et s'attachait à n'exécuter et à ne chanter que des motets choisis, tantôt d'une harmonie grave et majestueuse, tantôt d'une mélodie suave et presque séraphique. Le père Ambroise, en lui témoignant sa gratitude pour ces preuves de zèle et de piété , lui faisait remarquer que son talent était en quelque sorte purifié par l'usage pieux auquel elle voulait bien l'employer, ayant pour but principal la plus grande gloire du Créateur.

Emilie avait atteint sa onzième année.

11 fallait s'occuper de la première communion. On pense bien que ce qui concerne la Religion n'avait pas été négligé dans son éducation. Sa mère et le père Ambroise sentaient trop l'importance de cet objet pour ne pas s'en être occupés. On a vu que les histoires de l'Ancien-Testament lui avaient été apprises, pour

ainsi dire, par cœur. Ce livre lui était familier jusque dans ses moindres détails. L'affranchissement du peuple hébreu, sous la conduite de Moïse, sa condition sous les juges, puis sous les rois; les avertissements et les aventures des différents prophètes; la captivité de Babyione, où les Juifs pleurèrent leur chère Sion sur les rives de l'Euphrate; le retour du peuple de Dieu à Jérusalem $ la construction du temple et le bonheur des enfants d'Israël; les victoires des Machabées sur le cruel Antiochus, enfin la naissance du Messie; tous ces grands événements de l'histoire sacrée avaient été imprimés successivement dans l'imagination vive et tendre d'Emilie. Le père Ambroise s'était aussi attaché à lui montrer en passant le dévouement d'Isaac et celui de la fille de Jephté à la volonté paternelle, les épisodes délicieux de Ruth et de Tobie, Judith sauvant le peuple juif par son courage, Esther, par sa douceur et par ses charmes; Daniel dans la fosse aux lions,

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conservé miraculeusement par la protection du ciel. Toutes ces histoires, ménagées discrètement, avaient fait entrer dans l'esprit d'Emilie toute une suite de l'histoire delà Religion, depuis la création du monde jusqu'à l'établissement du christianisme. Son grand-oncle lui faisait voir, dans tous ces récits, la ■ main du Très-Haut toujours levée pour délivrer les justes et pour confondre les méchants; de sorte qu'Emilie s'était accoutumée de bonne heure à voir Dieu faisant tout en toutes choses, et menant secrètement à ses desseins les créatures qui paraissent le plus s'en éloigner.

À ces récits aussi bien qu'à ces explications, le bon curé avait l'attention de joindre, quand il le pouvait, la vue d'estampes, de gravures ou de tableaux représentant agréablement des sujets tirés de l'histoire sainte. Dans un petit voyage à Saint-Flour, il s'était empressé, toujours dans le même but, de faire remarquer à Emilie, dans la cathédrale de cette ville,

quelques bous tableaux de sainteté, jugeant que la force des couleurs, avec la grandeur des figures au naturel, frapperait encore bien davantage sa tendre

imagination.

C'était par des moyens du même genre que, sans presser son élève, il était parvenu à tourner doucement sa raison à connaître Dieu, à se faire une idée de sa gloire et de sa toute-puissance, et à se pénétrer des vérités chrétiennes sans conserver le moindre sujet de cloute.

Sa méthode n'était ni moins admirable ni moins sûre pour apprendre à Emilie à goûter les sublimes préceptes de l'Evangile. Les circonstances les plus frivoles en apparence, quelques réflexions sensibles et palpables à la raison du jeune âge, les actions mêmes de sa petite nièce, il mettait tout à profit pour lui faire apparaître de la manière la plus lucide la morale évangélique, et pour lui en inspirer l'amour.

Un exemple achèvera de faire mieux

sentir tout le prix de l'enseignement du père Ambroise.

Annette, cette domestique infidèle que madame Dermance avait renvoyée, après avoir été assez long-temps en service dans une ville des environs, était revenue demeurer auprès de ses parents. Cette pauvre fille paraissait tout-à-fait revenue de ses erreurs. Sa conduite avait plus de régularité, et les renseignements fournis par ses derniers maîtres n'offraient rien que de louable et de satisfaisant. En considération de cet heureux changement, madame Dermance lui avait pardonné tous ses anciens torts, et lui parlait avec bonté chaque fois qu'elle la rencontrait. Il n'en était pas de même d'Emilie. Par une de ces singularités qu'on rencontre assez fréquemment dans l'étude du cœur humain, elle ne pouvait plus souffrir le moins du monde cette fille qu'elle avait tant aimée auparavant. Le dégoût qu'on était parvenu à lui inspirer pour elle, ou plutôt pour ses défauts, avait produit

une si forte impression , qu'elle ne le dissimulait qu'avec beaucoup de peine. Sitôt qu'elle apercevait Annette, elle se sentait émue au point qu'elle eût volontiers retourné sur ses pas pour l'éviter; son antipathie était telle, qu'elle jetait à peine les yeux sur cette pauvre fille, en passant, et qu'elle ne répondait qu'avec une distraction dédaigneuse aux civilités affectueuses qu'elle en recevait. Ànnelte était bien peinée du procédé d'Emilie, quelquefois les larmes lui roulaient dans les yeux; mais sentant le motif de cette conduite, elle n'osait s'en plaindre.

