M PREMIÈRE PARTIE
; Monsieur Wyndham, dônt la famille '\'\ • va me fournir le Sujet de quelques anec- * • /* •/ dotes, était un des premiers négociants * de Londres. Il avait épousé une femme * * aimable, dont il avait eu quatre en-
• ; . fonts. Il était dans l’usage de passer
• v l’hiver à la ville, dans un des plus beaux .
quartiers de la capitale,, et l’été il se
v #*. . ■ »- » ■ rv- » » > . • . i •» " ' » , •-"
* / . wv ï*>- • • »*'<• .'•• I* - * V * * •
. V.6 v' 1 '- ■’’ ÉMILIB.-- v • . ■ -
• ■* \ ’ .It'i * • * • . " , . ** . , A " • *f.
;• retirait à la campagne dans une char-v • i mante habitation qu’il avait fait cons- ’ f v .truiré. des produits dé son industrie,.. „•
* ?" et où il se plaisait £ répandrç, Ü’urte main libérale , parmi les pauvres du ^‘ voisinage,' une partie des biens que .; 1 . x sqn père lui avait laissés en mourant >v- ; r Mais ce n’est pas de M. Wyndham seu- ’ lement que je prétends parler :• sa bienfaisance, sa probité, et les différentes vertus dont il était doué, pourraient bien, il est vrai, riêtre pas indi- Zgnes d’occuper un talent supérieur au ••
; mien, et il m’arrivera même quelque- '
. fois de le faire paraître avec assez d’a- ;* . vantage dans les pages suivantes; mais, ; ' puisque je m’adresse à de jeunes lecleurs, ilestprobable que ce qui regarde ' .ses enfants aura pour eux plus d’at-
'kJ* \-yrr\^ ,,
V traits, et les intéressera davaniage. Ce
. sont leurs dispositions naturelles, leur
conduite, et leurs manières que je me •• ' - , XïÇçoppse de, retracer.* Le" caractère le -J. ■
. plus aimable que je puisse donner à "h M. Wyndliam dans le tableau que je >.
w \Vvj^is décrire, c’est celui de père;, et * M mc Wyndliam, n’en doutons pas, fournira plus d’une fois, à mes chers lec- \ leurs, l’occasion de former des compa- . y raisons agréables à leurs cœurs. Ils retrouveront en elle ces vertus qu’ils r .
, ' ■ ' chérissent dans leurs propres mères; ■ et alors quelle joie! quelle satisfaction pour eux! si toutefois, ils n’ont pas regretter les tendres soins ni les ca- ' resses de celle qui leur a donné le jour. f . ; Le plus âgé des enfants de M. Wyn- V dliam, était une ülle, nommée Emilie.
> .-/* . tr*
iogIe
• >■ ’ ^ ';É»nuE.- ; . .y- > •- ■ : K'~ '
» Elle avait à peine, à l’époque où <îoiai-;^ mence cette histoire, atteint sa qua- « .
*T> Horzième année, et déjà elle faisait ' i ' \ - concevoir l’espérance de toutes les verf : * tus aimables. Je dis qu’elle faisait conr ^
’■ ceiioir 4’ espérance, parce que, à cette • ‘ époque de la vie, le caractère n’étant : . \ ,
; « pas suffisamment développé, ne peut ; ' être déterminé d’une manière précise.
‘ » Mais aussi elle n’avait" point été élevée ; ; suivant de , système alors en usage; ses parents en avaient senti tout l’in-;< . ' * convénient, et avaient rejeté cette mé- *•'-* > thode qui, en avançant l’été de la vie, en abrège le printemps, et presse lë> maturité d’un fruit qui reste toujours *■ r / sans éclat et sans goût. ; . V'
Émilie, quoique d’une complexion extrêmement délicate., avait été ac-
coulumée de bonne heure au travail, ce qui avait contribué à donner à son corps la vigueur que lui avait refusée la nature, et à sa physionomie une fraîcheur de coloris qui relevait agréablement ses charmes. Ce n’était pas une beauté, mais elle avait une figure qui plaisait; la santé qui brillait sur son visage, le sourire de la modestie qui ne s’effacait jamais de dessus ses lèvres, la timidité de son regard, l’innocence et la candeur empreintes sur son front, tout cela
lui donnait des agréments infiniment
préférables à cette froide régularité
de traits, qui n’est pas toujours accompagnée de ces grâces dont le
cœur est la source. On aurait pu lire sur sa figure l’excellence de son ca-
ÉHIILIE.
