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CHAPITRE XV

Suite du journal de Jules. — Coup-d'œil moral sur la vie des étudiants à Paris. — Exemples des malheurs de famille qui peuvent en être la suite.

La première partie du journal de Jules avait obtenu les éloges de toute la famille. L'histoire du duel avait surtout paru intéressante et pour le fond, et pour la forme. Emilie trouvait beaucoup de charme et de naturel dans les détails que le narrateur avait groupés autour de l'action principale. 11 semblait à Louise que nous avons vue si émerveillée de la lecture des romans, que ce fût un épisode de quelqu'un de ses livres favoris. Madame Dermance félicitait son neveu de la conduite sage et prudente qu'il

avait tenue dans la querelle de Pierre Meyniel, et ne l'applaudissait pas moins de l'heureux résultat qu'il en avait obtenu. Il est souvent si difficile de faire le bien! ajoutait-elle; les meilleures intentions, l'habileté la plus expérimentée viennent fréquemment échouer contre la volonté perverse des hommes; ce n'est que la grâce d'en haut qui peut en triompher. C'est ce qui nous est démontré dans l'aventure de Jules, qui, jeune et sans expérience des choses de la vie, a pu réaliser avec bonheur une réconciliation qu'aurait peut-être vainement tentée des hommes d'un âge mûr et d'une sagesse consommée.

— « Je ne ferai qu'une seule critique , dit à son tour le père Ambroise, toutefois elle s'adresse à peine à Jules, qui, à cet égard, se trouve parfaitement abrité derrière son extrême jeunesse. Je goûte fort toutes les raisons qu'il a fait valoir contre l'usage féroce du duel. Mais il me semble qu'un chrétien pouvait, dans une

circonstance aussi solennelle, invoquer le ciel, appeler à son aide l'autorité de Dieu qui commande à tout dans l'univers. On pouvait dire, par exemple, au jeune Meyniel sur le point de devenir assassin ou victime : jusqu'ici je ne vous ai fait entendre que la voix de la raison; mais qu'une considération bien autrement terrible vous fasse trembler au bord de l'abîme. Vous ou votre adversaire devez périr; tous deux peut-être; et si j'en crois vos fureurs , la mort plane déjà sur vos têtes. Dans un instant, l'un de vous deux, frappé du plomb mortel, luttera contre les affreuses convulsions de l'agonie; il redemandera vainement cette vie dont il jouit encore, et qu'il sentira s'échapper violemment. Malheureux! puisque vous osez envisager sans frémir ce trépas qui vous attend, croyezvous donc mourir tout entier? et votre âme , ne l'entendez-vous pas qui vous crie en suppliante : « Je suis immortelle , prends pitié de mon avenir sans limites?» Son-

gez-vous, clans votre criminelle imprévoyance, que le même coup qui tuera votre corps sera pour elle l'arrêt d'une éternelle condamnation? Misérable ver de terre, vous osez braver celui de qui un seul souffle peut anéantir les mondes , et tout à l'heure peut-être vous comparaîtrez devant lui ! Comment soutiendrezvous son regard qui voit tout jusqu'au fond le plus caché de l'abîme des cœurs? Que lui répondrez-vous, lorsqu'il vous demandera de quel droit vous êtes venu dans l'autre vie sans son ordre? En vain paraîtrait sur vos lèvres le sourire amer du doute ; en vain me diriez-vous comme tant d'impies : Peut-être la crainte d'un autre monde est le fantôme avec lequel on effraie les cœurs timides. Je vous répondrais : En êtes-vous sûr? êtes-vous certain que la voix de tous les peuples, que celle qui vous parle au dedans de vous-même n'annoncent qu'une chimère?

