‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 129 sur 269 · KANT ÉCRIT · texte numérisé non relu

KANT ÉCRIT

m'enquérir plus exactement de cette histoire. J'écrivis audit officier de Copenhague et le chargeai de toutes sortes d'investigations. 11 me répondit, Qu'il avait de nouveau parlé au comte de Dietrichstein, que la chose était vraie et que le professeur Schlegel l'avait assuré qu'il n'y avait pas à en douter. 11 me conseilla en même temps, partant lui-même pour Tarmée sous les ordres du comte de Saint-Germain, d'écrire pour les détails à M. de Swedenborg en personne. J'écrivis à cet homme singuher, et ma lettre lui fut remise par un négociant anglais de Stockholm. On écrivit à Kœnigsberg, que ma lettre avait été bien reçue par M. Swedenborg et qu'il avait promi? d'y répondre. Mais cette réponse ne vint pas. »

J'ai déjà signalé cette habitude dans la vie de l'illustre Voyant, et je dois dire que, dans mon opinion, il n'eût pas fait d'exception pour Kant, si même il avait pu prévoir dès cette époque la haute illustration à laquelle arriverait un jour son correspondant. On sait quelle suite il donna aux lettres de "W^olf, à l'époque de la plus haute renommée du grand disciple de Leibnltz. Mais c'est un tort de la part d'un homme supérieur que de ne pas rechercher ses égaux dans l'empire de la pensée. Quel qu'il soit, l'homme est fait pour des rapports, elles rapports naturels du penseur éminent sont à cultiver avec soin. Swedenborg a-t-il failU à ce devoir? Dans l'ordre des sciences physiques, il recherchait les métallurgistes, les économistes et les nalurahstes; mais on dirait que, dans l'ordre des études morales, par principe, il s'éloignait ou passait à côté des métaphysiciens, des théosophes et des mystiques. C'étaient à ses yeux

des poètes. 11 comprenait même les théologiens dans cette catégorie ; seulement il leur adressait ses ouvrages pour les en faire sortir. Mais certes, à notre avis, il ne se présentait pas pour Swedenborg d'occasion meilleure de faire connaître la vérité au monde entier, qu'une réponse au plus impartial des philosophes.

c( Dans rintervalle, continue Kant qui n'eut pas cette réponse, je fis connaissance avec un Anglais distingué [Kant dit fin] qui se trouvait à Kœnigsberg Tété dernier, et que je chargeai, au nom de notre amitié, de prendre, à Stockholm môme où il allait, des informations exactes sur le don merveilleux de M. de Swedenborg. D'après son premier rapport, ladite histoire, au témoignage des personnes les plus considérables de cette ville , s'est passée exactement telle que je vous l'ai racontée. A cette époque il n'avait pas encore vu M. de Swedenborg; mais il espérait lui parler, quelque peine qu'il eût à se persuader de la vérité de tout ce que les gens les plus raisonnables de la ville racontaient de sa communication avec le monde des esprits. Bientôt ses lettres furent d'un autre ton. C'est que, depuis, il a parlé à M. de Swedenborg; il l'a même visité chez lui et il est dans une stupéfaction extrême au sujet de toute cette affaire. Swedenborg est un homme raisonnable, complaisant et ouvert. Il est savant, et mon ami m'a promis de m'envoyer, sous peu, quelques-uns de ses écrits. Il dit à mon ami, sans aucune réserve, que Dieu lui a donné la singuUère qualité d'entretenir les trépassés à son gré; il en appelle à des preuves tout à fait notoires. Interpellé au sujet de ma lettre, il dit l'avoir bien accueillie. Il y aurait répondu, n'était son dessein

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