■ tf
retirait à la campagne dans une chàr- v , T mante habitation qu’il avait fait cônstruire des produits de son industrie, * et où il se plaisait à' répandre, d’une • ; main libérale , parmi les pauvres du voisinage,- une partie des biens que ./ J son père lui avait laissés en mourant; »v- Mais ce n’est pas de M. Wyndham seulement.que je prétends parler :■ sa bienfaisance, sa probité, et les différentes vertus dont il était doué, pourraient bien, il est vrai, n’être pas indi- - gnes d’occuper un talent supérieur au mien, et il m’arrivera même quelquefois de le faire paraître avec assez d’a- */ . vantage dans les pages suivantes; mais, ; " puisque je m’adresse à de jeunes lec- ( leurs, il est probable que ce qui regarde ' ses enfants aura pour eux plus d’at-
: -* . - - ' - , -J . . ..if,. .. rr
r ' . - *• s .< f EMILIE.
.traits, et les intéressera davantage. Ce sont leurs dispositions naturelles, leur conduite, et leurs manières que je me propose de retracer. Le caractère le plus aimable que je puisse donner à M. Wyndham dans le tableau que je Voyais décrire, c’est celui de père; et - M mo Wyndham, n’en doutons pas, fournira plus d’une fois, à mes chers lecteurs, l’occasion de former des comparaisons agréables à Sure cœurs. Ils 1 retrouveront en elle ces vertus qu’ils / chérissent dans leurs propres mères;
■ alors quelle joie! quelle satisfaction
pour eux! si toutefois, ils n’ont pas ’ s f à regretter les tendres soins ni les ca- ' resses de celle qui leur a donné le jour.
Le plus âgé des enfants de M. Wyndham, était une ülle, nommée Emilie.
' 8 .' : ÉaÔLIE. ' . n .••••■ Vrî
Elle avait à peine, à Tépoque où ^oiü- ^ mence cette histoire, atteint sa qua- ... 1 > torzième année , et déjà elle faisait -'‘concevoir l’espérance de toutes les ver-4tus aimables. Je dis qu’elle faisait con- ■ cetioir 4’ espérànce, parce que, à cette
* •. époque de la vie, le caractère n’étant;
* pas suffisamment développé, ne peut * ~ être déterminé d’une manière précise. - * A
» Mais aussi elle n’avait point été^ élevée suivant de .système alors en usage; ses parents en avaient senti tout l’iû-.c convénient, et avaient rejeté cette méthode qui, en avançant l’été de la vie, en abrège le printemps, et presse la, maturité d’un fruit qui reste toujours ' r / sans éclat et sans goût. . * v
Émilie, quoique d’une complexion extrêmement, délicate,, avait été ne-
: . v coutuînée de bonne heure au travail, 1
(« qui avait contribué à donner à son corps, la . vigueur que lui avait refuv séé la nature^ : et $ sa * physionopfiè un# fraîcheur "de. coloris qui relevai!
. . Charmes; - Ce' n’é-
■/, tait \pa& une beauté/ niais elle avait > W une figure qui plaisait v la santé qui . * brillait sur son visage, le sourire de la modestie né ^effaçait. jamais de dessus- ses lèvres, là timidité de ; .v ■ s- % son regard, l’innocence et la candeur ;/ s - empreintes’ sur son front, tout cela lui donnait des agréments infiniment préférables ’ à cette froide régularité - de traits, qui n’est pas toujours acv compagnée de Ces grâces , doftt le , q cœur est la source; On aurait pu lire *J‘ sur sa figure l’excellence de son ca-
.10 v- \ - - ÉMILIE. ' '
rapière ét la' pénétration de son. es*' - ' prit. Dans ses ÿeux se réfléchissaient,' *
' comme dans un miroir, tous les mou-’ -
vemeiits de son-cçeur; elle était sans .
