Revue d'art dramatique, n»' des 5 et 20 octobre
un de ses biographes % dès le xviii" siècle, établie dans une situation notable au chef-lieu de cette région, à Ambert, C'est là qu'Alexis- Emmanuel Chabrier-Durosay naquit, le i8 janvier 1841, dans une maison de l'avenue de la Masse. Nul berceau d'artiste ne fut environné de plus beaux paysages. Au seuil du pittoresque Velay, proche de la Chaise-Dieu, Ambert est assise sur les bords de la charmante Dore, dont la vallée s'incurve entre les monts du Forez et ceux du Livradois. Hors de ses remparts ruinés, elle s'épanouit doucement dans les prairies ; sans transition, on passe de la petite ville à la pleine campagne ; et c'est, alentour, une triple guirlande de verts pâtis, de sapins bleu-noir et de cimes mauves. »
M. Désaymard donne aussi des détails intéressants et précis sur l'ascendance et les études de Chabrier : il tenait de sa famille paternelle son tempérament, le « caractère Chabrier », suivant l'expression des gens d'Ambert, — vivacité d'intelligence, mobilité d'impressions, certain désir d'étonner, enfin une nervosité excessive. « La carrière traditionnelle des Chabrier était la magistrature ; son grand-père, Alexis Chabrier, était juge à Ambert » ; son père,
I. J. Désaymard, Un artiste auvei-gnat : Emmanuel Chabrier, I br. in-S", tirage à part de la Revue d'Auvergne, Glermont-Ferrand, 1908.
4 EMMANUEL CHABRIEB
Jean Chabrier, avocat, mais avocat peu occupé comme peut Têtre, dans une petite ville, un rentier possédant quelque aisance et pour qui cette profession représente plutôt un titre honorifique. Elle ne l'empêcha pas de venir se fixer à Clermont-Ferrand dix ans plus tard, puis à Paris en i856, pour suivre les études de son fils au Lycée départemental et au Lycée Saint- Louis, La mère du jeune écolier, Evelina Durosay, élancée, souple, gracieuse, « était musicienne, aimant, comme tous les gens du Bourbonnais, le monde, la danse et les fêtes ». C'est d'elle sans doute que Chabrier hérita ses aptitudes artistiques.
Dès l'âge de six ans, le petit Emmanuel avait commencé à Ambert, l'étude de la musique, avec un Espagnol réfugié, nommé Saporta. « Un jour que l'élève ne jouait pas au goût du maître, celui-ci, d'un caractère violent, leva la main. A ce moment, Nanette, — la servante qui éleva Chabrier et vécut chez lui presque toute sa vie — entrait dans la pièce. Elle vit le geste, bondit sur Saporta et lui rendit la gifle qui venait de claquer sur la joue d'Emmanuel. Et pour qu'il n'y ait pas mécompte, elle la rendit plusieurs fois \ » Cette mésaventure n'empêcha pas le professeur de continuer ses
I. Préface des Lettres à Ncininc, par Legrand-Chabrier. br. in-i8, Paris, igio.
eçons, mais la crainte de la terrible gardienne le rendit plus patient.
A l'âge de dix ans, Chabrier entra au Lycée de Clermont-Ferrand. « Emmanuel fut, au collège, un assez bon élève, intelligent, aimable, un peu turbulent, mais surtout très préoccupé de musique... Il recevait les leçons d'un bon violoniste, nommé Tarnowski et s'essayait déjà à de menues compositions '. »
A cette période, évidemment, appartient un morceau de piano, daté de janvier i856, tiré en autographie et dont M. Charles Malherbe possédait un exemplaire qu'il a bien voulu me montrer. Il est en lé {yivace^ puis allegj'etto h 2/'4) et porte ce titre bizarre : Le Scalp (!), qui dénonce la hantise du collégien par la lecture des romans de F. Cooper et de Mayne- Reid... Ce collégien, écrit M. Désaymard, <( n'était pas encore bien fixé sur l'art qui le rendrait célèbre ; la peinture, où il réussissait, le sollicitait presque à l'égal de la musique ». Pour trancher la question, le père décida qu'Emmanuel ferait son droit et la famille vint s'établir à Paris, rue Vaneau.
Entré au Lycée Saint-Louis en i856, Chabrier passa son baccalauréat en i858 et s'inscri- V en effet à l'Ecole de droit. Tandis qu'il ter-