LA SORBONNE
mières études de mœurs, Tage poétique où il allait au théâtre et notait sur son Itinéraire les noms des chanteurs ou ceux des danseuses, était passé depuis longtemps pour lui; et à cette époque, sa grande et unique affaire était hien Timpression d'un livre important à ses yeux; mais celui qu'il avait alors en portefeuille, ce n'était pas encore le Chant du cijgne, c'était son traité du Commerce de rame et du corps.
Or, à en juger par l'étiquette, ce n'était l;i qu'un ouvrage de philosophie, et, de la part d'un cartésien de Suède, rien de plus simple que de faire imprimer parmi nous un produit de cette même psychologie qu'mi Français était allé, un siècle auparavant, enseigner à Stockholm. Et pourtant Swedenborg échoua dans son dessein d'y faire paraître son traité. On sait où en était notre législation sur la presse à cette époque. Il fallait une permission pour la publication d'un ouvrage de philosophie ou de religion, comme pour la représentiition d'une pièce aux Français. Cependant, si la loi était mauvaise encore, déjcà les mœurs étaient intelligentes. Swedenborg ayant présenté son manuscrit et obtenu pour examinateur M. Chevreuil, docteur en Sorbonne, ce dernier lui offrit une autorisation tacite , à la condition qu'il mettrait sur le titre, au lieu de Paris, le nom de Londres ou d'Amsterdam. On ne pouvait mieux faire. Mais cela parut impraticable ta l'auteur. Plus scrupuleux que ne le fut deux ans plus tard, et plus d'une fois, le très-scrupuleux Saint-Martin, qui mettait tour à tour Edimbourg ou HéliopoUs pour Lyon, et Lyon pour Strasbourg , Swedenborg ne vit dans ce biais qu'un acte de fausseté, et dans sa délicatesse de
rigoriste, il aima mieux renoncer à toute publication en France que d'autoriser ce que sa conscience prenait pour un mensonge.
S'il mettait sous presse à Paris, il s'y arrêtait pendant plusieurs mois et s'y rencontrait inévitablement avec Saint-Martin, qui y était alors et qui n'eût pas manqué de le rechercher avec toute son ardente curiosité. Leurs entrevues nous valaient des pages curieuses dans le journal intime duthéosophe d'Amboise, si ce n'est dans celui du théosophede Stockholm, qui avait cessé le sien en 176S ; mais assurément ils se séparaient sans trop de regret de part et d'autre, comme plus tard se séparèrent à Strasbourg Saint-Martin et Silferhielm, le soi-disant neveu de Swedenborg que je ne trouve pas dans la famille de celui-ci.
Arrivé dans les premiers jours de juin, Swedenborg doit avoir quitté Paris aussitôt que sa tentative eut échoué. Comptant y faire un peu de séjour, il y avait engagé un domestique, et la tradition ajoute que, sur la crainte manifestée par ce serviteur, qu'on n'abusât, pour le voler, de Thabitude de son maître de laisser ses portes ouvertes , Swedenborg répondit, en souriant, au protecteur de ce brave homme: Qu'il soit tranquille; il ne sait pas quel bon gardien j' ai à ma porte.
De Paris, où Buffon , Lavoisier, Bailly, Fourcroy et Haûy cultivaient alors avec éclat ces sciences qu'il avait tant aimées et honorées, mais qu'il négligeait maintenant sans les oublier, Swedenborg se rendit à Londres , où il avait ses amis les meilleurs et les plus utiles pour ses nouveaux travaux. C'étaient un docteur en philoso-