‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 230 sur 269 · DIVERSES · texte numérisé non relu

DIVERSES

et à ses professeurs, qu'un siècle plus tôt elle aurait traitées de provocations révoltantes.

Mais comment se serait-elle montrée plus intolérante que la France et l'Espagne, dont les universités recevaient les mêmes écrits et les mêmes lettres, sans y répliquer davantage, se bornant sans doute à brûler ou à déposer dans leurs chancelleries ce qui leur semblait à ce point hors ligne qu'elles ne se sentaient pas toujours portées à en accuser réception?

Pour connaître réellement la critique contemporaine, qui peut avoir différé de celle de quelques penseurs éminents; pour apprécier celle de la majorité des dépositaires de la science, il faudrait savoir l'accueil quia été fait par les universités que je viens de nommer aux lettres qui leur furent adressées par Swedenborg; je n'entends pas l'accueil officiel, qui ne signifie rien dans les corps savants, j'entends l'accueil intime et vrai, celui qui ne se constate pas dans les procès-verbaux. Malheureusement Swedenborg avait l'habitude de jeter, sans les hre, beaucoup de lettres qui lui étaient adressées, y compris celles des universités, et il ne reste pas un seul document sur ce sujet. 11 n'y a plus de possible que les inductions ; or on sait ce que valent les inductions tirées du silence.

Quant au public, il y a des indices. Les appréciations de l'opinion éclairée étaient généralement dans un courant tout opposé aux ambitions de Swedenborg. On riait du visionnaire. On ne le croyait ni rationaliste, ni de grande force spéculative, ni de saine raison. Chacun sait que Tépithète de fou échoit facilement à ceux qui frayent des routes nouvelles , et que souvent ce sont les plus proches de l'homme hors ligne qui donnent

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l'exemple de sa mise hors la loi. Swedenborg eut quelque peu cette destinée. Sa famille le négligea et même le persécuta.

Les échos les plus populaires de ce qu'on appelle l'opinion, les poètes et les romanciers, suivant leurs caprices ou les effets qu'ils désiraient produire, tantôt exaltant Swedenborg , comme faisaient les esprits faibles, tantôt le bafouant comme les esprits forts, firent plus pour égarer le jugement que pour l'éclairer. Le plus rehgieux d'entre eux , le grave et majestueux chantre du Messie, Klopstock, qui était né dans un pays voisin de la Suède, et qui , poussé par quelques femmes curieuses, essaya de se mettre en rapport avec lui, ne se reconnaît pas dans ce qu'il en écrit. Il ne se respecte pas lui-même dans sa m.ise en scène avec la personne de Swedenborg. Qu'on en juge.

« Swedenborg vint un jour à Copenhague, dit-il. Nos dames ne me laissèrent en repos que je n'ahèisse le visiter; car, quant à moi, je me souciais fort peu de le voir. Il n'était pas pour moi l'objet d'une véritable curiosité.»

J'interromps pour dire tout simplement que cela ne peut pas être vrai. Swedenborg occupait dans le Nord toutes les bouches de la renommée, et le chantre d'Abadonna, de tant d'anges et de démons, ne pouvait pas être dans cette indifférence qu'il affiche à l'égard d'un homme « qui visitait les cieux et les enfers. »

« Qui est-ce qui ne connaît pas suffisamment par l'histoire des gens que l'orgueil a égarés de cette façon?» [Je rends la pensée de l'auteur et non pas ses mots ; car il ne dit pas ce qu'il pense, il dit que r orgueil a négligés^ ce qui n'a pas de sens. ]

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