SOCRATE
des civilisations si profondément diverses ne prêtent jamais qu'à des parallèles aussi vides que ronflants. Dans la poétique Athènes, le démon d'un philosophe éclairé qui meurt en offrant un coq à Esculape trouve aisément une explication. Mais quand même on rapprocherait l'hallucination de Socrate de celle de Swedenborg, la première ne nous expliquerait pas la seconde. Socrate avec son démon et son oracle de Delphes descendant dans la rue et sur la place, se glissant dans les ateliers et dans les portiques pour arracher à la mauvaise morale et à la mauvaise politique ceux qui veulent bien se laisser catéchiser à sa façon ; Socrate mêlant à ses belles leçons les attaques les moins tolérables, tantôt contre les institutions, tantôt contre les autorités d'Athènes, leur conduite et leurs desseins ; Socrate n'embrassant dans son coup d'œil que la Grèce, la Macédoine et les Barbares, les deux derniers termes comme ombres au tableau , est auprès de Swedenborg moins un apôtre de l'humanité qu'un subhme mais timide écolier.
La sphère'où se meut Swedenborg, c'est le monde ; sa patrie se nomme la terre et les cieux. Ridiculiser quelques sophistes, quelques démocrates ou quelques marchands enrichis, parvenus au gouvernement de Stockholm, et leur faire peur de l'invasion des Russes, quel rôle mesquin c'eût été là pour Swedenborg ! Fi de cette parodie du sien! A la bonne heure si Socrate, conduit par son génie , avait visité les champs Élyséens et les régions du Tartare ; s'il avait interprété les textes religieux et les traditions dogmatiques des sanctuaires d'Eleusis et de Samothrace; s'il avait écrit sous la dictée
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des dieux des commentaires révélant le vrai sens de ces symboles, de ces mythes et de ces allégories! C'eût été là un rôle qu'on eût pu comparer avec celui du voyant de Suède. Mais tels que l'histoire sérieuse les dépeint, il n'y a pas plus d'analogie entre les deux œnvres qu'entre les deux hommes.
Toutefois un fait commim à tous deux, vi'ai pour l'un comme pour l'autre, et propre à nous tenir lieu de solution, ressort bien évident de leur comparaison. La grandeur de Socrate reste, que son démon soit une poétique fiction ou une hallucination. 11 en est de même de Swedenborg. Sa grandeur, je veux dire sa pensée, reste, que sa qualité de médium élu de Dieu pour servir d'organe et d'interprète de la parole de Dieu auprès des hommes soit une pieuse fiction ou l'illusion la plus sincère. Sa doctrine, si complètement exposée dans ses écrits, a sa valeur en elle-même; indépendante des visions citées àTappui, elle est donnée dans les textes sacrés enfin compris. Tout homme de sens peut faire ce que fit le comte Hoepken, prendre la doctrine et laisser là les visions. La vraie question, pour tout le monde, est celle-ci : Swedenborg a-t-il interprété les saintes Écritures mieux que les dix-huit siècles qui l'avaient précédé ?
L'affirmative ne prouverait pas la mission qu'il s'attribue, mais elle serait un grand préjugé en sa faveur. La négative détruit sa mission , mais elle laisse debout sa doctrine et son œuvre. Si je ne me trompe, c'est ainsi que la chose est entendue aujourd'hui parmi les membres les plus éclairés de son école ou de l'Église de la nouvelle Jérusalem. En effet, le symbole arrêté par elle à Londres, à la grande assemblée de I80I, conuXiC ré-