‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 111 sur 269 · LES LIVRES SECRETS · texte numérisé non relu

LES LIVRES SECRETS

il s'agit du payement d'un service de table , chez l'autre de celui d'une terre, chez d'autres encore d'une fourniture de quelques pièces de drap.

Quant à la quittance retrouvée, on jette encore plus de poésie et plus de richesse dans les variantes que dans celles qui se rapportent aux autres circonstances.

Qui est-ce qui en a indiqué la cachette ? Écoutez :

C'est d'abord Swedenborg, qui a connu ce secret et d'une manière étrange. Il avait vu ce papier dans un livre que lui avait prêté M. de Marteville ; il s'en est souvenu au moment opportun et sachant où ce volume, vu son leste contenu, devait se trouver caché, il a tiré un merveilleux parti de sa brillante mémoire et de sa savante combinaison.

Je passe les broderies sur ce livre même, quoiqu'on ait imaginé que ce fut le Dictionnaire de Bayle.

Mais tout cet échafaudage est posé sur un grain de sable. Il est certain que Swedenborg n'avait jamais vu M. de Marteville en sa vie , donc certain qu'il n'avait jamais remarqué aucun de ses livres et d'ailleurs trèsprobable que M. le ministre ne tenait pas de livres lestes.

Alors, c'est une autre version qu'il a fallu trouver. On en a trouvé une. C'est un des Esprits de Swedenborg, dit l'un , qui lui a indiqué la cachette.

Mais non, dit l'autre, c'est M. de Marteville lui-même, qui s'est chargé de donner cette indication à sa veuve embarrassée.

Cela n'est pas probable, ajoute le troisième, car dès lors, qu'y aurait-il de commun entre cette quittance retrouvée et le célèbre Voyant?

On le sent, pour voir clair dans le fait, il faut laisser

UN SONGE. Jo3

là suppositions, erreurs et broderies : tout cela, né de cette prodigieuse fécondité de l'esprit hurnain, qui est sa gloire et son orgueil et qui se ferait admirer davantage si elle se mettait plus au service de la raison et de la vérité qu'à d'autres, tout cela, dis-je, ne mérite pas un examen plus prolongé. Voyons donc ce qu'il y a de vrai dans cette affaire et pour cela écoutons le témoin le plus sûr, le mieux instruit et le plus véridique. Ce témoin, c'est évidemment l'homme qui aurait dû payer, si la quittance ne s'était pas retrouvée, le second époux de madame de Marteville, le brave général d'E., qui est d'autant plus digne de notre confiance qu'il ne se montre ni l'ami ni l'ennemi de Swedenborg.

Le Voyant était mort depuis trois ans. Un savant ecclésiastique écrivit à madame de Marteville pour savoir ce qu'il devait penser de la fameuse légende. Madame de Marteville étant souffrante , le général , son mari, fît au ministre la réponse qui suit :

LETTRE DU GÉNÉRAL d'e.

G., le n avril 17 75.

« Très-vénérable, très-savant et très-honoré monsieur le Pasteur,

« Une indisposition prive ma femme du plaisir de répondre elle-même à la lettre de Votre Révérence et m'impose l'agréable obligation de vous raconter dans sa véritable connexion une histoire qui parait vous intéresser si vivement. De même qu'il arrive difficilement un fait réel auquel le récit ne mêle pas d'inexactitude, cela est arrivé aussi à ce sujet. Voici le fait.

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