‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 57 sur 269 · LE SURNATUREL · texte numérisé non relu

LE SURNATUREL

dnire dans la science du monde spirituel une découverte quelconque? Non. C'est à la critique la plus indépendante de chacun qu'il appartient de reconnaître ce rayon.

Pour cela, il faut ne pas entrer dans l'extraordinaire la tête baissée. Loin de là, il nous faut la porter haut, et faire les très-difficiles, puisqu'il ne s'agit pas de moins que des choses du ciel et de l'éternité, de Dieu et de ses anges. Sans doute nousprendrons les faits telsqu'on nous les donne, et de préférence ce qui sera le plus hors ligne, le plus impossible; mais nous ne dirons pas : Je crois parce que c'est absurde^ nous dirons : J'examine^ car c'est absurde. Que ceux qui craignent de faire une pérégrination dans les régions du surnaturel, et qui redoutent ce commerce avec les esprits où Swedenborg mène tous ses lecteurs, prennent ici le parti de le quitter; et que ceux qui veulent rester fidèles à la critique négative, au scepticisme absolu, ou bien les imitent, ou bien se persuadent que ce n'est plus un historien, un homme de science, un minéralogiste et un métaphysicien qu'ils écoutent, mais un poète, et un poète d'Orient qui leur fait un roman de pneumatologie spéculative.

Swedenborg, le philosophe, le naturaliste, qui n'admettait en matière de rehgion, comme nous l'avons vu, qu'une sorte de morale en termes é van géUques, était entré dans sa cinquante-huitième année, lorsqu'il subit tout à coup, à la suite d'une vision, une transformation radicale. Mais ce qu'il appelle une vision, c'est une apparition, ce qui est bien différent. Examinons donc l'apparition et la transformation qu'elle amena. Seulement disons d'abord ce que c'est qu'une transformation dans la vie d'un théosophe.

64 LA TRANSF0R3IAT10N.

Nous avons vu un jeune contemporain de SAvedenborg, Claude de Saint-Marlin, subir trois transformations essentielles : l'une au collège, l'autre à Bordeaux, la troisième à Strasbourg. La première se fit sous l'influence d'Abbadie ; la seconde , sous celle de Martinez Pasqualis ; la troisième sous celle de Jacques Boehme. Chacune d'elles se borna à une nouvelle manière de voir, venue à la suite de nouvelles études. Ici il s'agit d'une transformation plus radicale : d'une illumination, d'une influence plus puissante que celle d'un maître humain , d'une action divine. Il s'agit d'un autre maître qu'un homme, de Dieu et d'une autre mission et d'autres conséquences. Il s'agit d'un changement d'organisme dans les facultés du missionnaire , et d\ine série de révélations prolongées pendant vingt-sept ans.

Yoilà la transformation que subit Swedenborg. Yoici maintenant l'apparition qui l'amena et que nous prenons dans le récit du théosophe lui-même.

L'un des plus honorables directeurs de la banque de Suède, lui ayant demandé un jour de quelle manière il avait eu ses premières révélations, son ami lui fit ce récit :

« J'étais à Londres (il s'agit de ce voyage où nous venons de le suivre, et qu'il fit pour l'impression de son troisième volume), et je dînais très-tard dans mon auberge accoutumée, où je m'étais réservé une pièce, afin de pouvoir y méditer en toute hberté sur des choses spirituelles. »

Qu'on remarque cette méditation ; c'est une habitude faite, puisque Swedenborg s'est réservé un local pour cet objet; mais elle est mentionnée ici pour la première fois dans la vie de l'illustre savant.

Page 1