‹ Emilie Plater: sa vie et sa mortChapitre 15 sur 25 · CHAPITRE Xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir

porteur d'ordres du général Chiapowski , enjoignant aux insultés de se mettre aussitôt en marche pour se joindre aux troupes polonaises qui avançaient du côté de lida.

Cette nouvelle inattendue changea complètement la face des affaires. Sans connaître même la force réelle de Chiapowski , les insurgés et les bifaitaiis aentîvm: nsnutre leurs espérances et leur courage. Ils ne doutaient pas, avec le secours des Polonais, de pouvoir résister aux Russes et même tfen triompher. Des militaires familiarisés avec Fart de la guerre sauraient utiliser £t organiser ces masses d'insurgés qui, îosqu'à œ jour, «'«nmeat pu <ipe pévcdyutionner le pays, occuper les ennemis, mais non les vaincre , et qui n'avaient pas un seul chef. Nous étions persuadés que la vue seule des Polonais réveillerait l'enthousiasme des citoyens abattus par les revers, ainsi que le courage de l^maDéetfui commençak à &iblir.

Chhpowfiki nous amenait, :disait«<on, àe l'ardUerie, et nous appcnrtait des aranes qu'à

SA VIE «t SA MORT. 219

atâit élevées à l^ennemi dans sa mardbe miraculeuse à travers les armées russes sur lesquelles il avait même remporté ijuelquesoecès. Nottt iîé doutions plus de notre avenir; la Ticloîre ttcms parftissâît certaine; Chkpov^ski était pôU!i' nbuô Utt Dieu sauveur, et on ne songeait l^us à abandonner la Lithuanie. 11 n'y a pas à balancet*, sedi^it^on de tous cô^, il feut aller jo^re *K>s frères ^ les momens sôiat précieux ^ «i^mironis par notte empressement 4 eîïécu<?^ l^<»tîres quVm nous donne que nous sommes dignes de la liberté.

Màfe pat cela même qu'on avait désespéré dep^ quelque temps d'obtenir des secours de la Pologne, la nourelie inattendue de l'arrivée de «ces 'seCouts pairut invraisemyable à q^et^ ques uns , et fit naître des soupçons dans l'-esprij de 'Ces hommes indécis qui poussent la circonspection jusqu'à la défiance, et qui sont portés à considérer chaque événement sous un mauvais t^té.

On nous a tant de fois titimpés sur Parrivée

2 1 8 EMILIE PLATEE ^

porteur d'ordres du général Chiapowski , enjoignant aux insurgés de se mettre aussitôt en marche pour se joindre aux troupes polonaises qui avançaient du côté de lida.

Cette nouvelle inattendue changea complètement la face des affaires. Sans connaître même la force réelle de Chlapov^ski , les insurgés et les faafaitan$ aentîvm: renaître leurs espérances et leur courage. Us ne doutaient pas, avec le secours des Polonais, de pouvoir résister aux Russes et même d'en triompher. Des milit aires familiarisés avec Fart de la guerre sauraient utiliser.et organiser ces masses d'insmges qui, îttftq^i'à -ce jour, «'«feadent pu que révolutionner le pays, occuper les ennemis, mais non les vaincre , et qui n'avaient pas un seul chei. Nous étions persuadés que la vue seule des Polonais réveillerait l'enthousiasme des citoyens abattus par les revers, ainsi que le courage de l'am«etiuicommeBÇ«kàlaiblir.

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des Polonais^ disaient-ils^ qu'il nous est permis d'en douter encore, et cet homme qui vient aujourd'hui nous l'apprendre , quelles preuves nous donne-t-il pour garant de ses paroles?

N'est-il pas un agent de l'ennemi, envoyé pour nous faire sorlir de nos positions et nous livrer, ainsi que le pays, à la vengeance et à la rage des Moscovites? Agissons prudemment, et envoyons d'abord quelque émisaaire sur et affîdé j pour nous convaincre de l'exactitude de cette nouvelle, à son retour nous pourrons agir avec toute sécurité*

De telles réflexions, propagées sourdement parmi les insurgés, ébranlaient leur croyance ; et bientôt plusieurs détachemens déclarèrent qu'ils n'abandonneraient point leur position avant d'avoir des preuves convaincantes.

