LE ROI ET LA LOI
du monde moral et du monde politique qui n'en font qu'un : l'espèce humaine périrait sans Tordre qui les règle. Pour maintenir les lois dans leur puissance, il faut des autorités; pour contenir les autorités dans les bornes du droit et de la raison, il faut des lois. Dans les monarchies, le chef des autorités est le roi ; mais comme il ne saurait tout gouverner lui-même, chacun des magistrats secondaires est chargé de régir ce que le prince ne peut pas faire en personne. C'est cet ensemble de fonctionnaires qui constitue le gouvernement ou la royauté^ dit-il, dont le roi n'est que le chef.
La royauté n'est pas dans la personne ; elle n'est qu'attribuée à la personne par la loi. Est peu sage le roi qui s'imagine que le 7'oyal est en sa personne, et peu sage le fonctionnaire qui s'imagine que la dignité de son office est en sa personne.
La royauté consiste en ceci , que le roi gouverne le royaume d'après les lois et rende justice en leur nom. Est sage le roi qui met les lois au-dessus de lui ; n'est pas sage celui qui se met au-dessus d'elles. Le premier, celui qui met le royal dans la loi, se laisse gouverner par la loi, sachant qu'elle est la justice et que toute vraie justice vient de Dieu et tient de lui. Celui qui se met au-dessus des lois cherche le royal en lui-même et se croit la loi, ou croit la justice venue de lui : il s'arroge le divin au lieu de s'y subordonner.
La loi, qui est la justice, doit être faite, non pas par le roi , mais par des législateurs , jurisconsultes sages et pieux, et le roi doit s'y conformer comme les sujets.
Est seul vrai roi celui qui donne l'exemple de la soumission à la loi.
LA FRANCE ET LA SUÈDE. 2o
N'est pas roi, mais est tyran, celui qui s'attribue une autorité illimitée, fait de ses sujets des esclaves et se croit en droit de disposer de leur vie et de leurs biens.
Il n'est dû obéissance au roi qu'en vertu des lois; mais en vertu des lois elle lui est due à ce point, que nul ne doit l'offenser ni de fait ni de parole : ainsi le veut le salut de tous.
Quand ces maximes furent proclamées par un gentilhomme suédois, nos pères, sujets de Louis XIY, du régent ou de Louis XY, étaient, en dépit de leurs instituteurs, les grands penseurs et les grands écrivains leurs compatriotes, bien en arrière vis-à-vis des peuples du Nord. Si le plus instruit et le plus sage des membres de la diète suédoise eût formulé ces principes de politique générale dans son voyage à Paris, il eût bien surpris les plus avancés d'entre ses auditeurs. Il eût étonné tout le monde, en ajoutant qu'il parlait d'après la pratique suédoise de chaque jour. (V. les dernières pages du Traité de la nouvelle Jérusalem et de sa doctrine céleste. Londres, 17d8). On sait que, trente à quarante ans plus tard, lorsque les plus sages de nos pères proposèrent ces mêmes principes dans leurs écrits ou dans quelque assemblée préparatoire aux grands débats qui allaient s'ouvrir, ils furent traités tout simplement de rêve-creux ou de libres penseurs. Plus tard, on les qualifia d'utopistes, de philosophes, de révolutionnaires.
Et qu'on ne s'iaiagine pas qu'en 1758, quand Swedenborg écrivit ce traité, il fût d'une politique beaucoup plus avancée qu'à l'époque où il entra dans l'ordre équestre et devint membre des États. Nul ne fut jamais plus que lui tout d'une pièce, et tout à l'heure, quand