‹ Emmanuel Chabrier 1841-1894Chapitre 16 sur 27 · Revue S. I. M. du i5 février · texte numérisé non relu

Revue S. I. M. du i5 février

Chant

Piano

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Extrait de la Ballade des gros dindons (Enoch et C'=, édit.) exemple de style bouffe.

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nant qu'on arrive à ne plus f. .. de mélodies carrées dans les opéras, il faudra bien pourtant en mettre quelque part. On lâchera ça dans les romances ! »

En dépit de ce goût naturel pour le « chant », l'écriture vocale de Chabrier est invraisemblable ; elle impose à la voix les déplacements les plus ardus et les plus baroques, les notes les plus tendues ou les plus graves, les sauts les plus hasardeux, septièmes, neuvièmes, douzièmes parfois (voir la citation de la Ballade des gros dindons) et des portamenti a l'italienne de mauvais goût. Dans les ensembles, il se plaît aux frottements de seconde, dont la justesse est si problématique et que les voix ne peuvent jamais soutenir longtemps, aux écarts dissonants les plus scabreux comme dans le refrain du duo d'Henri de Valois et d'Alexina, dans le duo d'amour de Gwendoline, par réminiscence des extases de Tristan et Isolde^ ou comme dans le chœur d'effroi des Danois massacrés par les Saxons *. Le plus singulier c'est qu'il n'en voulait pas convenir et donnait h son éditeur toute sorte de bonnes raisons

I. « Comment M. Chabrier a-t-il pu, écrivait Reyer dans le Journal des Débats du i8 avril 1886, écrire cette succession d'accords dissonants que théoriquement je ne me chargerais pas d'expliquer, dans la partie chorale qui termine le premier tableau du second acte? Je sais bien que ce sont des cris poussés par des soldats qu'on assassine; mais en seraient-ils moins des cris de terreur s'ils étaient écrits correctement ? »

l38 EMMANUEL CHABRIER

pour lui prouver qu'avant lui, Meyerbeer, Rossini lui-même et après eux, Wagner, avaient été accusés de briser l'organe des chanteurs.

« Quand un compositeur débute, la légende des gens graves est d'affirmer qu'il ne sait pas écrire pour les voix ; s'il réussit, à son troisième ouvrage les mêmes gens graves ne disent plus rien. Tout ça, c'est des clichés et des poncifs ^ ! »

Dans sa riche collection d'autographes, M. Ch. Malherbe possédait une mélodie vocale de Chabrier inédite. Daté de juillet 1870 et dédié à M"^ Louise Albouy, ce manuscrit provient des papiers de l'éditeur Hartmann, qui... ne le publia pas. Le texte choisi est l'admirable Invitation au voyage de Baudelaire.

Notée à 6/4 en mi mineur (et en ini majeur au refrain), la mélodie comporte un emploi fréquent des accords de neuvième (déjà !) ; mais le plus singulier, ce sont les contorsions de la ligne mélodique : les sauts de septième, les ports de voix du plus mauvais goût y abondent et aussi les cassures du rythme. Dans : Aimer à loisir^ aimer et mourir^ le compositeur introduit un silence entre à et loisir^ entre : et et mourir. Après le vers :

Brillant à travers leurs larmes.

il ajoute un : Ah! avec soupir vocalisé sur saut

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