CHAPITRE XI
€\)apttvt <ùn}\me.
Rentrée des troupes insurgées à Wilcomir. — Marie Raszauowicz et Emilie Plater. — Elles passent an corps de Constantin Parczewski. — Triste position des insurgés.
Après k malheureuse affaire de Przystowiany , leschefsde l'insurrection, voyant que la réunion de plusieurs détachemens en un même
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corps, Join d'être utile à ]a cause, ne servait qu'à dégarnir le pays, le livrant au ressentiment des Moscovites, se décidèrent à diviser les troupes en petits corps et à renti-er chez eux. Là du moins ils exerceraient leur influence et pourraient profiter des connaissances locales, tandis qu'ici on ne faisait que les promener d'un lieu à un autre sans but ni résultat.
Par suite de cette décision , Charles Zaluski et Ijéon Potocki rentrèrent dans le district dlJpita } Vincent Matuszewicz alla peupler de ses insurgés les forêts de Troki et semer la terreur dans les rangs des Russes; les chasseurs libres de Wilkomir, que suivait Emilie Piater, se dirigèrent vers leur district.
Il était temps qu'ils y arrivassent. Déjà les fruits de leurs premiers succès étaient perdus. Werzulin avec ses Circassiens , ce même WerzuliJi qui renouvda, par ses cruautés, la mémoire de SouvarofifetdeDrévitsch, était maître de ^^'ilk<Hair; prot^ée par sa troupe, la police
avait repris son cours habitud, les espions levaient la tête, les juifs dénonçaient les paisibles citoyens , et les persécutions recommençaient avec une nouvelle violence. Le désir de délivrer leurs frères ^ leurs amis^ non moins que celui de venger sur Werzulin le sang des femmes et des enfans massacrés à Oschmiana, commandaient aux chasseurs libres de marcher sur Wilkomir ; aussi , après s'être concertés avec le colonel Charles Przezdziecki , Plater, Grotkowski et les chefs de l'insurrection de Wilna , ils s y présentèrent avant le lever du
soleil , le 17 mai.
Mais Werzulin , brave quand il s'agissait de
massacrer des femmes y lâche quand it fallait combattre , prévenu que les insurgés s'avançaient de tous côtés , trouva plus prudent de quitter la ville, et s'enfuit subitement vers Wilna, signalant son passage par le massacre, le viol et l'incendie.
Les insurgés , de nouveau maîtres du cheflieu du district, envoyèrent quelques détache-
mens à la poursuite de ce brigand , et s'occupèrent de l'organisation du pays^ établissant un gouvernement provisoire chargé de veiller sur l'administration et la tranquillité intérieure^ ainsi que de pourvoir aux besoins pressans de l'insurrection. Ce fut sur ces entrefaites qu'un jeune insurgé vint s'offrir au chef de la force armée pour prendre du service. Ses traits délicats^ sa taille svelte, ses cheveux bouclés, donnaient un démenti à l'habit qu'il portait. C'était la jeune Marie Raszanov^icz qui voulait courir, elle aussi, les chances de la guerre. Fraîche beauté de vingt ans, elle avait été douée par la nature de ce caractère heureux qui fait supporter gaiement les traverses, mais qui cependant ne dégénère pas en insouciance. Ni les fatigues de la marche , ni la dure couche des bivouacs, ni la mauvaise nourriture de nos soldats, rien ne pouvait altérer la gaieté de son humeur : elle jouait au milieu des dangers , elle riait devant la mort. Sa joie n'avait rien d'affecté ni de malin : elle était douce, fran-
che, naturelle, entraînante. Depuis,les malheurs de sa patrie , blessant vivement son cœur patriotique , donnèrent une légère teinte de tristesse à son caractère j mais au moment dont nous parlons, rien ne présageait encore un fâcheux avenir, et la Pologne partout victorieuse était presque sûre de reconquérir son ancienne indépendance.
La conformité de sexe et de sentimens l'eut bientôt liée de la plus étroite amitié avec Emilie : leurs cœurs, jeunes, ardens et enthousiastes, s'étaient aussitôt compris : toutes les deux voulaient la liberté de la patrie, les combats et les fatigues. De ce jour elles furent inséparables; elles jurèrent de combattre ensemble comme de vrais frères d'armes , et de partager la bonne et la mauvaise fortune; elles ont tenu parole : la mort seule les a séparées. Marie Raszanowicz a reçu le dernier soupir d'Emilie Plater.
Les donneurs d'avis , si bien éconduits une première fois , revinrent à la charge, etinsis-
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tèreat de nouveau auprès d'Emilie Plat^r pour la dissuader de ce qu'ils appelaient sa manie de guerroyer; le danger récent qu'elle avait couru à Przystowiany leur servit de prétexte poiu* l'obséder de conseils importuns^ et la forcer de retourner auprès de sa cousine y demeurant dans le voisinage de Wilkomir.
