LA GRAVITÉ
de son évêque et qui avait chargé les députés de cette \ille de porter sa plainte à la Diète , était bien obligé de suivre l'affaire entamée. Il avaitpublié ce des Souvenirs» qui confirmaient les accusations formulées. Swedenborg s'en fâche. « J'ai reçu communication, écrit-il, d'un extrait des Souvenirs du doyen Ekebom. 11 y continue les invectives indécentes qui lui sont habituelles. Je puis les considérer comme les aboiements de ces animaux çui ne valent pas la peine qu on saisisse une pierre pour la leur jeter et les cJ tasser, »
C'est là le langage reçu dans toute polémique, cela est vrai, mais il n'est excusable dans aucune , et il faut le reprocher authéosophe. Dans la plupart des lettres qu'il écrit aux siens pendant ce débat, Swedenborg oublie que noblesse obhge. 11 fait comme Saint-Martin dans son affaire avec Garât : il se donne tous les sentiments qu'il refuse à ses adversaires. Et pourtant la gravité de sa situation demandait des moyens de défense plutôt que des dédains oratoires. En effet, sa situation personnelle n'était pas bonne. La loi suédoise était absolue, comme la loi l'est toujours; sévère, comme elle l'est aux temps de discorde, elle bannissait du royaume tout citoyen qui ne suivait pas le culte et ne professait pas la doctrine chrétienne selon la confession d'Augsbourg. Or, Swedenborg ne se bornait pas même à déclarer fausse cette doctrine dans les points fondamentaux , il éliminait plusieurs hvres du code sacré et annonçait la condamnation de l'Église tout entière. Il en inaugurait une autre. AUié de plusieurs membres de l'épiscopat, il ne cessait de distribuer à tous des écrits où ils étaient accusés des phis graves erreurs. 11 ne se concevait donc pas en Suède
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d'affaire plus grave. Il ne se conçoit dans aucun pays, suivant la politique admise encore dans toute l'Europe, d'ag-ression plus digne de l'attention d'un gouvernement.
La plainte portée devant le consistoire de Gothenbourg-, et par le consistoire devant Tordre du clergé assemblé à la Diète, fut renvoyée au chancelier de justice pour le conseil souverain, ouïe sénat présidé par le roi.
Mais qui était réellement l'accusé?
Au fond c'était bien l'auteur de la nouvelle doctrine; et le président du clergé avait bien formé le dessein de le faire frapper. Mais, soit qu'il n'eût pas trouvé contre Swedenborg l'appui nécessaire, soit qu'il crût plus légal de n'accuser que des fonctionnaires compromis, il s'était borné sagement à transmettre au conseil k plainte portée par le doyen de Gothenbourg contre deux membres du consistoire. Ces deux membres, tous les deux docteurs en théologie, Beyer et Rosen, à la vérité n'étaient pas sortis de l'Église ; mais ils avaient embrassé réellement la doctrine de la nouvelle Jérusalem. C'étaient donc là les accusés, et si S^vedenborg, qui ne l'était pas, courut le danger de le devenir, il avait assez de patrons et d'amie pour se tirer d'affaire. Pour ces deux docteurs, au contraire , il y avait imminence de la peine du bannissement , qui eût été plus cruelle pour des gens de lettres peu fortunés et trèssédentaires qu'elle ne Teùt été pour le riche gentilhomme, qui se plaisait infiniment plus dans la libre Hollande et la libre Angleterre que dans sa patrie, où il se montra rarement et toujours pour peu de temps.
Le roi, en sa qualité de président du conseil, donna, sur les conclusions du chanceher de justice, l'ordre,