Annette étant tombée très-dangereusement malade, madame Dermance, qui se faisait un devoir et un plaisir de chercher à adoucir les souffrances de tous les malheureux, alla la visiter pour lui porter des consolations et lui offrir les services que réclamait son état. Le père Ambroise s'y rendit aussi , autant pour remplir les fonctions de son saint ministère, que pour obéir à un besoin de son cœur bon et compatissant.

La pauvre malade fut touchée de tant d'égards. Quoique bien affaissée par ses souffrances, un rayon de vie vint un moment ranimer les traits de son visage, et elle témoigna avec effusion à l'oncle et à la nièce combien elle était reconnaissante de leurs bontés. Elle ajouta , par forme de prière , qu'elle s'estimerait bien heureuse de revoir mademoiselle Emilie et de se réconcilier avec elle avant de mourir. Le père Ambroise et madame Dermance promirent de la lui amener dans la soirée, ne se doutant point qu'ils pussent, à cet égard, éprouver la moindre difficulté.

Dès qu'Emilie sut à quoi s'étaient engagés son oncle et sa maman, elle laissa percerson mécontentement; elle dit qu'elle ne pouvait aller voir Annette, attendu qu'elle se trouvait elle-même incommodée ; qu'au surplus la vue de cette fille lui faisait tant de mal, qu'elle priait en grâce qu'on voulût bien la lui épargner.

« Ce que vous venez de dire n'est guère

charitable, mon enfant, lui dit tranquillement le père Àmbroise, et votre cas était, ce me semble, assez grave, sans que vous y ajoutassiez un mensonge. — Un mensonge! mon oncle. — Oui, ma bonne amie, un mensonge : vous n'êtes point indisposée, car, en rentrant, je vous ai entendue chanter à gorge déployée. Cela est bien mal, Emilie, cela est bien mal; mais ce qui l'est encore plus, c'est de manquer d'humanité, en refusant d'exaucer la prière d'une pauvre mourante qui demande à se réconcilier avec vous , avant de rendre son âme à Dieu. Annette serait votre ennemie jurée, que dans ce moment suprême il serait de votre devoir de remplir ses derniers vœux. Cependant Annette n'a pas mérité votre haine; que dis-je votre haine? Celte passion, ennemie de la société, devraitelle jamais faire battre un cœur chrétien? Annette a eu quelques moments d'erreur, quelques torts à votre égard ; mais sa conduite ultérieure et son repentir ont

dû les effacer. Votre maman et moi nous les avons oubliés, Dieu lui-même lui a accordé son pardon; et vous, Emilie, vous dont elle a choyé l'enfance, vous qu'elle aime eniin, vous seriez donc la seule inexorable!

Emilie, rouge de confusion et de re^ pentir, tenait ses yeux baissés, et n'avait plus l'envie de chercher des motifs d'excuse. Madame Dermance laissait parler son oncle; mais le mécontentement, empreint dans tous les traits de sa physionomie, parlait assez pour elle, et n'échappait point à sa fille. Le père Ambroise, conservant toujours sa sérénité, continua ainsi : « Comment se fait -il, Emilie , qu'ayant admiré si souvent avec moi la morale de l'Evangile, vous vous montriez si peu disposée à vous y conformer, dans un de ses préceptes les plus consolants pour l'humanité, je veux dire l'amour du prochain? Croyez - vous qu'il suffise de cette admiration stérile pour être bon chrétien? JNe vous souvient-il

plus qu'hier encore, après avoir récité l'évangile de la semaine, vous vous disiez toute émue de la tendre et généreuse charité de ce bon Samaritain, envers un Juif qui avait été laissé pour mort sur la place par des voleurs? Si votre émotion était bien sincère, si elle avait remué doucement votre cœur avant de se manifester par le mouvement de vos lèvres, que ne le prouvez-vous en imitant l'exemple du Samaritain? Il n'était pas l'ami de ce Juif, il ne le connaissait même pas; il savait seulement qu'il était Juif, et par conséquent d'une nation abhorrée de la sienne; mais cette considération ne l'arrêta pas; ce Juif était homme, et à ce titre, 'û avait droit à tous ses soins. Aussi avez-vous vu avec quel zèle empressé il descendait de cheval, bandait les plaies du blessé, après y avoir versé de l'huile et du vin, et le déposait dans une hôtellerie, le recommandant avec une sollicitude fraternelle à l'hôtelier, et lui payant d'avance tout ce dont le blessé pourrait

avoir besoin? Eh bien! Emilie, cette belle leçon serait-elle perdue pour vous? Voulez-vous laisser mourir Annette sans lui adresser quelques mots de consolation?

