‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 70 sur 269 · MADEMOISELLE BOURIGNON · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE BOURIGNON

s'illustra dans l'intervalle de Descartes à Swedenborg, et l'autre, madame de Lamothe-Guyon, fut pendant trente ans la contemporaine du célèbre Suédois.

Mademoiselle Bourignon, dans saYie écrite en partie par elle-même , en partie par une personne de sa connaissance intime (Amsterdam, 1683, 2 vol. in-12), raconte : 1" ses dialogues avec Dieu, d'abord au moyen de son crucifix , puis sans cet intermédiaire ; 2° la vision qui décida de son genre de vie; 3" la consécration de sa personne au service des âmes ; 4*^ sa mission, qui n'est pas médiocre. En effet. Dieu lui donne cet ordre : « Vous rétablirez mon église évangélique entre des congrégations d'hommes et de femmes qui vivront comme les premiers chrétiens, hors de toute conversation (commerce) humaine. »

Mademoiselle Bourignon nous apprend aussi , en toute humihté, que sa confiance en elle-même est à la hauteur de son ambition. Elle seule au monde est détachée; elle est privilégiée à ce point qu'elle est, de la part de Dieu, l'objet de consolations qu'elle ne saurait décrire. « Ce n'estoient que caresses et déUces spirituelles. »

Quand, dans la crainte d'avoir trop de compagnes partageant faveurs et caresses, elle se plaignait et qu'elle disait à Dieu, dans ses jalousies : « Pourquoi m'engagez-vous avec d'autres qui me pourront distraire de vous; que ne me laissez-vous seule jouir de vos doux entretiens? » il lui était répondu : a Je demeurerai tout vôtre; vous êtes créée pour cela. » — Dieu lui « découvrit plusieurs secrets. » — Quand elle cessa d'articuler ses paroles en le priant, elle entendait plus clairement

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ses inspirations. — « Je continuois dans ces prières intérieures avec une délice incroyable. Il me sembloit n'y avoir plus rien entre Dieu et mon âme. Je me sentois toute absorbée en luy. Je ne vivois plus, m.ais luy vivoit en moi. »

•Jamais Swedenborg n'est allé aussi loin , et c'est là du Pordage pur. Voici qui ressemble de nouveau à Swedenborg élu pour interpréter les saintes Écritures. On avait donné à mademoiselle Bourignon un Nouveau Testament. Elle en lut le premier des quatre évangiles, mais elle n'eut pas besoin de continuer sa lecture. « Dès que j'eus commencé à lire attentivement les évangiles, je sentis une telle conformité avec mes sentiments intérieurs que, s'il me les eût fallu mettre par écrit, j'aurois formé un semblable livre qui soit l'évangile. » Ici encore Swedenborg reste à une énorme distance.

Écoutons plutôt la femme qui eût écrit l'Évangile.

« Je ne m'arrétay à le lire davantage, parce que Dieu m'enseignoit au dedans tout ce que j'avois besoin, comme il me fait encore aujourd'hui. Bien que tous les livres périroient, je sçay assez pour ma conduite yy (c'est une Française de Flandre qui écrit).

Ne nous arrêtons pas au principal disciple de mademoiselle Bourignon, qui finit par vivre dans cette Hollande où Swedenborg devait se rendre si souvent ; ne nous arrêtons pas à Poiret, le métaphisycien théosophe qui professa pour elle un culte plus exalté que celui de Saint-Martin pour madame de Boecklin, puisqu'il quitta paroisse, femme et enfants pour vivre en sa communauté. Passons à madame Guyon, dont la vie, les écrits et les rapports avec le P. Lacombe nous offrent une théorie et

3IADA3JE GUYON.

une pratique de familiarité spirituelle encore plus éclatante que celle de mademoiselle Bourignon avec Poiret, sans même parler de la fraternité maternelle qui rattachait à Fénelon. Et notons tout d'abord comme premier trait caractéristique son entière intimité avec Dieu, ses extrêmes familiarités dans ce commerce divin, dans cette union où s'impliquait une fraternelle union avec le père Lacombe. Étonnante par-dessus tout fut la familiarité de madame Guyon avec Dieu pour cette seconde union, qui demeura pure et sur laquelle je n'appuie pas, ayant peur des mots et des choses. On reste dans les limites de la loi, mais ceux qui veulent connaître l'état des âmes à cette époque trouveront chez l'auteur des pages curieuses sur cette union. Elle leur apprendra, dans un langage plein de la plus sainte audace, que le Verbe ût d'elle et de son directeur, dont elle fut d'ailleurs la directrice, une même chose, (T. II, p. 140-142 de sa Yie.)

Telle fut la familiarité avec Dieu de ces deux saints personnages devenus une même chose ^ que madame Guyon écrit ceci : ce Le Père Lacombe dit à Notre-Seigneur de me soulager. » Le mot est cavalier.

Elle ajoute d'autre part et par voie de réciprocité : c( Quand le Père fut si malade qu'on crut qu'il mourrait, je m'offris au Seigneur pour être plus malade, et il lui rendit la santé et le mit en état de prêcher... Notre- Seigneur m'exauça. » Encore cette famiUarité avec Dieu n'étonnerait pas de la part de madame Guyon , si on pouvait l'en croire. Elle n'était pas avec Dieu en simple rapport, mais en union intime, car ce qu'il promit à Swedenborg, c'est-à-dire de lui faire la dictée, il le réalisait à l'égard de cette célèbre contemporaine : « Dieu

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