PRÉFACE. XI
saisir toute la portée ; il faut y appliquer, sur l'esprit humain et le monde spirituel tout entier des théories un peu plus élargies, que n'étaient celles des générations qui nous ont précédés.
11 faut enfin une idée plus vraie de la mission respective de l'histoire et de celle de la philosophie. Un bel esprit du dernier siècle, en proclamant l'authenticité de quelques-uns des faits les plus merveilleux de la vie de Swedenborg, s'est écrié : Mais le moyen d'y croirel L'histoire n'a pas à se préoccuper de ce moyen. Sa tâche est de constater. A la philosophie reste celle de faire comprendre. Et ce qui n'ira pas à l'intelhgence d'un siècle, celle d'un autre réussira peut-être à s'en arranger. Chaque âge a le droit de juger ou d'apprécier comme il l'entend; aucun n'aura jamais celui de passer l'éponge sur des faits authentiques, dussent-ils demeurer inexpliqués ou révoltants encore à la consommation des temps.
Si je comprends bien mon siècle , ce sont là les seules voies qui lui conviennent. Amènerontelles des solutions définitives?
Cette sorte de solutions n'est pas précisément
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le privilège de ce temps-ci ; mais il a du moins cette supériorité sur d'autres, de bien comprendre la vraie portée de la raison humaine, d'embrasser l'ensemble des difficultés et d'être modéré en proportion de ses moyens. Au siècle dernier et en face des fortes convictions qui demeuraient si exclusives encore dans la fière confiance que leur inspiraient l'autorité et l'infaillibilité de leurs oracles, il a fallu prêcher la tolérance. Le nôtre nous a donné, sinon mieux que cela, car la tolérance est une grande vertu, du moins autre chose, la modération. Or la modération, c'est la raison. Dans nos mauvais moments, ceux d'une excitation dogmatique ou d'une ambition plus poétique que sensée, nous appelons cela de l'indifférence. C'est à tort. Cette indifférence ne se trouve nulle part , pas plus en religion et en politique qu'en philosophie. Bien aveugles sont ceux qui s'y trompent. De l'indifférence! Ce n'est pas à ceux-là qui gardent encore leur foi ancienne et leurs aspirations vieillies qu'on la reprochera, assurément. Est-ce aux autres, à ceux qui aspirent aux idées nouvelles? Se contiennent-