Le pauvre Zaleski ne savait comment fiaire pour les convaincre -y il leur répétait sans cesse que Chlapowski ne pouvait lui donner des ordres par écrit, de peur qu'ils ne tombassent au pouvoir des Russes, d'autant plus que les in-

suites, qui ne connaissaient point l'écriture du général, ne pourraient guère plus se fier à des ordres écrits qu'à ceux qu'il leur envoyait de vive voix. En vain chercha-t-il à leur faire sentir toutes les fâcheuses conséquences que leur hésitation pourrait avoir pour eux et pour la cause nationale : ils voulurent attendre. * — La prudence, la défiance même sont quelquefois nécessaires, surtout lorsqu'il s'agit des intérêts de tout un peuple qu'il faut arracher à un ennemi qui vous épie , vous suit pas à pas, vous dresse sans cesse des embûches et sait bien profiter de vos moindres fautes. Cependant , cette prudence, cette défiance, doivent avoir des bornes ^ en les poussant trop loin , on s'expose à laisser passer de bonnes occasions , les momens favorables, qui ne sont pas com* muns dans la guerre. C'est à l'homme instruit par le raisonnement, et surtout par l'expérience, à savoir quand il faut agir ou attendre , avancer ou reculer ; le hasard y est aussi malheureusement pour beaucoup.

222 £iuus Ph^TWy

Le$ mauvais comeils rewportment; il é<«it presque décidé quoa attendrait; mai^bmir^u^ sèment Parcze^iwski , Emilie Plater et quelqw$ autres qui le connaissaient per^PoneUement et le savaient incapable de trahir, furent d'un aiitre avis et défendirent si chaudement leur opiniouL qu'on se mit en marche. Ds avaient pris *ur eux la responsabilité du mouvement qu'Us fai*saient faire aux insurgés, et ils ne furent poiitf; trompés dans leur attente ; car on découvrit l'armée polonaise le 6 juin à Gabri^lov^j où déjà le prince Gabriel Oginski, Matuszewiez avec les insurgés de Trojki ^t les étudiant de Wilna, avaient fail; leur jonction avec les Polonais.

Qael peintre , quel poète pourrait peindre avec fidélité ce sublime mommt où d«eux pe^- |des iwis paar Imirs sympathie* et par la nature, mais aépan^ par la violence , se réun^sseot et âe revoient après trenle^ijiq loo^îiies annéfis J'une séparation Ibroée ! ce spectacle eist trop beau , trop grand pour qu'une f^lwi^e puisse le

retracer ! Tout ici est noble et touchant : ce sont deux firères séparés par leur bourreau , qui se réunissent pour combattre Fennemi comfnun ^ celui qui a porté la destruction et la mort au sein de la famille^ au Cbyer paternel. Réunis^ ils seront les plus forts.

Les étendards se confondent^ tes bannières se croisent ; l'Aigle blanc de Pologne se mêle au Cheralier de Lithuanieybu plutôt les deux drapeaux n'en forment plus qu'un^ sur lequel on lit : Mouronê pour ia pairie et la liberté ! On s'embrasse ^ on échange les armes ; les cœurs et les larmes sont confbndiis^ un cri unanime s'é* lève de dix mille bouches à la Ibis et va frapper le ciel) le ciel l'entend et la réunion est coasomiïiée : c'est le cri d'indépendance et de fraternité^ d'union ^t de haine aux bouireaux*

J'assistai à ce niomeac sublime y aussi je puis eu pai'l» ; oe sera un des jours les plus solen* sels de ma vie! Oh ! il était beau le ^[>ectacle de deux armées se réunissant pour soutenir la Htéme lutie! je les vois encore telles qu'elles

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