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ses pmdléges. Sans doute, notre siècle ne doit pas avoir l'ambition de dire sur le surnaturel le dernier mot; mais il peut avoir celle de réformer, à son point de vue, le jugement des générations qui l'ont précédé. Une sérieuse révision est donc autorisée, et tel est l'objet essentiel de ce volume ; car l'appréciation faite par nos pères fut telle qu'elle en demande une autre.
Il n'est pas dans l'histoire, il n'est dans aucun siècle, d'homme plus remarquable qu'Emmanuel de Swedenborg , au point de vue du développement de certaines facultés de l'âme; et, malgré tout ce qu'il a écrit ou ce qu'on a écrit sur son compte, il n'est pas d'homme qui offre encore à la critique un plus digne objet. D'après ce genre d'histoire que le grand juge du dernier siècle appelait la fable convenue, Sv^edenborg est un rêveur, un visionnaire , un esprit faible ou malade, un halluciné dupe de ses illusions. Voilà le portrait et le jugement reçus, la fable convenue. Or la fable convenue a des raisons d'être , sans doute , mais ce n'est pas l'histoire.
Dans tout ce dernier siècle qui eut tant d'hom-
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mes éminents, il y en eut peu de plus vigoureusement constitués de corps et d'àme que Swedenborg; et nul ne fut plus laborieux, plus honnête, plus savant, plus ingénieux, plus fécond écrivain, plus lucide docteur, rsul, dans ce siècle où Rousseau se proclama aussi vertueux que tout autre, ne fut meilleur que ST^'edenborg, ni plus aimé, ni plus heureux.
J'allais dire que peu furent plus riches d'honneurs, d'écus et d'idées. Ce n'est pas là un mérite, mais c'est une heureuse condition. Pour se convaincre que ce fut celle de Swedenborg, on n'a pas besoin d'avoir le secret de ses visions et de son état extatique, on n'a besoin que de lire ses écrits et de consulter sa vie, qui mettent au jour pour tout le monde ses vertus et ses trésors de science.
Il en résulte que, si la révision de son procès a de grandes difficultés, elle a aussi des attraits. Quant à moi, plus sensible à ceux-ci qu'à celleslà, j'apporterai à l'appréciation des faits où se manifestent les facultés étranges de SY>'edenborg, toute la critique qui est propre à notre siècle,
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tout le scepticisme môme qui nous plaît et nous domine; mais je chercherai à concilier les habitudes de la critique avec les devoirs d'une bienveillance extrême, bien convaincu qu'on n'est jamais assez juste quand on n'est pas trop indulgent. Je n'aime ni le panégyrique ni l'apologie, et rien n'est moins dans mes goûts que l'un ou l'autre de ces deux genres de biographie qui se croient autorisés à tout couvrir de fard. Ici il faudra, au contraire, qu'amis et ennemis se résignent à prendre les faits tels qu'ils sont. Plus . ces faits sont personnels et rares, plus nous devons apporter de soins à ce qu'il ne s'en mêle pas de douteux aux certains, de suspects aux admissibles. Aujourd'hui que la science ne conteste plus ce qui est sérieusement constaté et s'est convaincue qu'elle a mission d'affirmer ce qui est et non pas ce qu'elle comprend, aujourd'hui quiconque aime la vérité est parfaitement à son aise à l'égard de Swedenborg, à la seule condition de procéder comme le fit Kant, c'est-à-dire de se résigner à croire tout ce qui est authentique , de quelque nature que ce soit. C'est la seule atti-
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tude digne du philosophe et l'unique moyen de sauver les droits de la' pensée en face de faits où tout paraît ou extraordinaire, ou imaginaire, ou individuel.
Au premier aspect, la vie et les écrits de Swedenborg n'offrent qu'un ensemble de phénomènes étranges : un théosophe qui a ses idées et son langage à lui ; un écrivain d'une fécondité extrême, mais qui, tout en procédant au nom d'une ingénieuse méthode et d'une science étendue , dédaigne toute espèce d'autorité humaine; un philosophe qui, tout en se moquant des visionnaires et des enthousiastes de toutes les nuances , et se raille de toutes les erreurs possibles , de tous les genres de superstition et de crédulité, raconte néanmoins une immense série de visions , rend des oracles de prophète , porte des décisions de docteur et décrit des scènes d'illuminé. Mais si c'est là un homme unique dans un temps de scepticisme et d'incrédulité, vu de plus près et dans son cadre, ce n'est pourtant pas un phénomène que rien n'explique , soit dans ce siècle , soit dans celui qui l'a précédé.