DE LA FOI
Seigneur lui-même a dit : Le Christ seul est votre docteur, et pour \ous, \ous êtes tous frères... Et ne vous faites pas appeler maîtres ou conducteurs, car un seul est votre maître ou conducteur, à savoir le Christ. »
c( Ce chef parle dans les saintes Écritures , et elles seules, d'après la loi de l'Église suédoise, sont les juges des doctrines et des prédicateurs de doctrines. »
Cela dit, le professeur de littérature grecque marche plus à son aise. « C'est d'après l'Écriture sainte, dit-il, qu'il faut apprécier les ouvrages de l'assesseur Swedenborg.»— Mais, sentant tout aussitôt que l'origine de la plainte se trouve précisément dans la hberté avec laquelle Swedenborg interprète la Bible au nom d'une illumination personnelle, il ajoute que (c quiconque n'admettrait que le sens littéral des codes sacrés, serait incompétent; c'est leur sens spirituel qui est le vrai. »
On sent combien cela est habile. Les écrits de Swedenborg étant tous composés d'après ce sens, qu'ils ont pour but de révéler, ne doivent être jugés qu'à son point de vue! Mais s'ils sont naturellement de toute pureté pour le docteur Beyer, le sont-ils aussi pour d'autres? k cela le docteur répond : « Depuis vingt ans qu'ils sont publiés, ils n'ont été l'objet d'aucune réfutation sérieuse. L'auteur y déploie de grandes connaissances en philosophie , en astronomie et en chimie. Il y règne un ordre et une harmonie si admirables, que l'histoire de tous les savants du monde n'en présente pas un seul qui puisse y être comparé sous ce rapport. »
Le professeur y distingue trois choses : {'interprétation des textes, la doctrine et les choses vues.
314 l'apologie
c( Son interprétation^ dit-il, perce les voiles du sens spirituel; il a été choisi d'en haut pour dissiper les brouillards qui le couraient. »
c( Sa doctrine^ révélant le céleste , est aussi la seule vraie. C'est ainsi qu'il a démontré qu'il n'y a qu'un seul Dieu, que Jésus-Christ est ce Dieu et qu'en lui se trouve la divine Trinité appelée Père , Fils et Saint- EsPRrr. 11 a étabh de même le pur enseignement évangélique sur le dogme de la satisfaction du Christ^ qu'on l'accuse de faire disparaître, et sur la théorie du mérite personnel de l'homme, qu'on lui reproche d'exagérer. »
Quant aux excursions de l'auteur dans le monde spirituel^ l'habile professeur dit bien finement, que le degré de confiance qu'elles peuvent inspirer dépendra du degré de conviction que l'étude de son système aura inspiré. Il pense, quant à lui, que l'on doit désormais apprendre avec délices ce qui était inconnu, vu. que jusqu'ici on ne se faisait aucune idée nette du monde éternel.
Le docteur termine la profession de foi qu'on lui a ordonné de faire sur les écrits de Swedenborg, en disant avec une hmnhle confiance :
a Je n'y ai rien trouvé qui ne soit en pleine et entière concordance avec les paroles du Seigneur lui-même ; et ils brillent d'une clarté \raiment divine. »
Cela était franc et brave , car cela était vrai pour le savant helléniste, et cela pouvait le conduire dans l'exil; mais pour qui n'acceptait pas la Bible de Swedenborg, qui supprime toutes les épîtres apostoUques, ni son interprétation, ni son système, ni ses visions, cela manquait de tout argument. Or non-seulement l'Église de
DE SWEDENBORG. 3i5
Suède n'admettait rien de ce? nouveautés; mais, en vertu de sa constitution et de son symbole, elle ne pouvait en ri'^n admettre. Aussi de nos jours, au lieu de recourir à des arguments aussi fragiles, on en appellerait franchement aux droits légitimes de la conscience.
Le clergé ayant saisi le sénat, le sénat regardant au roi, et Frédéric-Adolphe, qui d'ailleurs voulait du bien au noble vieillard, l'accusé véritable, n'étant pas théologien , tout le monde fut dans l'embarras. Swedenborg seul, que rassuraient son grand âge, sa brillante parenté, sa position littéraire et politique, ses puissants amis et, plus que tout le reste, la famille royale, avait une foi absolue à la bonne issue de sa cause.
Son illumination ou, comme il dit à son ami T\'engren, son inspiration, était pour lui élevée au-dessus de toute espèce de doute. Aussi, pendant que son ami Beyer élaborait encore sa profession, il manda à Wengren, le 18 janvier 1770, « qu'il ne voulait pas se mêler des questions du jour, ni lui dire son avis sur un jeune homme qui avait des visions et le don de guérir; que ce serait descendre dans Tarène au moment où le débat religieux qui touchait son inspiration agitait beaucoup les esprits. ))
Swedenborg se flattait même d'une prochaine défaite de ses adversaires. Mais il n'en fut rien. Au contraire, il y eut au sénat une discussion très-vive, qui se continua deux jours de suite. Swedenborg se hâta alors de présenter lui-même des mémoires et des suppliques au sénateur Ekeblad, au chancelier de justice et au roi, qui s'entendirent pour traîner l'affaire en longueur. Mais il ne fallut pas moins que l'affection personnelle