LE COMTE SCHEFFER
— Je lui demandai aussitôt si le récit de ce qui s'était * passé entre la reine et lui était vrai. Il me répondit : « Dites-moi d'abord ce que vous avez entendu raconter, et je vous dirai ce qui en est vrai ou ce qui se serait passé autrement. « — Je lui dis que, le voyant pressé de s'embarquer, je pensais qu'il gagnerait du temps s'il consentait à me faire le récit directement. Il y acquiesça et me le fit tel que je l'avais appris dans des lettres écrites par des personnes dignes de foi ; mais il y ajouta ces détails :
Le conseiller comte Scheffer (les conseillers gouvernaient avec la reine) vint un jour lui rendre visite et lui demander s'il ne voulait pas l'accompagner à la cour le lendemain. Swedenborg lui demanda pourquoi, sachant fort bien qu'il avait d'autres affaires que d'aller à la cour, il lui faisait cette proposition. Le comte Scheffer lui répondit que la reine avait reçu, quelques jours auparavant, de sa sœur la duchesse de Brunswick, une lettre où celle-ci parlait d'un article de critique qu'elle avait vu, dans le journal de Gœttingue, sur un homme de Stockholm prétendant s'entretenir avec les trépassés, et où la duchesse s'étonnait de ce que la reine ne lui en disait pas un mot dans ses lettres. La reine avait demandé immédiatement aux personnes présentes s'il y avait à Stockholm un homme pareil et s'il n'avait pas l'esprit aliéné. Le comte avait répondu que, bien loin de là, c'était au contraire un homme trèsraisonnable et très-savant. Là-dessus la reine avait témoigné le désir de le voir, et le comte avait répondu qu'il était très-lié avec lui et qu'il lui exprimerait ce désir. Il le priait en conséquence d'accepter une invita-