Publiée dans la Revue S. I. M., du i5 janvier
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teurs, qui attendent leur tour, indéfiniment, « avec des floppées de partitions dans les armoires..., enfin, tous, excepté Delibes, Massenet, Gounod et Ambroise ! Pour conclure, c est le dernier des métiers ! »
De plus, comme l'Opéra-Comique allait lui jouer, l'année suivante, le Roi malgré lui, on l'aurait, non sans raison, prié de patienter pour entrer à l'Opéra. Chabrier se tourna donc du côté de l'étranger, (nvendoline ne comporte que trois personnages (par une bizarrerie voulue qui est bien de l'artiste, le rôle du vieillard est donné à un ténor) ; c'est cette circonstance qui lui valut probablement la faveur des théâtres étrangers i, car l'œuvre n'est facile ni à apprendre ni à exécuter. D'autre part, la représentation an Roi malgré lui à l'Opéra-Comique en mai 1887, augmenta la notoriété du nom de l'auteur, lui conféra une consécration officielle en quelque sorte.
Wagnérien fervent, Félix Mottl, le Generalmusikdirektor de Karlsruhe, avait entendu parler de Gwendoline^ peut-être par le ténor VanDyckque Chabrier avait connu chez Lamoureux. L'éditeur fit traduire le livret en allemand. L'auteur espérait que son œuvre pour-
I. Gwendoline fut jouée à Leipsick le 14 février 1890, à Dresde le i5 juillet, à Munich le 3o novembre ; puis à Stuttgard, à Dusseldorf.
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mit être jouée sur la scène badoise en marsavril 1888. Une série de lettres à Félix Mottl, publiées récemment *, nous permet de suivre les démarches du compositeur. Eu février 1888, Chabrier faisait un voyage en Allemagne et en Autriche. A Vienne, il rendait visite a Hans Richter, à qui Mottl l'avait recommandé.
« Votre lettre à Richter a produit le meilleur effet. J'ai eu deux séances avec lui, Tune pour Gwendoline^ Fautre pour le Roi malgré lui. Richter s'est montré //-es, très satisfait, mais il m'a laissé comprendre qu'un opéra-comique était plus attendu ici qu un opéra ; je crois donc que c'est le Boi qui leur conviendra. Jahn - et Richter auront, dans quelques jours.
1. Revue S. I. M. du i'> janvier 1909. Voir aussi ses lettres à M"^ Em. Chabrier, datées de Brunswick et de Karlsruhe, publiées parla même revue, le i5 avril 191 1.
2. W. Jahn était alors directeur de l'Opéra de Vienne et Hans Richter, Kapellmelster au même théâtre. A ce propos, l'éditeur des Lettres de Chabrier dans la Revue S. I. M., relève à tort une prétendue erreur de Chabrier. Sous le prétexte que la lettre à Mottl du 21 février 1888 est datée de Berlin, et commence en ces termes : « Cher ami, je suis enchanté de m.on séjour dans votre ville natale », il s'imagine que Chabrier croit Mottl originaire de Berlin et il met en note : « Félix Mottl est autrichien et né aux environs de Vienne, » Mais l'erreur est le fait de l'éditeur, au contraire. Chabrier arrive de Vienne où il a conféré avec Richter et il en parle en ces termes : « Une belle ville et de belles femmes ! » C'est donc bien de Vienne qu'il s'agit.
L'attribution des dates de plusieurs de ces lettres est également erronée. Il est invraisemblable par exemple qu'en i883, Chabrier écrive qu'il vient de relire l'orchestre du
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le poème du Roi et, s'il leur convient, ils monteront immédiatement Fouvrage ».