Avez-vous la certitude que Dieu ne fit l'homme que pour le voir ramper sur la

terre à l'instar des bêtes? Si vous n'avez qu'un doute, comment, dans un si grand péril, ne craindrez-vous pas de vous exposer à ses chances terribles? Serait -il bien raisonnable de se lancer sur une mer immense, sans connaître les écueils cachés sous ses flots, sans savoir quel est le port où vous allez, sans avoir une seule étoile qui vous serve de guide ! Mais, moi, je vous le déclare, et puisse ma voix glacer d'épouvante votre cœur endurci; oui, votre âme est immortelle; l'âme de votre adversaire est également immortelle. Dieu qui les jugera, ces âmes, n'aura plus de pitié pour elles; il est impitoyable pour les pécheurs, quand, ici-bas, ils ont abusé de sa clémence. Vous tomberez dans ses mains, chargé d'un crime qu'il a frappé d'anathème depuis le crime de Caïn ; car il vous a donné la vie, non pas pour tuer les autres, mais pour l'aimer et le bénir par-dessus toutes choses, mais pour aimer votre prochain comme vous-même.»

« Il me semble qu'avec de telles paroles, ajouta le père Àmbroise, il eut été possible de produire une salutaire impression sur de jeunes cœurs, quelque férocité que leur eût donné la colère.

— Je ne saurais être d'un avis différent du vôtre, mon bon oncle, répliqua aussitôt Jules Chazal; mais mon âge, mon caractère d'étudiant ne me donnaient point l'autorité nécessaire pour donner du poids à ce langage apostolique. En parlant de la sorte, j'aurais peutêtre produit un effet tout contraire à celui que j'aurais attendu. Supposez en ma place un ministre des saints autels, vénérable par son âge et ses cheveux blancs, apparaissant tout à coup sur la scène du combat, et admonestant avec le zèle de la charité chrétienne, ainsi que vous pourriez le faire vous-même, les deux furieux prêts à se déchirer mutuellement les entrailles; oh! alors le succès eût été certain; les paroles de l'homme de Dieu eussent porté coup dans les cœurs

attendris; au lieu de deux ennemis acharnés en présence, on n'eut plus vu que deux frères se donnnant le baiser de paix. »

Le père Ambroise goûta la justesse de l'observation de Jules, et l'invita à continuer la lecture de son manuscrit, ce que celui-ci fit en ces termes :

« Pour le plus grand nombre des étudiants, le séjour de Paris est une occasion de ruine et de perdition. C'est la ville de la science, il est vrai; mais on peut dire qu'à l'instar de l'arbre du paradis terrestre, cause fatale de tous nos maux, elle est aussi la ville du bien et du mal. Ce n'est point calomnier l'étudiant en général que d'avancer que toute sa prédilection est pour le mal.

» Depuis le peu de temps que je suis à Paris, je vois une foule déjeunes gens auxquels on donne le nom d'étudiants , et qui en sont tout à fait indignes, car ils ne paraissent guère à l'école de droit que pour se faire enregistrer en arrivant

et prendre ensuite leurs inscriptions. Le reste de leur vie est une longue orgie qui les dégrade et les entraîne dans des dépenses ruineuses, tandis que souvent leurs familles se sèvrent des choses les plus nécessaires pour leur fournir les moyens de faire convenablement leurs études. Malheureuses familles! que de déceptions, que de chagrins elles se prépréparent en envoyant ainsi à Paris, dans cette ville de séductions et de plaisirs , des jeunes gens imprévoyants de l'avenir, qu'elles croient prédestinés à la fortune ou à la gloire! Pour quelquesuns qui réussissent au milieu de cette atmosphère empoisonnée, combien n'en est-il pas qui se perdent sans retour!

» Parcourez le Pays-Latin (c'est le nom du quartier Saint-Jacques), vous rencontrez à chaque pas des étudiants sortant du café ou de l'estaminet, fumant diogéniquement leur pipe dans les rues comme le dernier des faubouriens, et se donnant les airs et les manières les plus indignes

des honnêtes gens. Les uns étalent le spectacle de leur dégoûtante ivresse, d'autres insultent les femmes, d'autres cherchent dispute aux passants. Si vous entendez, même au milieu du jour, des vociférations sauvages, capables d'épouvanter les enfants qui ont peur des croquemitaines, vous pouvez être assuré d'avance que ce son* des étudiants en goguette qui prennent leurs ébats. Les crocheteurs du coin de la rue y regarderaient à deux fois avant de se montrer si grossiers, si insolemment crapuleux.