déguisement, et ses 'grâces, qu’eHà tenait de là nature, étaient bien plus nobles et plus attrayantes que celles qu’auraient ; pu . lui prêter - l’art et • l’affectation. Mais . son caractère se ; fera bientôt connaître* et il vaut mieux passer à celui de son frère ët ‘ de ses sœurs. . Le - seçond enfant de y ^ M. Wyndham, était un fils'd’ environ' douze ans. Il sè nommait Arthur, et ne méritait pas moins qu’Émilie de partager l’affection de ses parents. l\ était d’un, caractère naturellement . • ; vif et impétueux; son père et sa mère n’avaient rien négligé pour en répri-
mer l’ardeur, et avaient si bien réussi, qu’on pouvait dire que sa conduite était à peu près exemple de toute espèce de reproche. Quelquefois cependant , son impatience naturelle lui attirait des désagréments; mais ce n’était pas ce qui déplaisait le plus à M. et à M mc Wyndham, parce que, disaient-ils, cela servait à lui prouver combien ils avaient raison de lui défendre de se laisser emporter ù la vivacité de son caractère. Il avait un bon jugement, une grande sensibilité, et une tendresse de cœur, qui se faisait particulièrement sentir dans sa conduite à l’égard de ses sœurs. Parmi celles-ci, cetait surtout à la seconde qu’il donnait les plus grandes démonstrations d’ami-
lï . ' •" .. ÉMILIE. -
^ Wlasî^’est qu’elle avait besoin .de toutes ses attentions : elle -avait' environ neuf, ans; sôn nom - était."
Hélène, et elle avait eu le malheur,*' dans sa plus tendre enfanté, de pet-*
< dre la vue à la suite d’une violente .
maladie; de sorte qu’eUe était alorsentièrement aveugle, et ses beaux * yeux r couverts d’un épais nuage, tournaient tristement dans leurs orbites, sans recevoir; aucun rayon de, lumière. Elle était si jeune à l’époque où ce malheur lui était arrivé, qu’il ne lui, restait aucune Idée des objets qu’elle avait pu voir; elle nè savait ce qu’on voulait lui dire - quand on lui parlait du soleil, de la lune et de mille autre cho^ dent on lui vantait la beauté; mais ce qui affectait le plus
• * . Il
.. ËMILIE. v ' 1 <t V~
;*. * sensiblement son cœur, citait de ne ’ • ' savoir nas comment étaient son père et , v
’7, .^mère!/ .? *' . v* V- ~ -y'’ iy ;v .
t y La plus, jeune était encore une pé- v tite fille,: de Tâge <f environ sept ans,-.
• . * > qm ;se norinpait .Maria! Jolie , -agréable ' ».* ; et douce de caractère, elle était chérie- ‘ de toute la famille, qui en faisait Ses , V\ délices! — ' De cette manière, M. s et J, Wyndham auraient été parfaite- >
‘"ment heureux du côté de leurs» êtf-y
-fants, si ce n’eût. été le malheur de ia>
* . ; • pauvre Hélène ; malheur dont ils se trouvaient néanmoins en partie consolés par les tendres soins que lui prodiguaient son frère et ses sœurs, et par le touchant intérêt qu’ils prenaient à sa situation. A l’époque que ÿj’ai choisie
* pour le commencement de cçs.anec-v
- - . <r f- " * 1 . • . -jy. • f
. -à 1 * ■ '• .vs. - .. - . . . « . . , *
T* '• * *vjV~ -Y •• /•*' r .*
NfetèS) fertiilfe de M; Wyndham vé-*\- " naît de passer l’hiver à Londres, et se v • . . ■ •\ disposait à se retirer à la campagne, V A > ' ; dans une maison qu’ils avaient à Bel- / r . leville. Les enfants, au comble de la * ,
«’ Tr-.' % , "« Y
rr< joie, se réjouissaient du plaisir que \ leur causait l’idée d’un pareil change- .Ÿ* / -ment; et chacun s’empressait de faire "* * ses paquets, à l’exception d’Hélène, qui était assise auprès d’une fenêtre, n’ayant - :
;• d’autre occupation que celle d’écouter leur conversation.
— . V jy . ^ ^ »
AiiTiiun. Emilie, ne seras-tu pas bien aise de revoir tes oiseaux ? .
Emilie. Oh! oui, je t’assure, pourvu *. : r : que l’hiver ne les ait pas fait périr;, mais j’ai chargé Jeannette d’émietter " 4
du pain dans les allées de noisetiers, - .* et j’espère que le nombre de mes pe-
# fr.
'Éttffiv* * .; v ; t l$- v:"
iils pensionnaires ne sera pas diminué. • * . Mais je me flatte de l’espoir d’un plai- ; sir bien plus grand.
Arthur. Quel est-il, Emilie? ; •
Emilie. Est-ce que tu ne devines pas, 'y mon frère?
