LE TOUT DE SWEDENHORG
chose assez comique, en effet, d\avoir improvisé toute l'anecdote qu'elle contait aux deux philosophes (Mérian et Thiébault) , afin de se moquer d'eux pour lui avoir demandé sérieusement son opinion sur un visionnaire. » (Wieland, Euthanasia^ p. 124 et suiv.)
Mais évidemment AVieland, en écrivant ces lignes, a été trop poi'te et a trop marché sur les traces d'Homère, il a trop rêvé. Quel moyen dé faire un conte de ce qui s'était passé devant tant de témoins ; d'un fait connu de toute la cour, de tous les ministres étrangers; de deux conférences entre Swedenborg et la reine auxquelles le roi et le comte de Schwerin avaient assisté!
Si la critique du dernier siècle n'exphque rien, disons-le bien haut pour l'avertissement de tous ceux qui ont été témoins ou acteurs dans des faits rares ou extraordinaires, c'est que SAvedenborg et la reine, dont les entretiens sont devenus l'objet de tant d'inventions les unes plus étranges que les autres, ne portent que la peine qui est due à leur commune erreur. Ils ont failli l'un et l'autre. ST\edenborg, pour commencer par le grand coupable, n'a pas tenu la parole donnée à l'ami de Kant, de porter le fait devant le public dans un ouvrage qu'il devait aller publier à Londres. Il n'a pas écrit cet ouvrage ou ne l'a pas publié. Certes il était libre d'aller en imprimer d'autres à Amsterdam plutôt qu'à Londres, ainsi que nous le verrons faire ; mais il n'était pas hbre , devant l'intérêt suprême de la vérité, de ne pas répondre à l'interpellation de Kant et de ne pas dire lui-même au public ce qiiil en était. Il l'a dit, il est vrai, au général Tuxen et s'en est remis pour le reste à l'opinion, et par de bonnes raisons sans nul doute ; maisquaudil s'agit d'un