‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 195 sur 269 · HARTLEY · texte numérisé non relu

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n'offrent ni la nouveauté , ni la portée qu'on était en droit d'attendre d'un homme qui faisait sur son sujet des expériences si rares, dont l'esprit tantôt quittait le corps, tantôt s'éleyait dans ce vêtement à des régions auxquelles il semble si étranger. D'ailleurs n'avait-il pas les esprits et les anges pour lui livrer les secrets qu'il brûlait de connaître? De son ouvrage faut-il conclure que, si les anges qu'il entretenait souvent avaient été compris dans l'invitation sui^rème^ Faiso?îs T homme, ou ils n'auraient pas réellement concouru à l'œuvre, ou n'auraient pas entrevu le secret du divin ouvrier, ou bien encore n'auraient pas eu l'autorisation de livrer ce secret aux hommes? xMais rien de tout cela n'irait à la pensée de Swedenborg : il n'admet pas d'anges antérieurs à l'homme; son ciel n'est peuplé que d'êtres qui, avant d'y demeurer, ont habité des terres, ou en d'autres termes ont été hommes.

Ce qui distinguait la nouvelle théorie sur ce délicat problème, c'était l'appui qu'elle prenait dans les expériences personnelles de l'auteur, ou plutôt dans les faveurs personnelles, dans les dons, les perceptions, les visions et les extases dont il jouissait.

Mais que valait cet appui ? C'est à ce point que s'attache Hartley, et il aime à le faire apprécier dans la traduction qu'il fit paraître en 1770. Dans une préface adressée aux universités d'Angleterre, à l'imitation de ce que Swedenborg avait fait à l'égard des universités de Hollande, il amplifia ce que l'auteur avait indiqué luimême : il insista surtout sur la position exceptionnelle que Swedenborg avait prise dans ce monde et dans l'autre, en les étudiant successivement tous les deux,

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fouillant dans les entrailles de la terre pendant la première partie de sa vie ; \isitant les plus hautes sphères des cieux et les plus basses régions des enfers pendant la seconde. « La crédibilité de Swedenborg, au point de vue de Tauthenticité de ce qu'il rapporte, ne doit pas être contestée, dit-il; car les connaissances étendues dont il fait preuve dans ses écrits montrent qu'il e=t savant et philosophe; ses manières distinguées, qu'il est gentilhomme ; son désintéressement et l'emploi qu'il fait de sa fortune pour ses publications et ses voyages, que le bien de l'humanité est sa grande affaire. »

Dès avant l'apparition de cette traduction si flatteuse pour lui et aussitôt que son ouvrage eut paru en latin, Swedenborg voulait quitter Londres. 11 avait hâte, cette fois, de retourner en Suède, où il sentait la convenance de calmer les esprits. Il y avait longtemps marché avec sécurité, mais le sol commençait à s'échauffer un peu sous ses pieds.

Dans d'autres circonstances la situation de son œuvre en Angleterre l'aurait sans nul doute retenu plus longtemps. A en juger par la lettre que lui adressa le docteur Hartley au moment de leur séparation, il s'élevait bien des difiicultés là aussi. Hartley était un ami sincère, utile en raison de sa position officielle dans l'Église et en raison de son atthude d'esprit, qui était aussi indépendante que le permettaient son rang et ses fonctions cléricales. Plus il appréciait les rares qualités de son ami, plus il aimait à l'éclairer sur les préventions qu'il rencontrait. Il lui signala nettement les obstacles qu'il se créait en partie lui-même et les passions qu'il soulevait, soit par ses attaques contre les doctrines reçues, soit

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par ses conquêtes. L'Angleterre était précisément le pays où il en avait fait davantage. Cela s'était fait sans bruit, en secret, par des traités latins, par des volumes in-4°. Adressés, comme nous l'apprennent les confidences de Swedenborg et les critiques de Cuno, à tous les évêques , ces traités avaient d'autant plus irrité le clergé qu'ils avaient séduit plus de membres de ses troupeaux. Dans un pays où Pordage et Jane Leade avaient fondé, au nom de l'Apocalypse, une communauté de Philadelphie, il n'était pas difficile d'inquiéter par le dessein de fonder une communauté de Jérusalem. Déjà on comptait en Angleterre de nombreux disciples de Jacques Bœhme -, il y en avait dans tous ces cercles clos où son traducteur AYilliamLaw trouvait des lecteurs enthousiastes. Swedenborg, qui contait de si brillantes promenades dans les sphères célestes, devait rencontrer des adhérents plus enthousiastes encore. Cela soulevait des adversaires courroucés, des critiques acerbes. Toutes ces attaques que ceux qu'elles blessent quaUfient toujours de persécutions et de calomnies, le docteur Hartley les pressentait déjà. Sans savoir bien précisément ce qui se passait en Allemagne au sujet de son ami et ce qui se préparait contre lui en Suède , il en avait eu vent, et s'inquiétant de ce qu'il voyait naître en Angleterre, il écrivit à Swedenborg une lettre pleine de sentiment, de reconnaissance et de sincère admiration, mais dont la fin seule , véritable post-scriplum de femme , exprimait ce qui préoccupait réellement sa pensée. Yoici cette fin.

c( Si par hasard on s'entretient de vos écrits après votre départ d'Angleterre, et qu'alors l'occasion se pré-

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sente de vous défendre comme auteur contre la malveillance de quelque détracteur qui s'étudiera à ternir votre réputation par des mensonges prémédités, comme ont coutume de faire quelques-uns de ceux qui détestent la vérité, ne sera-t-il pas utile , pour réfuter de telles infamies, que vous me confiiez quelques particularités sur vous, sur vos grades dans l'Académie , sur les fonctions publiques que vous avez remplies, sur vos connaissances et vos parents, sur les honneurs dont j'ai appris que vous avez été revêtu, et sur tout ce qui pourrait servir à consolider votre bonne réputation ; afin de dissiper ainsi les préventions mal conçues? » Cela est bien anglais, c'est-à-dire bien positif, bien direct, bien pratique.

Swedenborg, qui dédaignait un peu trop ce qu'il ne croyait pas à sa hauteur, pouvait hésiter, sous bien des prétextes et des raisons de se défendre en se glorifiant sur ces moyens. Aussi son ami, qui le connaît, ajoute : « car il faut se servir de tous les moyens licites pour que la vérité n'éprouve aucun détriment. » Et malgré cette considération Swedenborg, en apparence, ne s'émut pas beaucoup de cette épître ; mais en réahté il fit avec empressement, et même d'un ton un peu élevé, ce qu'on lui demandait. Il ajourna son départ et répondit.

Sa réponse à Hartley, même année 1769, est une petite biographie un peu empreinte de confiance dans sa position et dans sa personne, mais parfaitement a'ppropriée au but que lui marquait son ami : naissance distinguée, voyages, études, fonctions, noblesse, siège aux états, honneurs académiques, pubhcations, alliances avec les principaux membres du corps épiscopal, relations avec la plus haute aristocratie, avec la cour et la

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