‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 49 sur 269 · LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE

d'affections pures, mais d'affections blâmables, cl qu'il se reproche comme des fautes de jeunesse. S'il avait dû parler d'un amour légitime, d'une fiancée, par exemple, il se serait exprimé tout autrement. Mais si le fait Faccuse, certes son aveu, qu'il pouvait éviter sans manquer à la vérité, le nuance et change la tache en une ombre qui passe. Il est toutefois une chose qui ne se comprend pas. Swedenborg répond à une question de soldat sur sa jeunesse. Or quand le voyageur mit les pieds en Italie il avait cinquante ans. C'est bien l'âge où souvent, dans les hommes les plus sérieux, l'amour, s'il vient à reparaître, se montre avec une étonnante vivacité, témoin les deux philosophes cités; mais comment un mathématicien peut-il qualifier cet âge de jeunesse, et cela neuf ans après le fait dont il s'agit? Car Swedenborg en 1747, causant avec le général, avait cinquante-neuf ans. Faut-il supposer qu'il aurait visité l'Italie antérieurement au voyage de 1738? Mais c'est en vain qu'on s'aviserait de ce biais; Swedenborg ni personne n'a jamais parlé de ce voyage , et il ne se trouve pas dans sa jeunesse d'année où il figurât bien. Quoi qu'il en soit de cette énigme, qui a ses pareilles dans la vie de Saint-Martin, nous le savons, les notes de Swedenborg indiquent au point de vue politique une modification non moins profonde. Le noble membre de l'ordre équestre de Suède et le fidèle sujet de son roi, parle des diverses formes de gouvernement comme un homme de 1793. En effet Swedenborg, qui ne cherche pas ses mots et ne recule jamais devant ceux qui expriment le mieux sa pensée, trouve, en parlant du monachisme, des tours dignes de Voltaire et en

parlant du despotisme, des mots qu en\ierait Montesquieu. Si son style est, d'ordinaire, tout simple et par là un peu pale, il est toujours vif et parfois trèspiquant sur certaines matières. Le voyageur s'attache peu au jeu des ridicules sociaux, mais quand ils le choquent trop, il le dit. Rien de plus incisif que sa remarque sur Turin. « Tous ceux, dit-il, qui y possèdent une campagne {prœdia)^ même les marchands, sont appelés comtes. )> Ses notes sur les institutions sont rares, mais il s'y élève aisément aux plus hautes considérations. En général, sa grave pensée jette sur la politique les plus vives lumières que la religion puisse répandre. La vue d'Amsterdam, celle de ses richesses, de la multitude de ses hôtes, de cette affluence de marchands et de marchandises de toutes les contrées de l'Europe, de toutes les parties du monde; la vue de toute cette prospérité qu'a donnée à un petit peuple un grand amour du travail et un énergique emploi de toutes les libertés naturelles de Thomme, lui arrache ces belles paroles : « Quand j"ai considéré tout cela, il m'a semblé que la cause première et principale de cette prospérité , c'est que la Hollande est une république, forme de gouvernement qui plaît à Dieu plus que celle d'un gouvernement absolu , comme on le voit aussi par l'histoire romaine. Dans une répubhque on n'accorde culte et vénération à aucun homme. Le plus grand et le plus petit s'y estiment égaux à des rois, à des supérieurs, ce qui se voit dans la tenue et la nature de chacun en Hollande. C'est Dieu seul qu'on y adore. Et Dieu seul adoré, nul homme ne l'étant à sa place, prend tout son plaisir à ce pays. »

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