A Vienne, les démarches de Chabrier n'aboutirent ni pour Gwendoline, ni pour le Roi malgré lui^ et pas davantage à Berlin où d'ailleurs l'on ne monte que les opéras consacrés par le succès sur les autres scènes allemandes. Il était plus heureux à Karlsruhe ; à la fin de 1888, Mottl faisait étudier Gwendoline et l'auteur reconnaissant, lui écrivait le 29 octobre : « Je convoquerai tous mes amis de Paris : Franck, Fauré, d'Indy, Lalo, Messager, Reyer, Widor ; tout ça viendra à Karlsruhe ; je voudrais etnbê- Zer les théâtres de Paris qui ne jouent pas ça.., Lamoureux m'a promis de venir aussi, — de plus, je compte sur votre bonne amitié pour faire signe, le moment venu, aux directeurs et kapellmeister voisins ; je tiendrais à avoir Lévi de Munich que j'ai connu il y a sept ou huit ans. Enfin nous arrangerions tout cela pour le mieux. »
Le 3o mai 1889, le théâtre grand -ducal représentait l'opéra de Chabrier avec cette interprétation : Gwendoline (M""^ Mailhac) ; Harald, (M. Rathjens) ; Armel (M. Obcrlander). L'orchestre était naturellement conduit par Félix
3« acte du Roi malgré lui, qui n'était pas écrit et qu'il fasse allusion au ballet de la Tempête, de Thomas, joué à l'Opéra
Mottl. Plusieurs musiciens et journalistes français étaient venus, par amitié pour Chabrier, assister à cette première.
A Karlsruhe, le succès de Gwendoline fut assez marqué pour qu'Hermann Lévi consentît à son tour à monter Touvraoe a Munich. Gvven-
doline y (ut représentée le 20 novembre 1890', avec l'étoile du Hoftheate\\ M^'^Ternina, comme interprète du rôle principal, les autres rôles étant tenus par le baryton Brucks et le ténor Mikorey. Le compositeur fut rappelé quatre fois.
Lorsqu'à l'automne de 1890, Verdhurt, l'ancien directeur du Théâtre de la Monnaie, loua la salle de l'Eden-Théâtre - pour le consacrer à la musique dramatique, il se proposait de donner à Chabrier la revanche qui lui était due.
1. Le 18, Chabrier écrivait de Munich : « J'ai été reçu admirablement par l'Intendant et le chef d'orchestre, qui adore ma musique (il est l'ami intime de MottI, celui de Karlsruhe) et ne me quitte pas d'un pas de pigeon. Aujourd'hui, je dîne chez le plus grand peintre de l'Allemagne, un nommé Lenbach, qui est richissime et habite un vrai palais. » Lettres à Nanine, i br. in-S», Paris, 1909.
2. C'est là que Samson et Dalila de Saint-Saëns, que le même directeur avait le premier monté en France, au Théâtre des Arts, de Rouen, le 3 mars 1890, a été joué pour la première fois à Paris, le 3o octobre 1890 et non le 3i octobre 1891, comme je l'ai imprimé par erreur dans ma notice sur Saint-Saëns de la Musique française moderne, i vol, in-i8, Paris, Havard fils, 1897.
Chabrier fait allusion à ce projet clans plusieurs de ses Lettres à Naiiine'. Il espérait entrer en répétitions en décembre, mais décidément Verdhurt portait la guigne à Chabrier, — ou réciproquement, — car l'exploitation de son Théâtre Lyrique cessa au bout de deux mois et Gwendoline ne vit le feu de la rampe, à Paris, que le a8 décembre 1898, après avoir fait un stage h Lyon, en avril de la même année ".
Sur la scène de notre Académie nationale de musique, l'interprétation fut remarquable avec Renaud dans le rôle d'Harald, convenable avec Vaguet dans celui d'Armel, médiocre avec M"' Berthet dans le personnage de la jeune saxonne.
Quant à l'orchestre, il fut conduit par Mangin, chef très inférieur à ceux qui avaient dirigé l'œuvre en Allemagne et même à Lyon. Mais le pauvre Chabrier n'était plus en état de faire la comparaison... Son cerveau, atteint par la paralysie générale, qui devait l'emporter l'année suivante, ne percevait plus exactement ce qui se passait sous ses yeux. Malgré l'enthou-
1. Le 8 septembre 1890 : « Il est question de monter Gwendoline à l'Eden, chez Verdhurt ». Voir aussi la lettre du i5 novembre.
2. Direction Poncet: chef d'orchestre, Luigini; interprètes, M"" Verheyden, le baryton Mondaud, le ténor Dupuis.
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siasme qui l'accueillit à la première, Gwendoline n'eut alors que quatorze représentations *. Parmi les projets de M. André Messager lorsqu'il fut nommé directeur de l'Opéra, figurait celui de remettre Gwendoline awréT^erioiYe. Il l'a accompli le 3 mai 191 1 et il a lui-même dirigé l'orchestre à cette reprise ^ Une ovation lui fut faite après l'exécution de l'ouverture ^.