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rentre dans le ton d'ut majeur. Ici le morceau est parvenu à son summum de sonorité, avec le chant à la main gauche, puis en octaves à la basse. Notons encore un retour du motif alangui, se divisant entre les deux mains, une réexposition en majeur de l'idée principale, avec fusées, quelques « échos » martelés fortissimo formant coda et une fanfare stridente pour la cadence finale.
Si fantaisiste que paraisse cette bourrée, il me paraît d'un romantisme excessif d'y voir, comme M. Désaymard « une imagination macabre et, par endroits, empreinte de mysticisme, un ballet de la mort, mais rustique et dansé en sabots ».
SERVIERES.
C'est un fait d'observation que la corpulence inspire, sans que Ton sache pourquoi, sympathie et confiance. La rotondité physique fait supposer la franchise, l'accueil aimable, la main tendue, l'obligeance. Dire de quelqu'un : — « C'est un homme tout rond ! », c'est faire son éloge ! Préjugé trompeur car cette rondeur apparente se concilie parfois très bien avec l'hypocrisie, le plus féroce égoïsme et même la perfidie. Un gros homme peut être un faux bonhomme ! Tel n'était pas le cas de Chabrier. Il y avait en lui un besoin d'afiPection, une sensibilité vraie.
« Il était foncièrement bon et tendre, écrit son biographe, bienveillant et prompt à la sympathie ^ » Il l'inspirait d'ailleurs car Chabrier n'avait que des amis. Même « il était pieux à ses heures, nous assure-t-on ; il gardait une dévotion, artistique et mystique, à Notre-Dame-du-Port, la Vierge miraculeuse de
I. M. Legrand-Chabrier y insiste dans l'article qu'il a donné à la Reçue S. I. M. du i5 avril 191 1 : En hommage à Emmanuel Chabrier.
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Clermont-Ferrand. Certain jour, sortant avec d'Indy, de chanter des motets dans une église, sous la direction de Bordes, il s'écriait, encore frémissant : « Ah ! mon petit, la religion,... il n'y a que ça ! « Très vagues cependant étaient ses notions religieuses sur le christianisme. Composant Briséis^ il parlait d'une scène qui se passait au second acte, dans un monastère de femmes, et il disait à son interlocuteur : « Toi, B... qui as été élevé chez les calotins, tu verras çà ! Je leur en ai f. ..u des Chanoinesses ! ^ »
Cette sensibilité nerveuse de gros homme qui n'aime pas voir faire de mal aux bêtes, lui mettait les larmes aux yeux pour un rien, décelait une réelle tendresse de cœur. Celle-ci se manifesta par son dévouement aux siens, dans les touchantes Lettres à sa vieille bonne Nanine, qui ont été récemment publiées ; elle s'exprimait aussi sous la forme musicale, dans la grâce délicate et charmante de ses thèmes « féminins ». Il est rare de trouver chez Chabrier un morceau sentimental comme celui qui porte ce titre : Mélancolie, mais, même dans ses pièces purement rythmiques les plus agitées, les plus frémissantes, les plus dynamiques, il y a toujours un élément de ten-
I. Il voulait dire: des diaconesses. Tel est le terme qu'emploient les librettistes, au second acte de Briséis.
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dresse et de grâce caressante. Je l'ai fait observer plus haut pour la Bourrée fantasque ; il en est de même dans le Scherzo-çalse^ dans le trio du Menuet pompeux et, si brève que soit l'idée chantante, dans la Joyeuse marche. Cette tendresse qui, dans ses opéras, caractérise les caractères de Gwendoline et de Briséis, même, si l'on y tient, de la serve Minka, cette sensibilité qui s'épanche, avec une plus grande élévation d'idées, dans VOde à la Musique, il est singulier que Chabrier ne l'ait pas retrouvée dans la forme d'art où elle doit s'épanouir en toute liberté, c'est-à-dire dans celle du lied. Ses mélodies : Chanson pour Jeanne, Credo d'amour. Lied, sur des vers de Mendès, Tes yeux bleus (p. de Rollinat), Toutes les fleurs (p. d'Ed. Rostand), Vile heureuse (p. d'Ephraïm Mikhaël), timides de formes, malgré leur hardiesse apparente, ne sortent pas du type à couplets, manquent de sincérité et de profondeur ; elles n'offrent ni les accents ressentis et passionnés des lieder de Lalo, Fauré, Duparc, Chausson, ni le tour plus régulier, agréable à l'oreille, des mélodies de Gounod, Bizet, Saint-Saëns, Massenet. Ce sont des mélodies de salon, plus contournées, moins chantables que d'autres, sans rien de très personnel. La meilleure me semble être Les Cigales, dont la vibration réaliste est assez
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curieuse, mais dont le refrain dansant, banal, est dans le style d'Augusta Holmes. Même ressemblance dans l'Ile heureuse, strophes langoureuses à 3/4, en triolets à la Massenet, d'un rythme de valse très accusé et dont on a fait d'ailleurs une valse. L'auteur avait du reste pour le talent d'Augusta Holmes, une admiration convaincue dont s'étonnaient ses amis comme d'un manque de goût et de sens critique.
Il y a, dans ces romances, un fond de vulgarité que le compositeur s'évertue en vain à déguiser. On sent qu'il a débuté par l'opérette ; sa muse lyrique ne lui inspire pas des strophes très supérieures aux couplets qu'il aurait pu écrire pour une diva des Bouffes ou un chanteur des Variétés. Il trouve donc tout naturellement le ton qu'il faut dans les pièces vocales, — dédiées à des chanteurs d'opéra-comique et d'opérette : Jeanne Granier, Milly Meyer, Lucien Fugère, — et que j'appellerai : la série « zoologique », c'est-à-dire la Ballade des gros dindons, la Villanelle des petits canards et la Pastorale des cochons roses, qui ont bien pu donner plus tard à M. Ravel l'idée singulière de mettre en musique quelques-unes des Histoires naturelles de Jules Renard.
De ces trois pièces humoristiques, la Villanelle des petits canards est, h mon avis, la plus réussie : son allure cahotante imite spirituel-
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lement la titubation gauche des canetons ; de même dans la Ballade^ le musicien a su rendre la démarche pédante et lourdaude du dindon, son air bête et important. La moins bien venue me paraît être la Pastorale^ qui module beaucoup (et assez maladroitement) pour des couplets d'opérette, à moins que par cette fréquence de modulation, l'auteur n'ait voulu simuler l'humeur vagabonde, erratique, du porc, qui trotte, va, vient, s'arrête, fouille et repart, au gré de ses instincts...
Je préfère de beaucoup ces fantaisies spirituelles et sans prétention aux mélodies sentimentales de Chabrier, qui ne semblent avoir été écrites qu'en vue de la vente et sans intention de rénover la forme du lied. Une lettre de l'auteur à ses éditeurs - ne laisse aucun doute à cet égard :
« C'est très clair, cette musique-là. Dans dix ans, on sera très fort, mes enfants ; ce que je fais sera du Nadaud, vous verrez ! Dans la romance, dans le morceau court, il faut chanter, avant tout. Mainte-
1. Au genre boufife appartient aussi un Duo de l'Ouvreuse de V Opéra-Comique et de l'Employé du Bon Marché, composé par Chabrier pour une revue mondaine de MM. Paul Fuchs et Henry Lyon : Cent moins un, jouée chez M™' Henriette Fuchs, et publié en avril iSgS par le Figaro musical. Ce duo fut interprété par M"« E. F. et M. Julien Tiersot, actuellement bibliothécaire du Conservatoire national de Musique.