Arthur. Oh! palsembleu, je parie »
que c’est de voir la petite Charlotte
• V * ; Neville. ■ : 1
•*.* [ Émilie. Mais il n’est pas nécessaire, •
’ . ' mon frère, de dire palsembleu.
Hélène (souriant). C’est bien, ma sœur : je suis contente que tu lui fasses •
* ' / cette observation; je n’aime pas à l’en-
' tendre parler ainsi.
Arthur. Et si je l’aime, moi! cela me suffit; vous n’avez pas besoin de vous donner la peine de chercher à corriger mon langage. * • •
ta . .
ÈMILIE. **■ S" ■
v Hélène. tas tu sais bieti, Arthur," . % gaepapa n’approuve'pas que tu te ser- ■ ; ' tes dé cès expressions. >• i~ v ; . Aiituuh. Eh bien! papa n’a pas be- . •
, soin de vous pour me le dire: ‘ : - /~>v v .
: -Hé^nr. Mais ne... / . v r ' > *V*
> Éhiilie. Chut! ma ehèreHélène. — •; - - Arthur, ne te mets pas en colère.Voyons,dekjiioi parlions-nous? ; ♦ s, . • ' : -, '
. .>Mar% Üh! de Charlotte Neville, et .7 ■ je serai bién aise de la voir aussi. Je lui ' ; . montrerai ifia nouvelle poupée, el la* voiture que M; Jones m’a donnée, et ° t puis ce ^ livre ‘ -neuf. *- — Regardez, V 1 1 ’
quelles jolies images! — C’est la maison que Pierre à bâtie.** — Qü’est-ee
* Le joli jeu la maison que Pierre a bâtie, cahier in 16, orné de lo gravures — Prix : 70 cenl., * *
- cl avec les figures coloriées , 90 cent , h la Librairie
(leLEHÜBY.
, -wfcT ■ -V
, *; ; 1 ÉMItlE.'. 'VV •-. fi '*
, <ju§ c’était; 1 que Pierre, - ma soeur ? ^ v . Hélène. Comme elle fait aller sa . V* petite langüe!:'-^ ; 'V:..
Arthur. Mais, Emilie, pour te faire 7 une question plus-importante que celle .!~de Maria, saiVtu. comment se porte- r ‘ *rM“ e Neville!? * \ ; ;
Emilie. Ah! maman dit qu’elle est très-mal, en vérité. / * " V.T ' % V* - ‘
.Arthur/ E st-ce que cela ne fait pas -,
^ de la peine à maman? ;
. *;Émilie. Certainement: car ta sais quelle amitié les a toujours unies. Per- < dre M m ^ Neville, ^ce serait pour maman la même chose que pour Hélène, v . . s’il nous arrivait de mourir^ elles se sont toujours aimées comme des sœurs. . ’• * 1 ‘ •
.*;*i 18 r - / * - ; Jitog/ c,. . : * -
v^^^/Mourirî jo ~ n’^riterids pas cela. Je serais' bien embarrassée de •^m’en faire une idée.-' i„- *;/ * . . ^ v;' * a v - , EfliiLjfe (d. Arthur, avec * lés. larmes
-■ aux yeux). Pauvre petite, comme elle . m'affecte! elle dit qu’elle ne peut pas s’en Taire une idée/Hélas! que de cho-.
. ; oses elle est condamnée à ignorer par ^ suite de la privation de la Vue!" ; / s.
’-r Hélène. Mais Émilie, fu ne me ré* /ponds pas; .dis-mOi donc ce que c’est , que mourir? . * - : ; : . >*
; Emilie., Tu me fais là une question à laquelle il ne m’est pas facile de ré- : pondre, ;ma chère Hélène. Tout ce que je puis te dire, c’est que lorsqu'on est.
mort, on n’est plus susceptible d’au-
cun sentuüent; il semble qu’on soit endormi, /excepté / qu’on ne respire
Digiti
pas, et qu’on ne se réveille plus. • Hélène. Je ne l’entends pas parfaitement. Mais j’en sais assez pour pouvoir dire que maman ne serait pas aussi sensible à la mort de M ,ne Neville que je le serais à la vôtre. Car si vous étiez toujours endormis, vous 11e pour- > - • ✓ v riez pas me mener promener, vous ne ‘ \
V me raconteriez pas ces histoires qui " 1 .
