‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 227 sur 269 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

La crilique en Suède, en Hollande, en AngleleiTC. — Le silence de Voltaire; desUniversilés de France et d'Espagne. — Le langage des critiques d'Allemagne. — Le débat et l'entrevue avec Ernesti. — Les jugemenls de Herdcr et de Kanl. — Ceux de Klopslock et de Wieland.

La critique ne manqua pas à Swedenborg, pas plus que l'éloge. Son absence eût été le revers d'une belle médaille, l'indifférence. Le Yoyantle plus extraordinaire qui eût encore paru sur la scène du monde, se produisant au sein du plus grand mouvement de l'esprit humain, ne pouvait pas plus passer inattaqué qu'inaperçu.

La critique , en exerçant ses droits à son sujet, n'at-elle fait que remplir ses devoirs, ou s'est-elle trompée sur sa mission? En un mot a-t-elle été juste et pure?

Elle ne put être l'un et l'autre que difficilement. Dans le droit commun , il y a homogénéité entre la pensée de l'écrivain, si éminent soit-il, et la critique qui l'apprécie. Dans le droit commun , l'homme de génie lui-même ne franchit pas la sphère humaine, et ce qu'il dit, si éclatante qu'en soit la supériorité sur ce

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qui Ta précédé, se trouve d'ordinaire un peu dépassé dès le lendemain. Quant à Swedenborg, qui réclamait quatre privilèges hors ligne, Fillumination intérieure, la dictée divine, la dictée angélique, la perception directe ou l'intuition dans le monde spirituel, — quant à Swedenborg, dis-je, les rapports entre l'écrivain et la critique étaient une exception au droit commun. Aucun mystique, aucun théosophe n'avait à ce point franchi les limites connues delà pensée humaine. Or, si honnête que fût sa vie, si pur son caractère et si respectable le témoignage de ses amis, nos pères n'étaient pas plus disposés à croire à cet ensemble de privilèges qu'à une apparition de la divine majesté dans un salon de Londres, à un ordre verbal de Dieu, à une mission donnée par sa bouche.

En effet , nombreux sont aujourd'hui les disciples de Swedenborg, mais le dix-huitième siècle n'accepta ni la vocation ni les dons qu'il s'attribuait : ceux des juges compétents du siècle qui n'étaient pas avec Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Berkeley, Hume, Reimaruset Lessing, étaient avec Moïse, affirmant que (( nul ne peut voir Dieu et vivre; » et les théologiens condamnèrent le Voyant avec plus de sévérité que les philosophes. Telle fut l'animosité des uns et des autres qu'aujourd'hui encore il nous a fallu quelque courage pour entreprendre l'étude sérieuse que nous faisons ici.

Le dernier siècle commença sa critique de Swedenborg par la frivolité, par le rire. On avait entendu sur sa personne des choses si extraordinaires ! On en avait lu de plus extraordinaires encore dans ses écrits !

Bientôt, toutefois on le débattit avec plus de gravité, avec de vives émotions même et avec des protestations

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énergiques ou des doutes raisonnes. Après s'en être un peu irrité au début, on en vint à la fm à le traiter avec de plus grands ménagements, témoin les lettres de Kant. Mais peu de personnes , parmi ses adeptes eux-mêmes, furent tout à fait pour lui, lorsqu'on 1771 il résuma ses titres, son autorité ou son droit d'être cru sur parole, en affirmant « qu'il lui était donné, depuis vingtsept ans, dètre en même temps dans le monde spirituel et dans le monde naturel , de ixirler avec les anges comme avec les hommes^ de connaître F état des plus illustres d'entre les morts de tous les temps. »

On ne doutait pas de sa bonne foi dans cette affirmation , ni même de sa singulière capacité d'esprit ; on ne doutait que de sa raison, et après le tour du rire ce fut le tour de la pitié.

Cependant la pitié céda enfin à l'antipathie. On vit ses adversaires se multiplier quand on eut l'ensemble de ses écrits et qu'on en vit toutes les conséquences. C'est que, abstraction faite de ses visions, de ses voyages, de ses entretiens dans l'autre monde ou des visites qui lui en venaient et dont rien n'était accepté de la philosophie contemporaine, il y avait dans ses écrits une doctrine complète. La méthode fondée sur le principe du sens intérieur qu'il y suivait et l'enseignement qu'il y donnait, étaient non-seulement contraires au goût général de toutes les écoles de philosophie, mais ils attaquaient toutes les croyances rehgieuses. Or la science métaphysique qu'on y trouvait, on la considérait comme dépassée au point que, dans les cours pubhcs les plus sérieux, on gardait sur l'auteur le silence le plus absolu. Là où l'on en parlait par exception, on le traitait dans les

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