ERREURS DE LA REINE
scepticisme au sujet de ces merveilles qu'elle u'eu montrait à Swedenborg; elle jette aussi un peu plus de majesté royale ou du moins d'étiquette dans les détails; mais cela ne fait pas mal à une cour du Nord. Elle se trompe d'ailleurs, assurément, quand elle se persuade que, quelques jours après sa première conférence avec Swedenborg, elle ne se souvenait plus de la périlleuse mission qu'elle lui avait donnée. Et elle erre encore quand elle croit se rappeler, qu'illui aurait fait plaisir en répétant devant tout le monde les dernières paroles qu'elle avait échangées avec sou frère à Charlottenbourg. Ces paroles étaient évidemment toutes confidentielles, très-allemandes en matière de gouvernement et de nature à n'être pas répétées devant des oreilles suédoises. Assurément le double supplice du comte de Brahé et du baron de Horn, morts victimes d'une folle conspiration à laquelle la princesse prussienne avait trop souri, était assez récent en 1761 ou 1762, pour enseigner à la reine plus de prudence qu'elle n'en affiche. Et la preuve qu'elle se souvenait fort bien de quoi il allait être question avec Swedenborg , c'est qu'elle lit intercepter les communications par le comte Schwerin : car si elle emmena le sénateur avec elle, ce n'était certes pas pour ne pas se compromettre dans une entrevue avec un vieillard de soixante-quinze ans.
J'ai àfaire une autre remarque, que provoque sa conduite dans cette affaire.
D'après sou récit, en digne sœur de Frédéric le Grand, elle aurait été très-sceptique d'un bout à l'autre. Et pourtant elle prouve elle-même dans son récit qu'il n'en fut rien : le scepticisme n'a pas d'évanouissement.
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Cependant elle aurait eu toutes les raisons les meilleures du monde pour être très-déiîante, si l'histoire intime de la Suède , celle des intrigues secrètes de la cour, fournissait du fait si étrange à première vue qu'elle nous raconte elle-même, une explication aussi naturelle et aussi simple que celle qui se produisit tout à coup dans les journaux. En effet, le chevalier Beylon, lecteur de la reine douairière, y fit savoir, que le jour même de l'entrevue, il avait vu sortir de la maison du Voyant, dont ils étaient les partisans, les sénateurs Hœpken et Tessin, qui prenaient, par des courriers dociles pour eux, connaissance des lettres de la reine.
Mais à peine cette explication qui faisait du comte de Hœpken et de son collègue le comte de Tessin, ainsi que de Swedenborg, des intrigants assez vulgaires, se fut-elle produite qu'elle reçut un démenti éclatant de la part du chevalier de Stahlhammer, qui prétendit à son tour mériter la confiance d'un témoin oculaire.
Nous donnerons ici la lettre qu'il publia, puisqu'elle contient des détails entièrement nouveaux.
(( Stockholm, 13 mai 17 83.
a J'ai lu avec étonnement la lettre qui rapporte l'entretien qu'a eu le fameux Swedenborg avec la reine Louise-Ulrique. Les circonstances en sont tout h fait fausses et j'espère que Fauteur me pardonnera si, par un récit fidèle, attesté par plusiews personnes de distinction qui étaient présentes et qui sont encore en vie, je lui montre combien il s'est trompé.
(( En 1758, peu de temps après la mort du prince de Prusse, Swedenborg vint à la cour : il avait coutume