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furieux, veut la tuer, Henri la protège. Mais les conjurés s'agitent, apeurés et la cadence : A r unanimité devientle thème d'un finale d'opérette, qui se trémousse, avec une bouffonnerie grotesque et lourdaude, exprimant l'émoi des seigneurs polonais. Un crescendo chaleureux, adroitement conduit, le fait aboutir à la reprise, soutenue par le tutti bruyant de l'orchestre, de l'ensemble : Par VEvangile et Notre- Dame !
En guise d'entr'acte, le musicien a rappelé le duo-barcarolle du second acte. Au lever du rideau résonne une joyeuse mazurka en ut majeur, qui, à la rigueur, pourrait être signée Delibes. Sur ce rythme persistant, les récits dialogues de Fritelli et de l'aubergiste se terminent par un petit ensemble : Donc acclamons V archiducal ! Dans la scène de ménage entre Fritelli et Alexina, l'Italien chante deux couplets en si [; ; Je suis du pays des gondoles dont la période mélodique en triolets rapides, évoque l'allure de la saltarelle, en contraste avec le refrain dont la lourdeur pataude caractérise les « ours fort mal léchés ». Inutile d'ajouter que cette ethnographie d'opérette n'a rien d'authentique comme caractéristique des habitants de Cracovie !
Le troisième acte renferme encore un nocturne à deux voix (6/8 en ré [?) : Alexina et
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Minka échangent la confidence de leurs tristesses et de leurs craintes pour celui quelles aiment sous le même nom. Dans un arioso en la mineur assez expressif, Minka pleure son amoureux... A l'arrivée de Nangis, elle se jette dans ses bras en s'écriant : Quoi, cest lui^ cest bien lui que je vois '. sur un rythme appassionato à 6/4, d'allure tsigane. Comme elle continue à prendre Xangis pour le roi, sans que celui-ci la détrompe, le thème de la chanson : Je suis le roi est ramené plusieurs fois dans l'orchestre, avec esprit. Quant à l'ensemble (à 4/4, en l(^ majeur) : Pour planer dans Vair libre et pur, il est d'une coupe franche, mais banale. Il y avait en outre, à l'origine, un rondeau à deux voix (en la'if a 3/4) entre Alexina et Henri : Ah! d'amour plus un tnot! sur un rythme saccadé de mazurka, qui a été déplacé dans la partition actuelle, transposé et attribué à Fritelli et à sa moitié. Je l'ai signalé plus haut. Sur la petite marche en ut majeur de la garde royale, les soldats ramènent le roi. Fort penaud de sa mésaventure, Henri reproche à Nangis de l'avoir fait arrêter. Mais la serve Minka s'accuse. — Ou plutôt, dit-elle, c'est l'amour ! et elle en profite, de par l'insupportable convention d'opéra-comique, pour lancer le refrain de sa chanson tsigane, avec vocalises chromatiques... Faut-il voir dans ce rappel un
leitniotw ou une concession à la chanteuse ? Le rôle de leitmotiv appartient plutôt au thème passionné du premier acte, qui revient ici sous les paroles : Pour femme à Nangis je te donne et au refrain du duo-nocturne , qui exprime les intentions du roi sur Alexina. La reprise du chœur à 2/4 en la majeur : Vive le roi de Pologne! Vive le roi malgré lui ! sert de finale, comme dans un opéra-comique de Guiraud.
Ainsi est disposée cette curieuse partition. Opérette à l'origine, elle se hausse parfois au ton de Topéra-comique, se guindé même jusqu'à celui de Fopéra. D'où le contraste prolongé et parfois fatigant qui s'y produit entre le grotesque des scènes de boulTonnerie et le tour prétentieux, faussement poétique, des pages sentimentales. Je déclare tout de suite du reste goûter moins celles-ci que celles-là. La serve Minka, qui, en un langage pseudo-oriental, déclare son amour à Nangis, dévoile à Henri les complots qui menacent son règne en Pologne, sauve et compromet tour à tour, tantôt le roi, tantôt son amoureux, prodiguant les vocalises et les chansons tsiganes, est une de ces figures artificielles d'opéra-comique copiées de plus ou moins près sur Mignon et dont le convenu, imputable surtout aux librettistes, étonne dans une œuvre de Chabrier. L'autre
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rôle de femme, la grande dame polonaise Alexina, avec ses airs de bravoure, est aussi faux dans son genre. Les autres personnages sont mieux dessinés. Henri de Valois, léger, galant, crâne et spirituel, qui fait tout pour fuir le trône de Pologne, va jusqu'à conspirer contre lui-même et n'aboutit qu'à se faire couronner roi malgré Z?/i ; Nangis, brave, chevaleresque et dévoué ; Fritelli, grotesque barbon d'opérette ; Laski, le grand palatin, fantoche de conjuré, vont, viennent, intriguent et se jouent les uns des autres comme des pantins de vaudeville ; la musique parvient à animer leurs caractères divers. Mais, à mon avis, le mélange du sérieux empêche souvent de goûter dans cette œuvre, la joie des inventions divertissantes du compositeur.
« A la première représentation, un simple détail de mise en scène, écrivait Ernest Reyer, a pu luimême égarer le sentiment du public, qui ne savait plus s il devait rire ou s'ébahir. Je veux parler de ces énormes plumes attachées comme des ailes au dos des gardes du roi. De loin, c'était comme un immense feuillage sombre et il semblait qu'on voyait s'avancer la forêt de Birnam. »
Néanmoins, grâce au talent de Bouvet chargé du rôle d'Henri de Valois, chanteur expérimenté, adroit comédien (il avait eu le tort seulement de ne point aller se documenter au
Louvre où il aurait appris du portrait de Jean Cousin, « qu Henri III était brun et non roux^ ))), grâce h la verve de Fugère, fort amusant dans le duc de Fritelli, h la bonne mine et à l'aisance du ténor Delaquerrière (Nangis), aux voix fraîches et agiles de M"'^ Isaac, alors grande favorite du public de TOpéra-Comique (Minka) et de M"" Cécile Mézeray (Alexina), au brio de l'exécution orchestrale, dirigée par Danbé, le Roi malgré lui avait réussi. Mais la malchance de Chabrier voulut qu'après trois représentations^, la carrière de son ouvrage fût interrompue par l'incendie du 25 mai 1887. On vit le compositeur accourir sur le lieu du sinistre, errer parmi les décombres à la recherche de sa partition. Elle avait été sauvée heureusement et l'on put remettre en scène, le 16 novembre suivant, dans la salle du Théâtre des Nations \ l'ouvrage de Chabrier, qui obtint encore 17 représentations, dont 10 en 1887 et 7 en 1888.
En somme, le Roi malgré lui peut être considéré, selon moi, comme l'ouvrage le plus soigné qu'ait écrit Chabrier pour la scène, résumant le mieux ses dons innés d'invention rythmique, de gaieté bouffonne, de coloris ins-