. v - : m’amusent tant, au lieu que maman • peut marcher toute seule, elle peut ‘ lire et travailler; mais, moi, je ne puis • •' rien faire de tout cela. Oh ! la chose est / bien différente !
Arthur. Ne parle pas de cela, nia chère Hélène, tu nous attristes.
Maria. Et voilà Émilie qui pleure! Hélène. Où est-elle? où est-elle?
conduis-moi vers elle, Maria.
Digil
Émilie. Me voilà, ma chère sœur.
Émilie courut en même temps à elle, l’embrassa, et la conversation se termina là pour cette fois. Le lendemain matin, ils partirent tous ensemble pour Belleville où ils arrivèrent le soir, trop fatigués pour désirer autre chose que de s’aller coucher. Le jour suivant, ils se levèrent de très-bonne heure. Les petites filles furent bientôt habillées ; elles coururent aussitôt frapper à la porte d’Arthur, qui leur ouvrit, et ils descendirent tous ensemble dans le jardin. Arthur, à qui son impatience et sa vivacité ne permettaient guère de régler son pas sur celui de ses sœurs, se trouva bientôt à quelque distance devant elles. Il était suivi de près parla petite Maria, qui sautillait
' \ > . ' ÉÎÎIÏL1E, -- - . . !
d’un endroit à Tautre comme un petit /, >v oiseau, et iaisaii mille exclamations • au sujet des arbres efcdés~fleur$ dont - V elle admirait la beauté. Émi lie prêtait /• son bras à Hélène: elle continua de t v* , se promener ' |ranijudlemeiît. sur la'
. . \ ; terrasse/ qui dominait un /paysage charmant, et où élleâ eurent la conver-/.
-î ...dation suivante : ■ , . . 4
î • Hélène. Je sefts que l’air est chaud v . v et agréable. Mais , çntends-tu les oiseaux? comtnë leurs chants sont pleins de douceur! • .*:•%«? ■ r:
Emilie. Il lait une belle matinée :
ié printemps renaît dans toute sa beauté, et les oiseaux célèbrent par leurs chants joyeux, lë retour de celui qui leur raçftène la verdure, i ' . 0 -
*‘ r Hélène. Eh bien!. Arthur et Maria
* Il ♦ \1 ?. ^ *
s!eh%0nt allés, je n’entends plus ieurs *
*■ voix. Et toi, ma chère Émilie, que tu ; . . ‘ e& itonhe dé rester, avec moj! Si tu ;/
, . Teux me CQTiduire sur un banc, je res^ V /■
. i terai 1 là assise, et tu pourras ;courir \ * « :
aussir
Emilie. Non, ma chère Hélène, je-, ne m’en sens pas du tout, l’envie. . : > Hélène. Que tu es bonne! tu dis ' cela, parce que tu ne veux pas me faire \
. ‘regretter de te retenir auprès de moi.-*- Oh! oui, je le vois bien, je ne dois ja- mais être malheureuse, puisque j’ai d’aussi bons parents. Mais, Émilie, né viens-tu pas de me dire qu’il fait une belle matinée? Pourquoi fauh-il que je ne puisse savoir Ce. que é’est qu’une belle matinée ! Tu parles du soleil, et . tu dis : comme il brille! de quel res -
plendù'sant éclat il est environné! Pour- •*.- ; quoi suis-je la seule pour laquelle il :
brille en vain! je ne puis m’empêcher .
* de soupirer en y pensant !
* * .Emilie (l’embrassant). Et moi aussi, * ... ••J ma chère Hélène, cela me fait soupi- •
:rer; cette idée me rend aussi triste
que toi. Mais ne dis pas que le soleil \ brille inutilement pour toi : il est vrai que tes yeux ne peuvent jouir de la beauté de son spectacle : mais c’est ' .
par son influence que l’air est échauffé . * et purifié; c’est sa présence qui ré- • - jouit les oiseaux et les excite à chan- . ter; c’est lui, c’est la chaleur de ses .
rayons qui favorise la végétation de ces fleurs dont tu respires si agréa- *• blemenl les parfums. Ainsi donc, ma * chère sœur, tu vois que le soleil ne
rZ
' ' 24 , V* * * * " ÉMILIB.^ '. ' - '
/- brille pas en vain, meme pour toi. \.* • ; ‘ ; Hélène. Cela est vrai; je ne devrais v ' \ ^ pas me plaindre. Mais il y a tant de
• choses que je ne comprends pas, tant • ’
• . . V de mots qui n’ont point de significa- . J . • tion pour moi! L’autre jour dacôre,*:* lorsque lu fus sortie de la chambre, »
. M. Thompson dit à maman : Mademoi- ’• selle Wyndham devient bien jolie, elle est charmante, en vérité. — Non, monsieur, dit maman, ce n’est pas qu’elle soit très-jolie, mais c’est une excellente fille. — Que voulait-elle dire par jolie, v et pourquoi maman disait-elle que tu r . ne l’étais pas?