» Mais les étudiants de cette trempe atteignent sans scrupule le dernier degré de la corruption sociale. Criblés de dettes, dégradés au moral et au physique, ils savent qu'ils n'en atteindront pas moins la faculté d'exercer dans leurs provinces les nobles professions d'avocat ou de médecin : je doute fort que des magistrats formés à une semblable école, soient bien aptes à rendre la justice. Des médecins qui n'ont étudié leur art si dif-

ficile qu'au milieu des bals et des agitations de la débauche, me semblent plus capables de tuer les malades que de tuer les maladies. C'est ainsi que, sans travail, sans études, nous avons un si grand nombre de Galiens et de Cicérons au trèspetit pied, qui sont le fléau de la société. 11 leur suffit d'avoir figuré sur les registres des écoles et d'avoir exactement retiré leurs inscriptions, pour acquérir toutes les connaissances qu'ils doivent avoir. On leur délivre leur diplôme, et pour eux c'est en quelque sorte la science infuse. En vérité, la réception de ces étranges docteurs ne saurait mieux être caractérisée que par cette scène burlesque du Malade Imaginaire de notre inimitable Molière, où se prononce la formule si fameuse commençant par ces mots :

Dignus esl intrare

In nostro docto corpore.

» Il y aurait de quoi huer, bafouer,

conspuer tous ces grossiers aliborons érigés si lestement de par nos facultés en souverains arbitres de la fortune et de la santé des particuliers trompés par leur titre. Mais ce sujet touche à des intérêts si graves, qu'il serait presque insensé d'en plaisanter sérieusement , en n'en considérant que le côté comique. Il y a là une plaie profonde qui s'envenime chaque jour et qui contribue pour sa part à augmenter le malaise de la société.

» Ce n'est point sur les étudiants , tels que je viens de les dépeindre, qu'il faut faire retomber tout le poids de leurs désordres. Les parents qui les envoient à Paris sont peut-être encore plus inexcusables. L'ambition, cette lèpre ardente qui nous consume, a gagné toutes les familles. Quelques exemples de fortunes rapides et prodigieuses ont fait éclater dans tous les rangs d'avides et périlleuses prétentions. Aujourd'hui, le plus mince bourgeois de nos provinces , quoique ayant à peine de quoi subsister fort

obscurément, veut absolument que ses fils fassent leurs études à Paris, pour entrer ensuite dans le barreau ou la magistrature. Il ne se demande pas auparavant si ses enfants ont les dispositions requises pour profiter de cet enseignement ; la seule idée qui les préoccupe , qui les frappe, qui les fascine, c'est l'élévation aux premières charges de l'état de tel et tel honneur, sans naissance comme sans fortune, et qui comptent à présent parmi les millionnaires et les grands personnages du jour. Voilà pourquoi tant de jeunes gens affluent tous les ans dans la capitale. Mais, loin d'être complice des vues ambitieuses de leurs parents , la plupart d'entre eux ne viennent y faire qu'une longue partie de plaisirs , de plaisirs dispendieux et dégradants, qui bien souvent sont une source de regrets amers pour le reste de leur vie.

» Faut-il s'étonner de cet état de choses? JY est-il pas la conséquence néces-

saire de l'imprévoyante incurie des pères et mères ? Comment ne comprend-on pas que des jeunes gens ne peuvent être livrés sans danger à eux-mêmes, dans une ville comme Paris, où des pièges de tous genres sont tendus à l'inexpérience ? Les sages de vingt ans sont bien rares ; en général à cet âge , le plus précieux de la Tie, on se laisse facilement prendre aux attirantes amorces de la séduction, et l'on s'inquiète fort peu des suites de la folie. Ainsi les désordres de tant d'étudiants qui n'étudient point doivent être en partie imputés à leurs parents. Il serait injuste de condamner les coupables étourderies des premiers, sans déplorer l'excessive imprudence des se conds, imprudence plus coupable encore, puisque c'est d'elle seule que vient tout le mal.

