‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 130 sur 269 · LE RÉCIT · texte numérisé non relu

LE RÉCIT

de faire connaître au public toute cette singulière affaire. 11 irait donc à Londres au mois de mai de cette année, et y publierait son livre, où se trouverait la réponse à ma lettre. »

Rien de plus pur, de plus philosophique que cette conduite de Kant. Ces doutes, ces enquêtes, cette ferme et simple résignation à ce qui sera trouvé authentique, conforme ou non à ce qui s'est toujours vu et toujours dit, sont dignes du plus grand des métaphysiciens.

Mais qu'est-ce qui sera authentique? Ce que nous venons de voir est le récit du "Voyant et de ses confidents ; c'est celui de quelques-uns de ces diplomates si heureux, à défaut de nouvelles de ce monde, d'en mander de l'autre. C'est enfin aussi celui des gens les plus considérables de Stockholm : mais où est le récit de la reine et celui de ses confidents?

Il se trouve un peu partout, et par conséquent un peu différent des autres, varié à l'infini, mais confirmatif en dernière analyse. De même que Swedenborg fit ses confidences au général de Tuxen et à d'autres, la reine fit les siennes au comte Hœpken^ premier ministre, qui les consigna dans une note déposée à la Société exégétique de Stockhohn ; à Thiébault, membre de l'Académie royale de Berlin, qui les consigna dans le second volume (page 2o4), de ses Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Paris, 1804, 2 vol. in-S'^).

Le ministre comte Hœpken nous fait un peu connaître la réponse donnée par le prince pour la reine sa sœur : ses salutations d'abord , puis ses excuses pour n'avoir pas répondu à la dernière lettre de la princesse, celle où elle le priait de lui donner ses conseils. — C'est

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fort bien ; mais la mémoire de la reine, qni ne fit ces confidences au comte qu'en 177 i, n'a-t-elle pas dans l'intervalle subi un de ces caprices qui s'expliquent, dans le jeu des facultés de l'âme et pour les faits de mémoire surtout, d'autant plus aisément qu'ils tiennent plus étroitement aux faits d'imagination ?

Cela est très-probable. D'ailleurs la brièveté de la note de Hoepken ne permet pas de comparaison avec le récit si net et si détaillé de Swedenborg. Je dirai seulement que , pour expliquer le long silence gardé par la reine sur la conférence, Thomme d'Etat nous dit, qu'elle n'a pas voulu passer pour avoir eu cette correspondance aux années où la Suède était en guerre avec la Prusse.

L'académicien Thiébault n'a reçu les confidences de la reine qu'après le ministre ; mais sa note, qui entre dans les détails, est beaucoup plus importante et plus précise.

En voici la substance.

La reine, devenue veuve de Frédéric-Adolphe, et demeurant à Berlin auprès de son frère Frédéric le Grand, on en vint dans son cercle, où se trouvaient Thiébault, Mérian et le comte de Schwerin, à parler de Swedenborg et y exprimer le désir de connaître l'opinion qu'on avait de Swedenborg dans son pays. Thiébault raconta l'anecdote de la quittance de madame de Marteville. La reine alors prit la parole. « Très-peu disposée, dit-elle, à croire à de semblables merveilles, elle avait cependant voulu mettre Swedenborg à l'épreuve. Elle le prit à part un soir où il était venu à la cour et le pria de savoir de son frère (le prince Guillaume était mort le 12 juin 1758), ce qu'il lui avait dit au moment de leur séparation à Potsdam (quand elle se rendait à Stockholm

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