Emilie Plater, ennuyée de ce bavardage^ et voulant échapper à cette espèce de persécution^ résolut de changer de corps.
Parczeivski avait alors l'intention de s'avan^ cer sur Wilna , et de reprendre les positions dans lesquelles il s'était maintenu deux mois^le suite y donnant de grandes preuves de courage et de sang-^&oid ^ forçant les ennemis à se tenir sur leiu» gardes^ les harcelant^ les attaquant nrëme lorsqu'il avait la moindre <;hancede suo- <cès. Quoique plus exposé aux attaques des Eusses y il y serait plus à portée de s'entendre avec les patriotes de Wilna , de concerter ^^e^ mouvemens avec les leius , et de se procurer mille ressources que c^tte grande ville pouvait
lui oflrir; il allait se mettre, pour ainsi dire, à Tavant- garde de nos troupes, et, dans cette position, il aurait plus d'occasions d'attaquer Tennemi, plus aussi de dangers à courir. Ces considérations décidèrent Emilie Plater à choisir ce corps j elle alla donc le joindre avec Marie Raszanowicz, sa nouvelle et inséparable compagne.
A six lieues de Wilna , Parczewki , mal informé des mouvemens de l'ennemi , tomba dans une embuscade , et ce ne fut qu'avec une perte considérable qu'il parvint à se retirer de ce mauvais pas : il alla poser son petit camp à Olany, où les Russes n'osèrent l'attaquer; il y passa tranquillement huit jours qu'il employa à recruter des soldats et à se procurer des munitions que chaque nouveau combat épuisait , et qu'on ne pouvait avoir que difificilement au poids de l'or, au prix même de la vie. ;
Du reste, la dernière semaine du mois de mai et les premiers jours de juin se passèrent sans engagement remarquable : c'était de part et
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d'âittré uti arthistice toiilu par 1« cîrtotirtâtteés ; oh ië i*épô^t de guerre lâsie. Lesîltis^esétâîent forcés dé dottttef quelques môrmetis de ttlkthe à leur arthécf fatiguée, harâ^ée par àevtx mois dé petite guerre, pendant laquelle ils avaient eu chaque jour à attaquer ou à se défendre , sahsâvoir obtenu Utt avantagé réel , ni même pu forcer les insurgés à une bataille décisive ; ib cessèreht donc de dôhnér \û chàâte àtlx rebeltés attendant Tarritée du général Tolstoï, qui , nommé par Penipereur conimâttdaiit en chef de Tàrmee de réàervé, vCnédt de !â Ruèsie BlàAChè âVéc déi forc^ Côiisîdérabies , sfiil tfè* crttser lès insurgée par le ftômbre et éé porter les derniers coup^.
Cetit-ci, plusieurs fois dispersés par lêsRtiôôès,
avalent aussi besoin de repos ptMir se ràHfter de nouveau, et tié Songeaient nuWemimià attacpier
Tennemi. Là nouvelle de la marché de iTcAsiOÎ kà àlàrmà d'amant phis , qtré déjà , sans èé renfort , tennemi était qtsiatre fois plus tiùtAt>rent, fet qùHis manquaient de pmïdre let tîé pfembt
après avoir compté Im^ eartô«ieh^a> le^ çhe& <fe Tiasurreotion fie convainquirent qu? ^ mé^ie en réduifiastau tâefsleiii«détack^i)aii$> k p^ipe diaqueâoldat aurait cinq caitoueh^ ; da$ émi^ ^sÔFCê envoyés de tous eôté& en apportdiaitt trè^ peu^ et le plus souvent revenaiept k» msàw vides.
De Faiitre oèté du Niémen nm n^amnàt, on n^ayatt point de nc^vdles de 1^ Polpgne^ qui semblait nous oublior eomplètemefil; et nous abandonne? à nos propres forces ^ ayant fflu* les bras les années russQS epn nouâ prisaient de tous côiés et ne nous laiss^i^ni; ps^ un mpmant de repos. Il fallait nous décider.
M plus gran4 nombre prétendait qu'il folkit iiceneier les troupes , ^que les plus ccmfi^^mi^ <Hi l«s plus braires devaiapt se réunir, ^vr^ leqfis rangs et se frayer un passée à travers Ic^s batfdiions rosses pour aller n^pindre fana^ polonaise. Quei^^es uns cependant ^tpienl loin de fMirtager cette x>pinion> Détauainés à Vifias^er jusqu^a la damièce g ouile de l^ur sang^ ils tou-
mais périssons avec honneur et n'abandonnons pas le pays que nous avons nous-mêmes soulevé y qui nous a confié sa défense et que nous avons juré d'arracher à l'oppression.