UN CRITIQUE PERPLEXE
« Quelques jours après M. Swedenborg reparut avec la réponse, qui élait telle que la princesse, de son propre aveu, en fui dans la plus grande stupéfaction, disant qu'elle était véritable et que cependant aucun homme vivant n'avait pu la lui communiquer. »
L'homme de génie ne s'écria pas avec Grimm, qui n'était qu'un homme d'esprit : mais le moyen d'y croire ! Y croyait-il ? Non. S'en remettait-il au hasard de quelque solution future? Non. J'ignore même ce qu'il en pensait, mais voici ce qu'il fit. Dans tout le Nord les femmes se préoccupaient vivement du récit. Mademoiselle Charlotte de Knobloch, la spirituelle amie de Kant, voulait en avoir son avis. Le grand critique fit une enquête et écrivit, deux ans plus tard, à mademoiselle de Knobloch ce qui suit :
« Je tenais cette nouvelle d\in officier danois, mon ami et mon ancien élève, qui avait lui-même, avec beaucoup d'autres hôtes, à la table de M. Dietrichstein, l'ambassadeur d'Autriche à Copenhague, entendu lire la lettre où le baron de Lûtzen, ministre deMecklembourg à Stockholm, lui apprenait qu'il avait assisté, avec le ministre de Hollande auprès de la reine de Suède, à la singulière histoire que vous connaissez, mademoiselle. L'authenticité d'une telle nouvelle me rendit très-perplexe. Car on peut difficilement admettre qu'un ambassadeur mande à un autre, pour en faire usage publiquement, sur la reine d'une cour près de laquelle il est accrédité et sur un fait auquel il dit avoir été présent, une nouvelle qui ne serait pas vraie. Pour ne pas rejeter aveuglément, par un autre préjugé, le préjugé sur les apparitions et les visions, je trouvai raisonnable de