» 11 me semble qu'il appartiendrait au gouvernement , protecteur-né de la société, de remédier à cet état fâcheux, sujet de graves inquiétudes pour tous les

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esprits éclairés. Des maisons vastes et commodes seraient destinées à recevoir, les unes les élèves en médecine, les autres les étudiants en droit. Dès lors les jeunes gens ne seraient plus, comme dans leurs hôtels garnis, affranchis de toute surveillance. Les heures des travaux , celles des repas, seraient réglées. Chacun serait tenu de se conformer à l'ordre établi dans la maison. Il n'y aurait de sortie qu'à certains jours. Ou je me trompe fort , ou cet état de clôture apporterait de notables améliorations dans les études générales. On objectera peut-être que cette clôture serait d'une grande sévérité pour des hommes de vingt à vingtcinq ans. Mais regardez l'école polytechnique et l'école normale ! là aussi il y a des jeunes gens dont l'esprit est développé, dont le cœur est impatient de la liberté; laissez-leur la bride sur le cou, ils ne tarderont pas à faire des sottises comme les autres étudiants dont je parlais tout à l'heure. Peut-être, en adop-

tant le mode de clôture en question .

craindrait-on de voir diminuer de beaucoup le nombre des aspirants, dont les noms envahissent chaque année les registres de nos Facultés? Cela peut paraître un mal à beaucoup de gens intéressés ou à vue courte; moi, je le regarderais comme un grand bien.

» En effet, n'avons-nous pas assez d'avocats sans causes et de médecins sans malades? Les villes en sont remplies; ceux qui ont quelque patrimoine, le consument en attendant la pratique; ceux qui n'ont que les diplômes pour tout avoir , végètent parfois très-misérablement. La plupart de ces licenciés et docteurs auraient pu, au contraire, se ménager une existence heureuse et honorable, en ne cherchant point à sortir de la sphère où ils sont nés. Les uns auraient été de bons commerçants , les autres se seraient adonnés à l'agriculture , cet art si utile et malheureusement si négligé de nos jours, parce qu'il ne mène pas assez

vite à la fortune. De cette sorte, au lieu d'hommes inoccuppés et presque malheureux, on aurait eu des citoyens vivant du fruit de leur travail dans une honnête abondance, et rendant des services réels au pays. Tels sont sommairement les avantages qu'on pourrait retirer de l'application de l'idée que je viens d'émettre , et ces avantages seraient immenses au bout de dix ans. »

En cet endroit, Jules interrompit sa lecture, et s'adressant au père Ambroise : mon oncle, lui dit-il, je dois vous paraître un peu présomptueux dans les réflexions et dans les jugements que vous venez d'entendre. Il sied bien mal. je le sais, à un jeune homme encore aussi inexpérimenté que moi, de se donner des airs de réformateur. Mais j'écrivais ce que je viens de vous lire sous l'influence de mes impressions, et le spectacle que j'avais sous les yeux n'était pas de nature à mériter mes sympathies. Au surplus, on ne saurait sans injustice

me taxer d'une vaniteuse jactance, car ce n'était que pour moi seul que j'avais confié au papier mes observations telles quelles, et ce n'est que parce que je m'y suis vu forcé que je vous en ai donné lecture. Celles qui l'ont voulu en sont peutêtre bien fâchées à présent , eu égard au sérieux de mes disgressions morales.

— C'est ce qui te trompe, Jules, dit Emilie avec sa vivacité ordinaire; en ce qui me concerne du moins, car je trouve tous ces détails fort intéressants, et les réflexions qui les accompagnent me paraissent sages et utiles.

