‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 65 sur 269 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La Ihéosopliie du dix-huilième siècle , ou les analogies contemporaines. — Mademoiselle Bourignon de Porle et Poiret. — Madame Guyon de la Mollie et Fénelon. — Mademoiselle de Callenberg et M. de Saint- Georges de Marsay. — Le comte de Fleischbein et le château de Hayn. — Madame la comtesse de Lacroiv et Saint-Martin. — L'abbé Fournie et le comte d'Haulerive. — Les analogies antérieures. — Paracelse et J. Bœhine, — Pordage et Jane Ltade.

Pour mieux apprécier l'état de Swedenborg par les analogies contemporaines , faisons-nous d'abord de cet état même une idée complète; voyons Swedenborg d^ms les premiers effets et au début de sa nouvelle œuvre, de la troisième phase de sa vie si riche de travaux, de voyages et d'écrits de genres divers.

Les premiers effets de sa métamorphose, il nous les décrit ainsi :

« A partir de ce jour je renonçai à toute occupation profane, pour ne plus travailler qu'à des choses spirituelles et me dévouer aux ordres que j'avais reçus du Seigneur. ))

Yoilà des paroles bien claires et bien nettes; impossible de s'y tromper. Mais est-ce bien de la prose? De tous

76 l'amour de dieu.

les poètes de ce bas monde les métaphysicieTis et les théosophes en particulier sont les plus hardis, les plus poétiques en un mot. Il ne faut donc pas prendre ces choses au pied de la lettre. Swedenborg, loin de renoncer à toute occupation profane à partir de ce jour, qui reste inconnu, ou de cette année, qui est douteuse, car d'après ses indications mêmes on hésite entre 1743 et 1745, quoique cette dernière nous paraisse la vraie, — loin de renoncer sur-le-champ à toute occupation profane , Swedenborg continua à remplir ses fonctions d'assesseur au collège des mines jusqu'en 1747.

Ce fut donc en principe ou en théorie seulement, ce ne fut pas en réalité qu'il travailla désormais aux choses spirituelles, pour se conformer aux ordres du Seigneur. Et certes, s'il y apporta quelque délai, il rattrapa bien le temps perdu, témoin la multitude de ses écrits et la rapidité avec laquelle ils se succédèrent.

Mais jusqu'à quel point cette consécration de sa personne à une œuvre morale et religieuse est-elle chose nouvelle ?

Est-ce réellement une métamorphose dans sa vie?

D'ordinaire on admet que jusque-là sa vie, exclusivevement scientifique, ne devint autre qu'à la suite de sa fameuse vision, et qu'il n'est arrivé à Londres en 1745 que pour l'impression du dernier volume de son Règne animal. Mais il n'en est rien. Dès le commencement de 1745 , il y fit paraître sur le « Culte et l'amour de Dieu » deux volumes qui contiennent à la fois le germe et la substance de toute la doctrine qu'il développa plus tard. C'est, pour parler avec un écrivain anglais, la sublimation de tout son système scientifique, c'est-à-

Page 1