‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 205 sur 269 · LE TROUBLE · texte numérisé non relu

LE TROUBLE

que le prince prêtait au Voyant pour maintenir en place les deux membres du consistoire et pour assurer la liberté de Swedenborg. Il paraît même que l'affaire s'était bien échauffée et que la sérénité du principal personnage se trouva un peu troublée à la fin. Du moins je ne m'explique que par ce trouble les énigmes que présente sa correspondance de l'époque. Ainsi, le 30 avril, il écrit à Beyer : « N'ayant reçu aucune communication de ce qui a été présenté aux consistoires contre mes écrits , j'ignore complètement ce qui s'est passé au sénat à cet égard. » Le 1" mai, il mwnde, au contraire, au général Tuxen des détails qui semblent indiquer qu'il était au courant de tout. Il lui écrit que son Mémoire a été discuté au conseil (c'est le sénat) ; que pour y faire droit, le chancelier a écrit au consistoire de Gothenbourg, qui n'était pas contre lui^ une lettre dont il communiquera le contenu au général.

En vain on chercherait la conciliation des deux lettres dans ces mots : a Je ne sus rien de tout cela pendant que la chose avait lieu; j'étais calme dans ma chambre, et je laissais la tempête exhaler toutes ses fureurs dehors. » Il est évident qu'on ne présente pas de mémoire quand on ne sait pas ce qui se passe; et la preuve que Swedenborg savait l'orage , est dans la mâle conduite avec laquelle il le laissa gronder au dehors. 11 nous apprend lui-même qu'il avait des amis qui l'informaient, et il se prive un peu du mérite de son calme en nous faisant cette confidence : « Car il avait été décidé^ tant à la diète qiiaii conseil^ que ma personne serait respectée, » Comment aurait-il pu écrire à tant de dignitaires « sans faire un pas, «et être si bien informé

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<( en tout ignorant? » — Il faut donc bien se garder de prendre au pied de la lettre les diverses manifestations de ses peines, de ses espérances ou de ses illusions. Toute vie d'homme présente de ces énigmes aux jours des grandes épreuves, qui sont toujours pour le cœur des jours de grands troubles et de grandes contradictions. Peu surpris pour mon compte de celles que je signale, j'aime au contraire à voir que le cœur d'un penseur qui a tant vécu dans les régions abstraites est resté irès-humain.

Le fait est que Swedenborg avait ;été bien informé de tout ce qui s'était tramé contre lui à Gothenbourg, à Norkoping, à la diète et au sénat. On lui avait même appris une singulière calomnie répandue sur son compte. On connaissait son dernier voyage à Paris et sa tentative d'y faire imprimer un ouvrage. Eh bien, loin de chercher la raison de cet échec, si c'en fut un, dans sa délicatesse, on avait travesti le fait et inventé un ordre donné à Swedenborg, par la police française , d'avoir à quitter Paris î

Averti presque aussitôt de ces méchants bruits, Swedenborg écrivit, le 30 octobre 1769, au docteur Beyer, « que c'étaient de pures faussetés; que l'ambassadeur de Suède, le baron de Creutz, — on voit ce personnage figurer dans la société de madame du Défiant et dans sa correspondance, — l'attesterait au besoin. »

On conçoit, qu'après tout cela, ce que Swedenborg revenu à Stockholm y attendait avec le plus d'impatience, c'était le moment d'en sortir, de quitter la Suède et de revoir sa chère Hollande. 11 était loin de compte. Revenu à Stockholm dans les premiers jours d'octo-

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