— Pour moi, dit à son tour Louise, j'avouerai que la scène du duel m'a semblé plus attachante ou si vous voulez plus dramatique

— Oui , interrompit le père Ambroise , cela sentait davantage le roman; il n'en est pas moins vrai toutefois que j'ai entendu avec le plus grand plaisir ce qui a trait à la vie des étudiants. Jules a procédé à l'examen de ce sujet qui importe

au repos de tant de familles, avec la maturité d'un homme d'expérience. Peutêtre ne serait-il pas aussi facile qu'il se l'imagine, de remédier au vice d'organisation qui font de nos Facultés de droit et de médecine, des écoles fort dangereuses pour la majorité de nos jeunes gens de province. Une foule d'intérêts privés se mettraient à la traverse des améliorations les plus désirables; cela arrive toujours quand il s'agit d'une mesure d'intérêt général. La crainte de voir diminuer le nombre des élèves empêcherait d'adopter des projets analogues aux idées de Jules, parce que l'esprit mercantile s'est fourré dans l'instruction publique comme partout ailleurs; parce que l'on t'ent plus à la quantité des élèves qu'à leur qualité; parce qu'on s'inquiète davantage de l'argent qu'ils font entrer dans la caisse universitaire, que de celui qu'ils extorquent à leurs parents, que des dépenses folles qu'ils font si aisément, que des dettes et des escroque-

ries auxquelles les entraîne i'inconduite. Mais ces obstacles, qui sont un mal de plus, loin d'infirmer en rien les raisons exposées par Jules, semblent leur donner encore plus de force, et il serait à désirer qu'elles fussent connues, senties et appréciées de tout le monde.

— Je suis parfaitement de l'avis de notre bon oncle, dit madame Dermance; et ce n'était pas sans effroi que j'ai vu partir Jules, il y a deux ans, pour Paris. Ses bonnes qualités ne me rassuraient pas, car les plus heureux naturels ne peuvent pas toujours se préserver de la contagion du mauvais exemple. Seulement, dans notre petit pays, combien ne pourrions nous pas citer de familles ruinées, déshonorées même par les désordres de jeunes gens qui faisaient leur orgueil et leur espérance.

— Vous savez tous aussi bien que moi, reprit le père Ambroise, ce qu'il en a coûté à M. Rochette pour avoir voulu faire un savant légiste de son fils unique.

Pour acquitter les dettes de ce mauvais sujet qui n'a jamais rien fait de bon, pour dérober, en un mot, son nom à l'infamie, il s'est vu forcé d'aliéner une partie de ses propriétés et de grever ce qui lui reste. Cela est à la connaissance de tout le pays.

— Et la pauvre veuve Dumontel, dit madame Dermance; son histoire n'est pas si ancienne qu'on ne puisse la citer comme un exemple déplorable à l'appui de tout ce que nous disons. Cette veuve n'était pas riche; elle n'avait qu'un fils dans lequel elle se mirait. Elle le destinait à la médecine, et se préparait de loin aux sacrifices indispensables pour lancer son fils dans cette honorable et utile carrière. Auguste Dumontel était doué des plus heureuses dispositions, il fit dans ses classes de rapides progrès. On l'envoya à Clermont pour commencer ses études médicales; il demeura un an dans cette ville, menant une conduite irréprochable. On ne vit point d'inconvé-

nient à le laisser partir pour Paris; ce fut pour son malheur et pour celui de sa pauvre mère. A peine arrivé dans la grande ville, il se lia avec des intrigants qui le menèrent dans des maisons de jeu. L'espoir de faire fortune vite et sans peine, fut un perfide appât auquel se laissa prendre le malheureux Auguste.

11 perdit tout ce qu'il avait; il perdit encore et fit des billets pour acquitter ces dettes qu'on appelle dans un certain monde dettes d'honneur. Enfin , honteux de sa conduite, et ne sachant comment en réparer les désordres, il s'engagea dans un régiment, fut tué peu après dans une bataille, et sa mère, consumée par le chagrin, ne lui survécut que quelques mois. »

Le père Ambroise, s'apercevant que l'auditoire prenait de plus en plus intérêt à cette conversation, annonça qu'il allait raconter une histoire du même genre, mais plus terrible encore, qu'il avait apprise récemment. A ces mots, chacun

<se rapprocha du fauteuil du graud-oncle, dont la voix affaiblie par l'âge ne pouvait sans fatigue aborder une narration un peu étendue. Touché de cette attention , le vénérable vieillard en remercia ses neveu et nièces, et commença son récit que nos lecteurs trouveront dans le chapitre suivant.

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