« — Oh! non, non, mon bon oncle, ne le croyez pas; je sens toute la gravité de mon tort, et j'en éprouve le plus vif repentir. Je vous le prouverai ce soir. »

Ce peu de paroles rassura madame Dermance; elle était charmée intérieurement de trouver son Emilie toujours digne de sa tendresse.

Dans la soirée, le père Ambroise et madame Dermance, accompagnés d'Emilie , se rendirent chez Annette. L'état de cette malheureuse devenait de moment en moment plus critique. Cependant la vue d'Emilie lui causa une satisfaction qui se répandait sur tous ses traits : s'approchant de son lit de douleur, la petite demoiselle lui prit la main en signe d'affection et d'intérêt, et lui adressa quelques paroles d'espoir et d'encouragement. Cependant le père Ambroise,

muni de tous les objets nécessaires pour l'administration des derniers sacrements, venait de changer en autel une commode rustique qui se trouvait dans la chambre d'Annette. Bientôt la cérémonie funèbre commença: madame Dermance, sa fille, plusieurs parents et parentes de la moribonde, agenouillés dans le plus profond recueillement, unissaient de cœur leurs prières ferventes aux saintes paroles du prêtre de Dieu.

Il était temps de recourir à ces derniers secours de la Religion. Il y avait à peine un quart d'heure que le pieux devoir était rempli, lorsqu'une défaillance totale enleva à la pauvre Annette l'usage de la voix : c'était le commencement de l'agonie. Quelques heures après Annette avait cessé d'exister.

Le spectacle de cette fille mourante avait fortement remué le cœur d'Emilie; mais le père Ambroise n'était pas fâché qu'elle y eût assisté ; il trouvait bon qu'on accoutumât de bonne heure les enfants à

entendre parler de la mort; à voir, sans se troubler, un drap mortuaire, un tombeau ouvert, des malades même qui expirent.

Le lendemain, au retour de l'enterrement d'Ànnette, le père Ambroise, à l'occasion de cet événement, lit à sa petite nièce diverses questions dont le but était de l'éclairer sur une matière importante. 11 en résulta le petit dialogue suivant :

LE PÈRE AMBROISE

Ma bonne Emilie, que penses-tu de l'état actuel de notre pauvre Annette? est-elle dans le tombeau ?

Oui, mon bon oncle.

LE PÈRE AMBROISE

Elle n'est donc pas en paradis?

Pardonnez-moi , elle y est.

LE PÈRE AMBROISE

Mais comment est-elle dans le paradis et dans le tombeau en même temps?

C'est son âme qui est dans le paradis, c'est son corps qui a été mis en terre.

LE PÈRE AMBROISE

Son âme n'est donc pas son corps?

Non, le corps est mortel, et l'âme ne meurt pas.

LE PÈRE AMBROISE

L'âme d'Ànnette n'est donc pas morte?

Non, elle vivra toujours dans le ciel, parce qu'elle est sauvée. Annette s'étanl réconciliée avec Dieu, qui se plaît à nous pardonner.

loO EMILIE.

LE PÈRE AMBR01SE

Et toi, ma chère Emilie, veux- tu être sauvée?

Oui, mon oncle, c'est pourquoi je veux être sage.

LE PÈRE AMBROISE

Mais qu'est-ce que se sauver?

C'est que î'âme va en paradis quand on est mort.

LE PÈRE AMBROISE

Et la mort, qu'est-ce?

C'est que l'âme quitte le corps, et que îe corps s'en va en poussière.

Ainsi de question en question , et de raisonnement en raisonnement, le père Ambroise conduisait, sans le moindre

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effort , son élève à l'intelligence de la religion et de la morale de l'Evangile. Il la faisait pénétrer avec vénération dans la connaissance de Dieu, lui expliquait, par la religion, le mystère sublime de l'âme humaine ; l'initiait, par la pensée, à l'éternelle béatitude de la gloire céleste, et lui apprenait, quand l'occasion s'en présentait, la raison de toutes les cérémonies religieuses.

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