Ëmilie. Maman avait raison : il disait cela, parce qu’il pensait lui faire ' . plaisir.
' Hélène. Mais comment cela? est-ce
ËMILIE.
.„• que marnant, seradcontenle que tû * ; ^fusses jolie? pourquoi donc alors ne; i tes- tu pas!- !. / y •* \.V . , ' / : 1 . .
V v Emilie ; Non, maman est trop j uste, ; V elle ne m’en daimerait pas’ davantage,
, quand je , seràis ‘jolie. Æ n’y a (pie* tes
* gens^ peu réfléchis- à qui cette chose là ; v
• plaise. '/ . ; ^ ' y< ' <
Hélène: Ah! M. Thompson, ce n’est ' r *\pàs bien de prendre maman pour une ' v personne peu réfléchie! Mais comment '*• J. se fait-il que . tu ne puisses pas être
' .* Emilie. Ma chère, il ne m’est pas.
plus possible à moi de me rendre jolie, qu’à loi de te faire voir clair. Pour .être jolie, il faut avoir des traits ré- : guliers, un beau teint, et une physionomie agréable : autant- de choses ' •. ■■ ■ ;*■' • 2
26 v » ÉMIL1E.
que nous ne pouvons tenir que de Dieu seul. Beaucoup de personnes sont douées de ces avantages-, mais ce ne sont pas toujours les plus heureuses- Leur beauté les rend souvent vaines et orgueilleuses*, elles ne songent qu à en relever les charmes, et elles se font une étude particulière de savoir comment elles s’habilleront. Elles sont paresseuses, frivoles et inutiles à la société. Dans leur enfance, elles ne font aucune attention à leurs parents; et lorsqu’elles deviennent mères ellesmêmes, elles ne s’inquiètent point de leurs enfants. Telles sont les idées de maman à ce sujet. — Ce sont piesque ses propres expressions. Mais cette réglé n’est pas sans exceptions; il y eu a qui sont jolies, et savent, par la solidité
. ' VÉM1LIE.
' de leur esprit, leurs qualités morales, et leurs vertus, ajouter un nouveau lustre à leur beauté.
: • Hélène. Je t’entends un peu; mais .• V je ne puis me faire une idée exacte de v..; la beauté.
■ Émilie. Sens cette fleur, Hélène: son • '
parfum ne flatte-t-il pas agréablement ... r ton odorat?
» Hélène. Oui, il est délicieux.
Émilie. Et cet oiseau, n’aimes-tu pas .. v à l’entendre chanter?
Hélène. Oui, certainement.
. « Emilie. Eh bien ! l’œil éprouve de ' ' pareilles sensations lorsqu’il voit quelque chose de joli, il s’en trouve aussi agréablement flatté que ton oreille l’est par l’harmonie des sons et
tv ».
v8£ * • ; .'V.* émilie. ,v . . : .v- •. ♦ V V*
; l^ôdprat^ parla doûceàr des parMi^; .
Hélène. Tu me donnes là une idée ' vpôLrfâite de la vue, du moins, je fe croîs ainsi. Si jamais il plaît Dieu de rouvrir ; z mes yeux à la lumière, je te dirai si Ur v . •
* •m’avais donné une notion exacte de *; . :
. ‘ leurs avantages. -, ÿ ■ v
Elles prononçà cés mots d’un ton si »
plein de sentiment qu’Émilié ne put ; s empêcher de répandre quelques lar- • mes; et Hélène, attendrie par leu^ - .conversation, se mit à pleurer aussi. ■ .
Dans ce moment Arthur et Maria
venaient à eux en. courant : ik, étaient; essoufflés, et riaient àgorge déployée;' mais la joie disparut ^bientôt de dessus .
leurs visages, e t fit place à un air grave , et sérieux, lorsqu’ils. virent la tristesse * de leursù soeurs; ^- ^ ' ;