‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 110 sur 269 · LA QUITTANCE · texte numérisé non relu

LA QUITTANCE

ment auprès de toute une Yille dans laquelle vivent encore la plupart des témoins oculaires, vu le peu de temps écoulé depuis 17o6 (1759).»

On ne procède pas à une enquête avec plus de soin que ne fit Kant, et on n'en rapporte pas le résultat avec plus d'impartijilité. Celle de Kant est d'autant plus admirable qu'il se soUciait moins de croire à la réalité du fait et qu'il conclut néanmoins plus formellement en faveur de cette réalité. Yoici ses propres termes :

Que peut-on objecter contre la crédibilité de cet événement?

Et il paraît accorder la même foi à un second fait tout aussi extraordinaire et peut-être davantage , à ce fait que le sceptique philosophe, dans la même lettre, discute le premier. Il a tort de le prendre d'abord, mais il a bien raison de le discuter avec son amie, puisqu'il devait être bientôt, et qu'il a été, de même que la perception de l'incendie, l'objet de tant de légendes, de traditions si bizarres et d'objections si nombreuses qu'on en aurait pris difficilement une idée juste , si le philosophe ne s'en était pas mêlé. En eifet , on remplirait aisément un volume des commentaires et des broderies dont ce fait est devenu le romanesque canevas dans un très-court espace de temps.

Donnons d'abord les éléments les plus purs du fait; nous écouterons ensuite Kant de nouveau.

La veuve du ministre de Hollande à Stockholm, madame de Marteville, priée par un créancier de régler une dette, se rappelait parfaitement que cette dette avait été payée par son mari, mais elle ne pouvait en retrouver la quittance. 11 s'agissait d'une somme de vingt-

DE MADAME DE MARTEVILLE. i^i

cinq mille florins de Hollande, et madame de Aîarteville était d'autant plus émue de la réclamation qu'elle se voyait à peu près ruinée si elle était obligée de fournir cette somme, qu'elle se souciait peu d'ailleurs de payer une seconde fois. Qu'en arrivera-t-il?

Elle se rencontre avec Swedenborg et, huit jours après, elle voit dans un songe ou en réalité feu M. de Marteville qui lui indique le meuble où se trouve la quittance avec une épingle à cheveux garnie de vingt diamants qu'elle croyait perdue aussi.

Certes voilà, ce semble, un fait assez extraordinaire pour que l'imagination la plus aventureuse s'en contentât, sans rien y ajouter de plus extraordinaire encore. Mais l'esprit de l'homme, qu'on connaît essentiellement poëte et romancier, loin de l'accepter sous sa vraie forme, s'empara de ce fait pour l'arranger à ses goûts, le draper et le décorer d'une façon qui bientôt ne permit plus de le reconnaître dans sa primitive simpUcité, si merveilleuse qu'elle fût.

Et que d'erreurs de dates et de noms , que de folles et absurdes suppositions on a mêlées au premier canevas dans les grossières broderies qu'on a jetées dessus !

D'abord madame de Marteville devient madame de Harteville, puis madame de Martefeld, puis comtesse de Martefeld, et enfin comtesse de Mansfeld.

Ensuite la chose s'est passée en toute autre année qu'en 1761, sa ^Taie date, date que nous nous dispensons de démontrer par des extraits mortuaires et des rapprochements chronologiques qu'il serait aussi fastidieux d'étaler qu'ils sont décisifs.

De plus, chez l'un des mille narrateurs de l'anecdote,

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