SE DÉTACHE
pas que son consistoire lui reprochât des opinions ou des tendances swedenborgiennes , pour s'en déclarer indépendant. C'est ce qu'il avait écrit à Swedenborg luimême, et si sa lettre ne dit pas trè^-explicitement ^ qu'il n'avait adopté de lui rien que ce qui est dans -toute philosophie sacrée ou biblique, elle le dit du moins très - implicitement (Y. Acta historico - ecclesiastlca nostri temporis. Weimar, 1782, vol. LYII).
Aussi put-il dire avec raison à l'autorité religieuse dont il relevait, qu'il n'avait aucun goût pour les opinions partie Lihères de Swedenborg. Cela était si vrai qu'il avait écrit à celui-ci en toutes lettres, Qu'il abhorrait son système d'interprétation , ce qui était réellement plus vif qu'il n'était nécessaire et moins poli qu'il ne convenait entre prélat et gentilhomme. Mais ce qui montre combien Swedenborg était tolérant pour les hommes de science et de haute piété, c'est que, inaccessible aux petitesses de l'amour-propre vulgaire, en raison de la fermeté de ses opinions , il ne se fâcha pas le moins du monde d'une dissidence déclarée avec une énergie aussi germanique.
Le prélat, plus impétueux, nous dit, au contraire :
ce Là-dessus, il m'envoya ses Hvres de Telluribus planetarum, deAmore co?îjugiali et de Vera religione christiana^ tout en me menaçant d'être envoyé un jour adinferiora, si je n'adoptais pas ses doctrines. (Oetinger, Autobiographie pubhée par M. Hamberger,p. 97).
Si cela se fit réellement, comment faut-il traduire ad inferiora .^Est-ce par enfer? Swedenborg envoyait-il en enfer ceux qui refusaient d'admettre sa doctrine ? C'est ici un grief que Oetinger seul articule. Jubte, il jette-
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rait une ombre bien profonde sur la pensée si sereine d'ordinaire de Swedenborg, et démentirait bien ce que nous venons de dire sur sa tolérance. Mais d'abord, le mot inferiora n'indique que les régions où vont les esprits inférieurs aux anges. Ensuite, le prélat, qui est vif et qui est réduit à faire son apologie, exagère évidemment. Il affecte le dédain avec trop d'éclat pour ne pas le rendre très-suspect, ce Je lus cela^ dit-il, avec indifférence, et je le pardonnai à Swedenborg, sachant bien qu'un Voyant n'est pas un exégète, et qu'il ne faut pas ériger en hérésies les erreurs d'un écrivain qui a d'ailleurs le cœur bon. » Mais l'irascible prélat n'est-il pas un peu en contradiction avec luimême? N'a-t~il pas été jadis un peu plus près de Swedenborg qu'il ne se l'avoue? Comment accorder ses jugements antérieurs avec ceux qu'il vient d'énoncer? Les cœurs bons, qui soulfrent la contradiction comme le fît Swedenborg, ne menacent pas de l'enfer ceux qui n'adoptent pas leurs vues. Après s'être fait le traducteur d'un écrivain , n'est-ce pas aller trop loin que de faire contre lui des déclarations aussi rudes? Et doiton, pour se disculper du grief de lui appartenir, ajouter encore, comme le fit Oetinger, deux brochures à un reniement aussi catégorique?
Un prélat , il est vrai , est plus obhgé qu'un autre de tenir à la pureté de sa foi ; mais il est au moins à croire qu'on a été maladroit, s'il faut tant de pages pour démontrer que non. Pour bien étabUr des divergences de vues, vous n'aviez qu'à en appeler à vos écrits; et c'est vous accuser que de donner à la publication de vos brochures cette excuse : ce Tout le monde me pre-